L’enfant-mouche de Philippe Pollet-Villard

L'ENFANT MOUCHE

Voilà un récit de la Rentrée Littéraire 2017 que vous ne lâcherez pas une fois ouvert car on est embarqué très vite dans l’histoire, la petite histoire dans la grande histoire de la deuxième guerre mondiale, en France, à Casablanca, Paris puis Courcy dans l’Est de la France.

L’auteur s’est inspiré d’une histoire que sa mère lui racontait. Il s’est rendu dans le village de Courcy où les gens se souviennent de cette gamine dont on se méfiait : pourquoi était-elle là ? Juive ? Et cette femme qui l’accompagnait ? On les tenait à l’écart, ne leur donnant même pas de quoi survivre alors que la femme était malade.

Mais ce qui frappe avant tout l’enfant, c’est le regard noir de ces dames. Des pupilles qui vous fixent telles deux billes de plomb engagées dans le barillet d’une arme de chair.

Certains personnages ont existé : Toinette et Matesson (mais pas leur fils Gaston) et il a par inventé les personnages du passé de Anne Angèle.

C’est une épopée  : celle d’une enfant, Marie, sortie d’un  orphelinat par une femme Anne Angèle, infirmière à Casablanca, la soixantaine, qui pense trouver là une façon d’avoir un revenu mais aussi parce que sa soeur décédée récemment s’occupait de l’avenir de cette enfant. Pourquoi ?

Anne-Angèle et Marie vont devoir cohabiter mais on ne ressent pas une réelle affection entre les deux personnages, Marie étant d’ailleurs  livrée à elle-même par la maladie d’Anne-Angèle et cette enfant d’une douzaine d’années, observatrice, curieuse va devoir découvrir les aléas de la vie, de la guerre, de ces différents protagonistes toute seule.

Anne-Angèle est une femme de principe, droite et assez directive qui n’a jamais dans sa vie voulu assumer ses sentiments, les vivre jusqu’au bout.

Toinette, la « pute » comme disent les gens du village, est la seule personne qui accueillera Marie, lui donnera un peu de douceur, d’affection, de dialogues sur la vie et de ….. la nourriture et puis il y a Gaston, que Marie aime comme une deuxième mère. Pour elle c’est l’image d’une famille mais d’une famille étrange, où les rôles et les règles sont différentes.

Et puis la guerre et les hommes en temps de guerre, les différents camps, les ennemis, les résistants, les horreurs et les règlements de compte, les abus de certains,  etceux qui sont sortis diminués du précédent conflit,  Marie va traverser tout cela avec parfois inconscience et innocence mais au fur et à mesure avec lucidité, pesant le pour et le contre. Car elle le sait : sa vie et celle de sa tutrice ne tient qu’à peu de chose….

Méfie toi des hommes, Marie, surtout quand il leur prend des envies d’héroïsme. Dans ces moments là, ils se regardent comme s’ils étaient des acteurs de cinéma. Et dans ces petits films sordides qu’ils se font dans leur tête, nous les femmes, n’avons pas d’autre choix que de faire semblant de les trouver formidables et d’applaudir : avant de les ramasser tout cassés à la fin….

Elle finira par choisir un camp, celui où le risque est le moins grand pour elle,  peut être aussi parce que finalement c’est là qu’elle a trouvé un peu de chaleur, d’humanité. Elle en sortira un peu plus forte, plus adulte sûrement mais avec aussi beaucoup de désillusions.

Elle voit, elle entend et elle essaie de comprendre tout cela mais avec ses mots, avec ce qu’elle imagine et interprète. Elle ressent le bien, le mal et prend l’amour là où il se trouve. Car sa première mission : survivre…. A tout prix, qu’importe les moyens elle se doit de faire face. Résister, trouver de l’aide alors que tout le village les tient à l’écart, les juge.

Marie, je t’en supplie, ne joue pas le jeu des hommes….. Souviens-toi qu’ils deviennent des crapules quand les choses tournent mal… et que c’est nous (les femmes) qui paierons à la fin de la guerre. Seulement nous. Toujours ! Toujours ! Tu m’entends ?

Une écriture fluide, un auteur très attaché à la nature et au monde rural, à la dureté d’une région et d’une occupation en temps de guerre. Les petits arrangements, les magouilles, les destins balayés par la précédente guerre ou par les événements, les figures caricaturales d’un petit bourg de province. Oui il y a tout cela, on l’a déjà lu …. mais c’est tellement bien raconté que l’on s’en moque et ce qui compte c’est le destin de cette enfant-mouche. C’était sûrement cela, dans nos campagnes et nos villes. Il y a tellement eu de personnes jetées sur les chemins et encore de nos jours : comment les accueille-t-on, les juge-t-on sans les connaître….

Ma note : ♥♥♥♥

Ciao

 

 

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