Le coeur est un chasseur solitaire de Carson Mc Cullers

LE COEUR EST UN CHASSEUR SOLITAIRE

A la fin des années 30, arrivent dans une ville du sud des Etats-Unis deux hommes. Les deux sont muets, l’un est très gros et très expansif, l’autre est sec, grand et mince et réservé : il s’appelle Singer.

Pour une raison médicale les deux hommes vont être séparés, au grand désespoir de Singer car l’autre, assez insensible, ne pense qu’à son bien-être, à manger et à profiter des attentions de son compagnon.

Autour de Singer nous allons suivre une année de vie de différents personnages gravitant autour de lui.

Je ne vous parlerai que des principaux acteurs du récit, car celui-ci foisonne de personnages, typiques, caricaturaux même parfois.

Singer : homme qui fédère autour de lui, peut être parce qu’il est muet (mais il lit sur les lèvres) et parce qu’il écoute sans contredire. Il s’exprime parfois en écrivant avec son stylo d’argent. Il est très attaché à son compagnon de route malgré les humiliations de celui-ci. Il se rapproce également de Mick, il écoute ses réflexions sur la vie, l’avenir mais sans jamais ou que très rarement donné son avis. On ne sait rien de lui, ni d’où il vient, ni qui il est. C’est le fil conducteur du roman.

Mick, une jeune adolescente de 13 ans, dont la famille tient une pension de famille, qui s’occupe beaucoup de ses nombreux frères et soeurs, famille très pauvre mais aimante. Mick est une fillette attachante, elle rêve de devenir musicienne et passe certaines de ses soirées à écouter de la musique à la radio, chez ses voisins ou chez Mr Singer. Elle est pleine d’espoir, de désirs mais n’a pas toutes les réponses. Elle se fit à son instinct, à son ressenti.

Il y a également Black Blount, un étranger qui passe ses journées à boire avant de trouver un travail de mécanicien dans un manège équestre. Il a des idées très arrêtées sur comment va le monde et tente de rallier la population à ses idées de révolution.

Autre personnage central  Biff : il tient le restaurant de la ville avec Alice sa femme, qu’il aime mais avec qui il ne partage plus rien à part le restaurant et pourtant il y est très attaché. Il aime ses clients, à ses dépens parfois. Il est en demande d’amour et de dialogue et il est particulièrement attiré par Mick.

Le docteur Copeland : médecin noir, souffrant du manque de reconnaissance dû à la couleur de sa peau, dont la fille, travaille au restaurant de Biff. Copeland souffre de crises de violence qui l’ont amené à des brutalités dont il a honte et qu’il ne comprend pas.

C’est un roman où il ne se passe pas vraiment quelque chose quoique…. C’est une chronique d’une petite ville américaine du sud profond des Etats-Unis avec son racisme « ordinaire », sur le monde ouvrier, sur la solitude et la pauvreté. Des réflexions profondes sur la ségrégation, sur les ségrégations :

Il était sage et il comprenait ce qu’était un ferme idéal, ce dont les autres blancs étaient incapables. Il écoutait, et son visage avait une expression de douceur, quelque chose de juif, la compréhension de quelqu’un qui appartient à une race opprimée.

Dans la dernière partie du livre, la narration débouche sur des événements plus violents qui vont bouleverser tout le monde, changer le cours des choses dans la moiteur de ce sud, ancré dans ses principes, ses certitudes.

Pour certains, tout  changera, pour d’autres tout continuera comme il a toujours été…..

Roman où l’auteure, peut être transposée dans Mick, nous relate par des phrases courtes mais précises une ambiance, des lieux, des caractères. Il n’est pas sans me rappeler « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » par le contexte.

Tout y est extrêmement bien rendu : les dialogues en particulier des enfants. On se projette totalement dans le récit, on ne sait pas trop où l’on va, cela foisonne de personnages mais on ne se perd jamais et on est spectateur silencieux, comme Singer, de cette tranche de vie.

J’ai lu dans la préface de Denis de Rougemont qu’il avait posé la question à Carson, avec la ruse d’un interviewer :

« Il n’y a pas d’histoires d’amour, dans ce roman. »

Elle me regarde, étonnée, presque indignée :

« Il n’y a que cela ! »

Elle voulait dire l’amour des êtres, l’amour réel et non pas celui des romans.

Plonger dans ce roman c’est faire un voyage, une immersion dans le quotidien de gens avec leurs joies, leurs peines, leurs souffrances et leurs solitudes. Il faut se laisser guider, mener, comme un voyage à l’intérieur de l’Amérique profonde des années 30.

Oui c’est plein d’amour, de déchirements, de pensées, d’espoir mais aussi de désillusions, sur la famille, le travail, les autres tout ce qui fait une vie, des vies….

Ma note : ♥♥♥

Ciao

6 réflexions sur “Le coeur est un chasseur solitaire de Carson Mc Cullers

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