Fief de David Lopez

FIEF

Attention, mise en garde, ce livre ne plaira pas à tout le monde.

Il va heurter certains, les dérouter, les mettre mal à l’aise car l’écriture, la structure et le récit nous plongent dans l’univers d’un groupe de jeunes, environ 16 à 18 ans, pas des délinquants, pas d’une cité difficile, non mais d’une petite ville de 15 000 habitants, partagée en différentes zones : tours, pavillons et centre ville. On ne se mélange pas ou peu, on s’évite : les bourges, les jeunes, les autres.

Ils sont livrés à eux-mêmes, ont abandonné les bancs des études. Ils ont pour certains des talents :  Poto écrit des textes mais bourrés de fautes d’orthographe, il cherche du boulot. Ixe : ravitaille le groupe en cannabis, cultive son « jardin… », Lahuiss lui a fait des études s’est éloigné un peu de ses anciens amis mais revient de temps en temps les voir, Sucré lui travaille mais souffre de surpoids, Miskine, petite frappe, flambeur et Untel, le grossiste en cannabis et fournisseur du père de Jonas.

Jonas, le narrateur, nous livre son quotidien en une quinzaine de chapitres, sa bande de copains aussi désoeuvrés que lui, vivant au jour le jour, avec comme principale occupation le shit, la fumette, le cannabis, l’alcool, les jeux : cartes et vidéos. Ils sont sans projet, ne se voient pas d’avenir, sans idéaux. Il faut passer le temps.

Ils sont le plus souvent sans repères, livrés à eux-mêmes car les parents comme le père de Jonas, ne sont pas des exemples : on ne parle pas travail, les parents eux-mêmes sont consommateurs de shit. Pourtant lorsque Jonas parle de son père on sent du sentiment, même s’il n’est pas exprimé. On ne se dit pas ses choses là. Il y a des petits gestes, des frolements, des regards.

Son défouloir à Jonas c’est la boxe, mais même la boxe il va arrêter malgré Monsieur Pierrot, son vieil entraîneur, qui tente de motiver tous ces jeunes, qui l’encourage pour un dernier combat. Pour Jonas la vie ressemble souvent à un combat.

Je suis bien là. Dans cette bulle. Je n’ai de comptes à rendre qu’à la partie de moi la plus complaisante Celle qui cautionne tout du moment qu’on lui pardonne. C’est ma place. Je peux être paresseux, je peux croupir, ne me soucier de rien, je n’ai mal nulle part. (p211)

Et puis il y a Wanda, son amie, on ne dira pas sa petite amie car il n’y a guère de sentiment réellement dit, mais plus un plan c.. ou alors peut-être plus mais on ne parle pas non plus d’amour. On découvre, on expérimente, on performe….. Le reste !

La lecture peut être déroutante car l’auteur a intégré tous les dialogues à la narration de Jonas ce qui donne un texte dense mais qui reflète bien, je trouve, leur façon de parler : untel dit que …… et l’autre dit que ….. en plus dans un langage fait de verlan et autres mots que nous, plus vieux, nous ne connaissons pas toujours, langage des cités peut être. Donc à plusieurs reprises il m’a fallu relire à l’endroit, à l’envers ou essayer de comprendre.

Par contre les pensées, le ressenti de Jonas sont rédigés dans une forme de langage habituel et elles sont parfois de profondes  réflexions, ses interrogations sur le sens de la vie, de sa vie.

Il y a des passages savoureux en particulier lorsqu’on parle de Voltaire, de Céline, quand ils décident de faire une dictée pour savoir qui est le pire en orthographe ou du nettoyage de jardin car en fin de compte ils ne demandent ces jeunes qu’à s’occuper, à être reconnus. Mais il faut que cela vienne d’eux.

C’est un livre qui nous immerge totalement dans cette jeunesse où le seul point d’ancrage c’est les amis, le groupe, c’est leur famille, celle qu’ils ont choisie, celle sur qui ils peuvent compter, celle où ils existent.

Bien sûr ce n’est pas mon univers ni le domaine de lecture que je préfère mais cela fait prendre conscience de leur monde, du vide de celui-ci.

C’est un premier roman original par l’écriture, osé où l’écriture est très détaillée (on vit les scènes) parfois trop pour certaines, assez crue et l’ambiance générale peut choquer mais pas par le texte, en fin de compte, mais par ce qu’il raconte et qui est une réalité notre monde.

Livre lu dans le cadre d’un comité de lecture.

Ma note : ♥♥♥

Ciao

5 réflexions sur “Fief de David Lopez

  1. […] Dès les premières pages j’ai eu le sentiment d’avoir déjà lu ce roman….. jeunesse désoeuvrée, sans repères, adolescents des cités ou des beaux quartiers mais tous mal dans leurs peaux, un été caniculaire, un calme avant la tempête. Oui c’est un sujet que l’on retrouve dans d’autres romans, dont certains ont été primés et pour ma part je pense à deux que j’ai lu : Leurs enfants après eux et Fief. […]

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  2. J’arrive un peu tard pour le commentaire mais je n’ai pas beaucoup apprécié ce livre. Ou plutôt, j’ai apprécié la façon de présenter ces existences boiteuses vues de l’intérieur du petit groupe, de montrer comment le narrateur passe à côté de sa vie par peur d’entrer dedans, mais c’est tellement étiré en longueur (par nécessité de nous montrer le vide, sans doute) que je me suis beaucoup ennuyée. C’était laborieux d’aller jusqu’au bout.

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