La haine de la famille de Catherine Cusset

LA HAINE DE LA FAMILLE

Il y a le père, Philippe, maniaque, râleur, énarque et organisateur en chef de la famille. Il y a la mère Elvire, la vraie chef de la famille, juge aux affaires familiales, celle qui impose à toute la tribu ses humeurs, qui n’aime rien dans la famille, le proclame tout le temps, ne cuisine pas, ne pense qu’à son travail et qu’à Nicolas, le seul de ses enfants qui trouve grâce à ses yeurs. Il y a la maison de vacandes, le refuge en Bretagne, à Ploumor, où tout le monde se retrouve avec bonheur ou angoisse.

Il est question de cris, d’amour, de souvenirs, de relations dans une famille bourgeoise. Ce pourrait être n’importe laquelle mais il s’agit de la famille de l’auteure.

Ma lecture

J’ai découvert et apprécié Catherine Cusset par la lecture l’année dernière de L’autre qu’on adorait et je voulais voir si je retrouvais le même plaisir dans un autre récit. Et bien oui. En plus le titre m’inspirait : la famille….. Vaste sujet ! Qui ne serait pas concerné ?

L’auteure en s’inspirant de sa propre vie de famille met en évidence toutes ces petites ou grandes histoires, tous ces petits événements que nous avons tous plus ou moins connus dans nos familles. Il y a des cris, il y a des larmes parfois mais il y a, finalement, aussi de l’amour, pas toujours dit,pas toujours ressenti. Il y est question de rapports humains car il s’adapter suivant les caractères, l’éducation, les personnalités. On choisit ses amis mais on ne choisit pas sa famille….

Comprendre ce qui nous a construit, ce qui a fait ce que nous sommes, un peu dans comme Isabelle Carré dans Les Rêveurs.

Le roman comporte 7 parties :

Papa : Philippe, breton d’origine, catholique fervent, bel homme,  au comportement parfois frisant le ridicule limite psycho-rigide

Maman  : Elvire, femme de caractère, juive, parisienne le strict opposé de son époux, qui ne pense qu’à son travail. Les quatre enfants feront de très belles études car on veut le meilleur pour eux et obtiendront des postes haut placés.

Ploumor I et II : la maison en Bretagne où tout le monde se retrouve mais où la cohabitation n’est pas toujours facile….. C’est l’opposé de la vie parisienne mais certains s’y font bien, d’autres plus difficilement.

1943 : la guerre, l’enfance d’Elvire, l’arrestation « épique » de sa mère Simone Lévy, comment elle tient face à la police française, son sang-froid qui deviendra son modèle à qui ressembler.

L’Amérique : Elvire fait des études aux Etats-Unis et découvre un nouveau monde, un autre monde, l’indépendance loin de la famille, où elle devra prouver qu’elle en est capable, se faire une place mais retombera sur terre à son retour. La France n’est pas l’Amérique, la place de la femme est encore derrière les fourneaux, à élever des enfants mais Elvire a d’autres ambitions.

Grand-maman : la vieillesse et la déchéance d’une femme de caractère au soir de sa vie.

Oui dit comme cela paraît assez simple mais un peu confus et assez schématique mais  la narration des souvenirs nous replongent dans nos propres souvenirs, certes différents, mais tellement semblables au fond. Nous avons tous connus des repas et avant-repas épiques, des conflits de couples frisant parfois le ridicule, des enfants cherchant leur place dans cette famille où, pourtant issus des mêmes géniteurs, sont si semblables et si différents.

J’ai souri à la lecture de certains, parfois ri car frôlant la comédie burlesque, parfois été émue en particulier dans la dernière partie, où quelle que soit la personnalité quand l’âge et la perte de capacités vous mettent face aux humiliations, au sentiment d’abandon et de solitude.

Les espoirs, les déceptions de chacun plus ou moins développés,  l’itinéraire d’Anne, la sœur de la narratrice Marie (Catherine Cusset), qui reprendra des études à 35 ans pour devenir médecin, se révélera une Don Juan féminin sans rien laisser paraître…..

Tout cela constitue une famille.

C’est une radioscopie d’une famille française, assez privilégiée mais où une certaine distance existe malgré tout entre parents et enfants, on s’aime sans se le dire, on se déteste mais on ne peut se passer les uns des autres, les relations sont un peu « froides », même au seuil de la mort. Et pourtant c’est à ce moment là que l’on se rend compte de l’importance que chacun a pris dans la vie.

L’écriture est toujours  fine, précise, le récit est assez autobiographique mais j’ai remarqué que Catherine Cusset n’hésite pas à révéler sans fard sa vie (comme dans Confession d’une radine, Celui qu’on adorait). Un exutoire peut-être mais cela fait du bien de retrouver dans ses récits ce que l’on oserait peut être pas avouer sur nous-mêmes.

Elle ne peut d’ailleurs s’empêcher de glisser quelques réflexions sur les livres et la lecture :

Quand on connaît la joie de s’oublier dans un roman, on ne peut que plaindre les malheureux qui ignorent cette félicité, les pauvres qui se soucient de mesquines choses réelles, les exclus du royaume de la phrase. (p81)

Ce qui se passe dans les livres est tellement plus beau, plus grand, plus juste et plus désintéressé que ce qui se passe dans la vie. (p79)

Sa vie, ses relations familiales sont son terrain d’exploration et d’écriture et je continuerai à la découvrir car ce qu’elle nous raconte est en fin de compte c’est nous.

On s’y retrouve, on repense à notre vécu, on sourit de le lire, on a ri ou pleuré de le vivre.

Mon avis : 📕📕📕📕

Editions Folio – 2002 (2001 chez Gallimard) – 338 pages

Ciao

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