La promesse de l’aube de Romain Gary

LA PROMESSE DE L'AUBE

Avec l’amour maternel, la vie vous fait, à l’aube, une promesse qu’elle ne tient jamais. Chaque fois qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont plus que des condoléances. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné.

L’amour maternel, l’amour d’une mère, voilà le sujet du roman de Romain Gary ….. et cet amour il est immense, entier, exigeant, total, exclusif, voir même étouffant mais l’auteur le reçoit, l’accepte (mais a-t-il le choix ?) et le partage.

Ce récit publié en 1960, alors que l’auteur est dans la force de l’âge (46 ans), est une autobiographie, peut être un romancée, mais tellement riche, vivante, drôle, m’a enthousiasmée et je pense que Romain Gary va faire partie de mes auteurs préférés découverts sur le tard (mais il n’est jamais trop tard).

Tout est grandiose dans ce livre :

  • l’immense amour de cette mère pour son fils, inconditionnel et exigeant car elle veut pour lui le meilleur, les honneurs, pas de demi-mesures. Elle lui prédit de grandes destinées et se ruine pour lui en donner les moyens. A lui de mettre en oeuvre ses talents (et il ne les a pas tous) pour être celui qu’elle espère, qu’elle voit : écrivain, ambassadeur, légion d’honneur etc…  et qui vont effectivement se révéler vraies !
  • l’amour de cet enfant puis de cet homme pour sa mère, même loin d’elle, il l’entend, il la sent. Elle guidera ses choix de vie mais aussi les hasards comme une magicienne qui fera tout ce qu’il faut pour donner à son fils une éducation, un environnement artistique, cherchera les dons enfouis en lui au prix de ses heures de travail, de petits boulots et « magouilles », coups de chance, d’opportunité, passant de la misère à l’aisance en profitant de ce que celle-ci pouvait offrir. Elle en fera un homme capable de tout affronter.

La vérité meurt jeune. Ce que la vieillesse a « appris » est en réalité tout ce qu’elle a oublié, la haute sérénité des vieillards à barbe blanche et au regard indulgent me semble aussi peu convaincante que la douceur des chats émasculés et, alors que l’âge commence à peer sur moi de ses rides et de ses épuisements, je ne triche pas avec moi-même et je sais que, pour l’essentiel, j’ai été et ne serai plus jamais. (p116)

Elle n’hésitera pas à changer de pays, de langue pour obtenir ce qu’elle rêve pour son enfant. Mais elle garde aussi ses secrets, sur le père de l’auteur mais aussi ses douleurs même si l’auteur les lit parfois sur son visage, dans sa voix

Entre ces pauvres miettes et l’extraordinaire besoin qui venait de s’éveiller en moi, il n’y avait pas de commune mesure. Vague et lancinant, tyrannique et informulé, un rêve étrange s’était mis à bouger en moi, un rêve sans visage, sans contenu, sans contour, le premier frémissement de cette aspiration à quelque possession totale dont l’humanité a nourri aussi bien ses plus grands crimes que ses musées, ses poèmes et ses empires, et dont la source est peut être dans nos gènes comme un souvenir et une nostalgie biologique que l’éphémère conserve de la coulée éternelle du temps et de la vie dont il s’est détaché. Ce fut ainsi que je fis connaissance avec l’absolu, dont je garderai sans doute, jusqu’au bout, à l’âme, la morsure profonde comme une absence de quelqu’un. (p117)

Beaucoup d’humour sur leurs vies mais aussi sur l’auteur lui-même. Regard lucide sur son existence, ses réussites, ses faiblesses, son parcours hors du commun, ses talents et sa quête de ressembler à celui que sa mère voyait en lui.

L’humour a été pour moi, tout le long du chemin, un fraternel compagnonnage ; je luis dois mes seuls instants véritables de triomphe sur l’adversité. Personne n’est jamais parvenu à m’arracher cette arme, et je la retourne d’autant plus volontiers contre moi-même, qu’à travers le « j » et le « moi », c’est à notre condition profonde que j’en ai. (p160)

Le récit est composé de 3 parties : La Pologne où ils vécurent,  La France et enfin la deuxième guerre mondiale et sa séparation d’avec sa mère.

Peu à peu, au cours de quatre années d’escadrille, le vide est devenu pour moi ce que je connais aujourd’hui de plus peuplé. Toutes les amitiés nouvelles que j’ai tentées depuis la guerre n’ont fait que me rendre plus sensible cette absence qui vit à mes côtés. J’ai parfois oublié leurs visages, leur rire et leurs voix se sont éloignés, mais même ce que j’ai oublié d’eux me rend le vide encore plus fraternel (….) Je cherche sans fin à peupler cette absence (….) mon besoin d’amitié et de compagnie se creuse d’un espoir ridicule et impossible et je ne peux m’empêcher de sourire et de tendre la main.(p260)

Elle aura été la Femme de sa vie, son guide, son grand amour, laissant peut être peu de place et de chance aux autres femmes et même dans sa vie d’homme (il avait 46 ans lors de l’écriture de ce roman), elle reste présente. Il partage avec ses lecteurs beaucoup de ses tourments d’homme, ses pensées, révèle également des indices inspirés de souvenirs d’enfance pour l’écriture de ses oeuvres.

Ils étaient trop installés dans leurs meubles, qu’ils appelaient la condition humaine. Ils avaient appris et ils enseignaient « la sagesse », cette camomille empoisonnée que l’habitude de vivre verse peu à peu dans notre gosier avec un goût doucereux d’humilité, de renoncement et d’acceptation.(p263)

Sa vie a été un roman, il en fut le héros, sûrement guide de loin par cette mère fantasque, exigeante, sans concession, préférant le voir en héros mort qu’en poltron face à l’ennemi, le voulant Casanova, reconnu et adulé.

Pour faire face à la vie, il m’a toujours fallu le réconfort d’une féminité à la fois vulnérable et dévouée, un peu soumise et reconnaissante, qui me donne le sentiment d’offrit alors que je prends, de soutenir alors que je m’appuie (p284)

Peut-on être heureux, accompli quand une mère place si haut la barre même si il a réussi à répondre à ses attentes, il y a malgré tout une pointe de mélancolie, de doutes sur tous ses actes, sont-ils à la hauteur de ce qu’elle attendait, voyait, voulait ?

Ce que je veux dire, c’est qu’elle avait des yeux où il faisait si bon vivre que je n’ai jamais su où aller depuis. (p342)

Ma note : ♥♥♥♥♥ (Coup de coeur)

Livre lu dans le cadre de OBJECTIF PAL Objectif PAL d’Antigone.

Ciao

 

 

10 réflexions sur “La promesse de l’aube de Romain Gary

  1. Grandiose en effet ! Cela a été un coup de coeur aussi pour moi, découvert comme toi sur le tard ! J’avais lu « La vie devant soi » il y a quelques années, et j’avais aimé, sans être autant enthousiasmée. Ma fille (21 ans) vient de le lire aussi et elle a adoré.

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