Asta de Jon Kalman Stefansson

ASTA

Asta est l’héroïne et à une lettre près son prénom signifiait Amour (Ast). Sa mère Helga et son père Sigvaldi s’aiment, parfois violemment et ils décident de donner à leur deuxième fille ce prénom tout droit sortie de la littérature islandaise.

Sigalvi se souvient, allongé sur le trottoir après une chute d’une échelle, de sa vie, d’Asta pour qui la vie n’a pas réservé les promesses que l’on a fait à sa naissance.

Elle connaîtra la violence, l’exil, l’amour mais devra faire face à l’isolement, à la perte d’êtres chers.

Ma lecture

Voilà la phrase qui pourrait résumer le livre :

Sans erreurs il n’y a pas de vie. (p36)

Il y a  Sigvaldi, le père d’Asta, immobilisé par sa chute et qui raconte à une femme venue lui porter secours sa vie, sa fille, sa première femme Helga. Ensuite le récit est entrecoupé des lettres d’Asta, pleines d’amour, de solitude, d’attente et de mélancolie. Mais à qui les adresse-t-elle ? Et puis comme si cela ne suffisait pas, il y a un narrateur qui ressemble à l’auteur du livre : qui est-il ? Lui aussi prend la parole, parle de son travail d’écrivain, loin de tout, dans un coin d’Islande où il donne quelques informations sur sa vie, son environnement, sa solitude recherchée, sur notre monde et sur sa prise de position sur les hommes, leurs actions.

Mais n’oublions pas non plus que certains (écrivains) forcent l’admiration, s’attirent la renommée, parce qu’ils n’hésitent pas à affronter les tempêtes du monde, alors qu’en réalité, ils s’y réfugient. On peut même aller jusqu’à dire qu’ils se jettent à corps perdu dans ces tempêtes afin de ne pas avoir à se débattre avec leurs démons personnels. A regarder en face leurs sentiments les plus intimes et les plus embarrassants.(p164)

La vie n’est pas pour Asta un long fleuve tranquille : cette femme au caractère déterminé, curieuse des choses de la vie, confiante en l’avenir, qui devra se faire une place mais conservera des séquelles dues au manque d’une mère, d’un père, d’un cocon familial. Quelques bribes dispersées ça et là dans le texte laissent présager des zones d’ombre. C’est parfois un peu long à venir, on a hâte de découvrir la vie d’Asta, le pourquoi de son abandon par sa mère, Josef (qui est-il, d’où vient-il ?), sa nourrice. Les époques se mélangent au gré des souvenirs de Sigvaldi qui vont et viennent suivant son état de conscience. Et lui, quel rôle a-t-il joué sur le destin de sa fille ? Ne devient-il pas le personnage central du livre finalement ?

Elle s’efforce de comprendre plutôt que de juger . Ce qui n’est pas si fréquent dans les sociétés humaines. Il est plus facile de juger les autres que d’essayer de les comprendre. La vie est plus simple ainsi. (p253)

Encore un auteur et une littérature que je ne connaissais pas du tout et attention, dans cette lecture vous embarquez avant tout pour un voyage dans un pays assez mystérieux, isolé, sauvage, l’Islande, dont l’auteur est amoureux, malgré ses vastes étendues, malgré son climat, malgré la rudesse des gens qui y vivent. Car il y a plusieurs sujets dans ce livre, en dehors d’une histoire familiale, il y a l’Islande l’éloignement, le thème de l’abandon et la recherche du bonheur. J’ai apprécié le côté philosophique de l’auteur qui, à travers une histoire romanesque, il transmet ses constations, ses idées sur le monde et l’humanité.  Ce livre est aussi un plaidoyer sur notre monde, ses bouleversements, sur un retour à des valeurs de respect, d’écoute et une prise de conscience des dangers qui nous guettent : politique, écologique, sociétal.

Celui qui ne peut pas travailler ne saurait s’enfuir (…) car certains travaillent pour se fuir eux-mêmes. (p361)

Pas facile au début de bien se situer au milieu de tout cela, une certaine impatience me gagnait de démêler les fils du récit qui se disperse avec les nombreux intervenants, les époques, mais grâce à un subtil découpage fait de chapitres, de phrases, d’enchaînements on en comprend peu à peu la construction mais beaucoup de mystères planent sans réponse jusqu’aux pages finales. J’ai trouvé que la lecture avançait peu par moment. L’écriture est fluide et belle mais manque un peu de chaleur, mais l’auteur maîtrise son récit  et lui sait où il veut nous emmener. Comme les pièces d’un puzzle, tout s’emboîte parfaitement, chaque chose prend sa place et les émotions sont là. Comme le contexte du pays, tout est en retenue, en non-dit, en silence.

Si cela ne vous semble pas raisonnable, c’est parce que justement il n’y a rien qui soit raisonnable dans la raison (p368)

Mais on garde malgré tout une certaine distance par rapport aux personnages et c’est dommage : j’ai eu peu d’émotions, d’empathie peut-être parce que les ressentis ne sont pas assez exprimés même quand il s’agit d’événements durs, difficiles.

Ce livre est aussi un plaidoyer sur notre monde, ses bouleversements, sur un retour à des valeurs de respect, d’écoute et une prise de conscience des dangers qui nous guettent : politique, écologique, sociétal.

1er malheur :Il est plus facile de décrire le monde que de parler de soi.

2ème malheur : Ecrire en parlant trop de soi même, et pas assez du monde (p173)

Je pense découvrir plus cet auteur à l’écriture magnifique, au style particulier propre peut être à cette aride, désertique, aux conditions climatiques extrêmes, un pays de caractères forgés par leur environnement.

Mon avis : 📕📕📕/📕

Livre lu comme Jurée du Prix des Explorateurs de la Rentrée Littéraire 2018 – Lecteurs.com

Editions Grasset (Les lettres d’Ancre) – 491 pages 

Traduction de Eric Baury

Ciao

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