Du domaine des murmures de Carole Martinez

DU DOMAINE DES MURMURES

Au Domaine des Murmures, en Franche-Comté, en 1187, Esclarmonde, 15 ans, refuse d’épouser, contre l’avis de son père propriétaire du domaine, Lothaire de Montfaucon qu’elle trouve trop volage et parce qu’elle ne ressent aucun sentiment envers lui. En échange et pour calmer la colère de son père, elle lui propose de vivre emmurée jusqu’à sa mort.

Mais elle n’entre pas seule dans son réclusoir et ne sera pas aussi isolée qu’elle le pense. Elle va vivre dans son réduit des aventures à travers les gens du Domaine de Murmures et les pèlerins venant chercher conseils et bénédictions auprès d’elle.

Ma lecture

Premier roman de cette auteure. J’ai depuis des années sur mes étagères Le Cœur cousu mais que je n’ai pas encore lu…… Et bien je pense qu’il va passer de mes étagères à ma PAL très rapidement…..

Magnifique récit d’un événement assez courant au Moyen-Age de ces femmes qui préféraient pour X raison de se laisser emmurer jusqu’à la fin de leurs jours. Je connaissais cette « tradition » que Jean Teulé évoque dans François Villon entre autre (je vous le recommande, pour moi un de ces meilleurs livres).

Je vous mets une vidéo qui explique très bien les conditions de vie des recluses, les espaces où elles vivaient, ce qu’elles faisaient de leurs journées, les recluses célébres dont c’est peut être inspiré Carole Martinez.

J’ai beaucoup aimé l’écriture : elle s’est glissée dans le personnage d’Esclarmonde, utilisant un phrasé similaire à l’époque, le regard doux mais ferme et lucide de cette jeune fille sur le monde qui l’entoure, intelligente, préférant la solitude et la réclusion à un mariage arrangé, sans amour.

L’auteur donne un souffle à son récit en y incluant des événements romanesques qui nous invitent à découvrir le destin de cette jeune fille, son devenir et celui du Domaine et de ses habitants : famille, servantes etc…. C’est un récit très documenté et bien construit, ménageant le suspens et il nous embarque dans une aventure au XIIème siècle, où la femme n’avait comme seul pouvoir  pour refuser ce qu’on lui offrait la religion ou la mort.

Je veux dire à m’en couper le souffle.(p18)

Quelle force dans ce personnage de jeune fille, entrée à 17 ans dans son réduit (il a fallu deux ans pour le construire), subissant la colère et l’ignorance de ses proches à partir du moment où elle prononce le Non au mariage qui va scellé son destin.

Mais le Moyen-Age est une époque violente. Les colères et les vengeances peuvent être  monstrueuses et sanglantes, mais elles peuvent également évoluer en particulier pour Lothaire que l’auteure transforme en poète conquis par son ex-promise et en fidèle parmi les fidèles. Il y a confrontations du bien et du mal, de la force et de la douceur, de la guerre et de la paix.

Car c’est aussi le temps des Croisades, des voyages interminables en Terre Sainte pour trouver parfois le pardon, des mirages, des séparations. J’ai trouvé que les confrontations du bien et du mal étaient particulièrement bien rendues (David, la fronde, Gauvin le cheval etc…). Il y a des murmures, des croyances, des fantômes, il y a aussi bien d’autres choses.

Carole Martinez  rend bien compte dans son récit du pouvoir malgré tout des femmes par :

. le personnage de Douce, la deuxième femme du père de l’héroïne, va gérer le Domaine pendant son absence et jouer un rôle capital dans la vie d’Esclarmonde.

. par Esclarmonde également, par la position et les pouvoirs attribués aux recluses : sainteté, plus de maladie, plus de mort sur le Domaine, le temps passé à écouter, prier, consoler et conseiller les pèlerins venant écouter ses paroles.

. par la ruse des servantes Bérangère, Ivette, Jehanne etc…. se jouant des hommes, intuitives et généreuses.

Mais Esclarmonde reste une femme (et je ne peux vous en dire plus pour vous laisser le plaisir de la découverte) et même dans cet univers clos, minimaliste, elle va vivre et connaître des aventures, découvrir des sentiments qu’elle n’aurait pas dû connaître.

Je ne m’attendais pas du tout à un tel récit et j’ai plongé dans la spirale du temps, me transportant auprès de cette jeune femme dont la force de caractère transporte et transpire, par sa douceur et sa volonté d’abattre les obstacles dûs à son emmurement.

Et puis quelle belle écriture, ciselée, poétique mais rendant totalement l’ambiance de l’époque (de ce que nous en connaissons bien sûr), des conditions de vie et de la place que tenait la religion dans la vie de la population qui se reposait totalement sur elle et sur les croyances.

Une très belle découverte.

Mon avis : 📕📕📕📕

Editions Folio – 226 pages – 2013 (2011 chez Gallimard)

Prix Goncourt des Lycéens 2011

Ciao

7 réflexions sur “Du domaine des murmures de Carole Martinez

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