Trois fois la fin du monde de Sophie Divry

TROIS FOIS LA FIN DU MONDE

Joseph Karmal, 22 ans, est incarcéré après un braquage qui a mal tourné dans lequel son frère, Tonio a été abattu par la police. Il va découvrir le monde carcéral, ses lois, ses règles, la promiscuité.

Mais une catastrophe survient et il se retrouve seul survivant dans la nature, il va faire l’apprentissage de la reconstruction dans ce coin du monde préservé et revenir à des valeurs qu’il avait oubliées ou inconnues.

Ma lecture

J’ai lu ce court roman avec curiosité et aussi suite au coup de cœur des Lectures d’Antigone : Trois fois la fin du monde….. Je ne comprenais pas trop mais à la lecture du résumé cela m’a interpellé. Passer du monde carcéral au monde libre dans la nature : un choc sûrement.

Joseph découvre la prison en même tant que la douleur de perdre son frère, son mentor, ce grand frère qui était sa seule famille. Désormais il est seul au milieu de voyous, de clans, dans des cellules où règnent la loi du plus fort, du plus puissant, de celui qui a le plus de pouvoir sur les autres détenus. Il va connaître l’isolement au milieu des autres, la saleté, la perte d’intimité.

Il n’était pas préparé à cela : les humiliations des fouilles, l’attente et l’espoir d’une visite, le sentiment d’injustice suite à la mort de son frère, la perte de repères.

La description du milieu carcéral est parfaitement rendue : étouffante, crasse et violence sont omniprésentes.

Une découverte qui tourne au cauchemar.

Une catastrophe intervient. On ne sait rien sur son origine, il n’est question que de radiations. Peut-être une catastrophe nucléaire, mais la nature est préservée, non contaminée,  et Joseph va se retrouver seul, isolé dans la campagne,  sans âme qui vive, sans électricité. Personne n’a survécu que lui pense-t-il sauf peut-être plus loin, ailleurs. Il va falloir à nouveau qu’il s’adapte à un nouvel environnement : passer de la prison à la totale liberté, du désœuvrement à l’activité intense, planifier, réfléchir pour trouver une solution à chaque difficulté ou problème.

Tout est à portée de mains : grandes surfaces, réserves de nourriture dans les habitations. Il n’y a qu’à se servir mais il faut penser à long terme…. Et cela suffit-il à son bonheur ?

C’est la partie que j’ai préférée : peu à peu Joseph va devenir un Robinson. Il va réapprendre les gestes des premiers hommes.

Il a du travail. Beaucoup de travail. Mais tout s’accomplit en son temps. C’est un homme couvert de temps.  (p117)

Mais l’homme n’est pas fait pour vivre seul et il va avoir besoin de trouver son Vendredi.

L’écriture est précise, concise, chaque sentiment est parfaitement décrit. On se glisse dans le personnage de Joseph qui pénètre à chaque fois dans des mondes qui lui sont inconnus : prison, nature. L’homme a d’innombrables ressources. Retrouver de vraies valeurs, trouver le bonheur, la sérénité, le sentiment du travail accompli voilà ce que Joseph va trouver. Mais cela suffit-il au bonheur ?

Où se trouve le paradis, l’a-t-il trouvé ?

Il s’agit presque d’un roman philosophique  : le monde, notre monde peut basculer à tout moment, passer d’un univers à l’autre, comment nous y adapter, comment parvenir à y vivre. Nous pouvons transposer dans beaucoup de situations ce basculement que l’humain peut connaître (peut-être pas dans des formes aussi extrêmes) au cours de sa vie. Ne jamais croire que tout est définitif, la pensée de l’homme évolue comme les besoins. Vivre seul rend-il plus heureux, l’enfer c’est les autres mais peut-on se créer un paradis et y être heureux, cela suffit-il ?

Sophie Divry ne donne pas de réponse : elle nous laisse y réfléchir, faire le cheminement avec Joseph comme Robinson l’a fait avant lui, vivre totalement seul est-il préférable pour se préserver de la folie des hommes.

Est-ce que l’enfer c’est les autres, la société ? Peut-on vivre en ce passant des autres ?

J’aime beaucoup quand un (ou une) auteur parvient de façon concise, limpide à exposer un sujet de réflexion profond. On ressort d’une telle lecture avec des envies de retrouver de vraies valeurs, un retour aux sources.

C’est une jolie découverte sur un thème déjà exploité mais transposé dans notre monde complexe basé sur la possession, le pouvoir.

Mon avis : 📕📕📕📕

Merci à NetGalley et aux Editions Notabilia pour cette lecture

Editions Notabilia – 142 pages – Août 2018

Ciao

 

4 réflexions sur “Trois fois la fin du monde de Sophie Divry

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.