Un mariage anglais de Claire Fuller

UN MARIAGE ANGLAIS

Ingrid, 20 ans, d’origine norvégienne, étudiante rencontre Gil Coleman, écrivain, professeur de littérature dans son université et une réputation d’homme à femmes. Il a le double de son âge, elle est fascinée par l’homme, par son discours et elle accepte de l’épouser abandonnant ses projets de liberté, de femme indépendante et sans contrainte pour entrer dans une vie de « femme de » et de mère.

Quinze ans plus tard, mère de deux fillettes : Nan et Flora (la narratrice) elle met le point final à plusieurs lettres qu’elle rédige depuis plusieurs nuits d’insomnie, pendant l’absence de Gil et qu’elle glisse dans les livres de la bibliothèque, avant de disparaître totalement.

Dix ans plus tard Flora est appelée en urgence car son père a fait une chute après avoir cru apercevoir Ingrid en sortant de la bibliothèque. Flora part sur la trace de ses parents accompagnée de Richard, son petit ami, afin de comprendre qui sont ses parents et donner des réponses à des questions restées en suspens.

Ma lecture

Une mère ne quitte pas ses enfants ! Des pères quittent leurs enfants tous les jours et personne ne bronche à peinte y a-t-il vaguement une déception de temps en temps. Pourquoi ce serait-il choquant que pour une fois ça vienne d’une femme ? (…) C’est différent pour une mère. – Pourquoi ? parce que les mères sont censées aimer leurs enfants davantage que les pères ? Parce que c’est censé être instinctif ? (p264)

Une femme, une mère de deux fillettes disparaît….. On a jamais retrouvé son corps, elle n’a jamais plus donné signe de vie. Pourquoi ? Qu’est-elle devenue ? Voilà les réponses que Flora va essayer de trouver en retournant dans la maison familiale, rejoindre sa sœur, Nan, sage-femme, le pilier solide de la famille, et retrouver son père Gil, homme vieillissant, blessé dans sa chute et aux propos mystérieux et décousus.

A travers la narration de Flora et les lettres d’Ingrid rédigées dix ans plus tôt, on découvre peu à peu l’histoire d’un couple que tout sépare : l’âge, l’expérience, la personnalité.

Lui, sûr de lui mais désirant, à l’aube de la quarantaine, fondé une famille, avoir des enfants, écrire des romans mais en manque d’inspiration. Il se voit comme un être à part, protégeant son atelier d’écriture, laissant à Ingrid le soin de gérer la maison, les enfants, le quotidien, disparaissant par moments, revenant tel le phoenix….

Elle, trop jeune, trop inexpérimentée, va peu à peu découvrir la personnalité de celui qui partage sa vie et qu’elle admire et au fil des lettres on va être témoin de la lente dégradation de leur relation et les causes de sa disparition.

J’ai beaucoup aimé le parallèle des deux voix : celle de la mère à travers les lettres, sa touche d’humour quand elle glisse les lettres dans les livres ayant un rapport avec le contenu de la lettre, et celle de la fille découvrant qui sont ses parents : à travers ses souvenirs, ceux de sa Nan, de quelques amis mais aussi éclairant également sa vie de femme.

Les recherches de Flora vont la mener également sur son propre couple, celui qu’elle forme ave Richard, celui-ci ayant un lien privilégié avec ce père blessé, ayant le regard de l’extérieur, celui du témoin non impliqué et permettre à sa compagne d’ouvrir les yeux sur leur propre relation.

Découvrir que son père est un total inconnu, la naïveté de sa mère, séduite par ce bel homme, croyant toutes ses promesses, flattée d’avoir été remarquée, elle, alors que Louise sa meilleure amie attirait habituellement tous les regards… Construire sa vie en faisant abstraction de tous ses rêves, ses désirs peut-il mener au bonheur ?

Par petites touches le voile se lève : le titre original est Swimming Lessons et l’importance de la nage pour cette mère qui pouvait, quand elle se retrouvait dans la mer, en particulier la nuit, laisser aller ses pensées, son corps, prendre conscience du sens de sa vie, de ses erreurs comme une source de douceur, de bien-être mais aussi de défi.

Il est question de maternité, de désir, de manipulations, du sens de la vie, de ses choix et de ses erreurs. C’est un récit de vie de femmes, où celles-ci se reconnaîtront parfois sur les choix que celles-ci font, leur ressenti exprimé à travers deux femmes de deux générations. Comment construire sa vie de femme quand sa mère disparaît et ne vous guide pas sur ce chemin.

Les livres et la littérature sont omniprésents dans le récit : le travail de l’écrivain, ses sources d’inspiration, sa reconnaissance et son narcissisme parfois.

C’est un joli roman, bien construit, fluide dont l’écriture est parfaite et les références littéraires nombreuses. Il me confirme mon goût pour la littérature anglaise, si raffinée, si observatrice et détaillée mais sans lourdeur. On s’attache énormément aux personnages, plus à certains que d’autres, on ressent très vite les zones d’ombre de certains mais l’intrigue est malgré tout bien maîtrisée.

Mon avis : 📕📕📕📕

Editions Stock – 325 pages – 2 Mai 2018 

Traduction de Mathilde Bach

Lu sur Liseuse avec le concours de NetGalley et des Editions Stock que je remercie.

Ciao

 

 

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