Seule Venise de Claudie Gallay

SEULE VENISE - Copie

Elle a tout plaqué parce que Trévor l’a quittée, la souffrance est telle qu’elle a fermé ses comptes bancaires et réservé une chambre dans la pension Bragadin à Venise. Et elle part.

Se reconstruire quand on a le sentiment que sa vie est en miettes dans une ville où il faut se perdre pour réellement l’apprécier, elle ira de rencontres en découvertes à l’écoute des autres mais aussi de cette ville qui s’effrite  mais aussi d’elle-même pour commencer une autre vie…

Ma lecture

Encore un livre qui traînait sur mes étagères depuis plusieurs années. Je me souviens l’avoir acheté après un séjour à Venise. Seule Venise….. Je voulais retrouver cette ville que j’ai tellement aimé, seule, je m’y suis perdue comme l’héroïne et je dois dire que la magie a opéré.

Comme dans tous ses romans Claudie Gallay est une auteure de sensations, de pensées mais aussi de recherche de soi-même à travers des événements anodins, des vies ordinaires mais que l’auteure transcrit si parfaitement, du plus profond.

C’est une introspection du moi parmi les autres : en se glissant dans le personnage, elle nous emmène en voyage dans Venise mais aussi dans les sentiments de cette femme seule, abandonnée, emplie de douleurs :

Personne n’a jamais étudié la douleur des humains quand ils sont ferrés du ventre Cette impression de brûler, de se vider tout en restant vivant. (p95)

Venise en hiver, dans la brume de la lagune, ses ruelles, ses églises, sans sa cohorte de touristes, un lieu où vivent légendes et fantômes pour certains.

Elle fera la connaissance de Luigi, le propriétaire de la pension, qui vit entouré de ses chats, construit des maquettes comme des châteaux en Espagne, qui espère, qui attend. Il y a un prince russe en fauteuil roulant, qui ne sort de sa chambre que pour les repas, à qui elle raconte par le menu ses déambulations dans la Sérénissime ville, qui exige une ponctualité sans faille et qui va lui révéler bien des secrets sur Venise mais aussi sur lui-même.

Elle découvrira dans le couple que forment Carla et Valentino, danseurs, que l’amour fou peut parfois faire peur mais aussi partagera avec Carla ce qu’elle ne pouvait confier qu’à une femme.

A travers eux elle évoque l’exode après une révolution (russe)

Et c’était cela la force des puissants, enlever aux plus faibles le goût d’apprendre. (p178)

mais aussi la perte, l’éloignement familial, les classes sociales et de l’amour qui se moque de tout cela.

Et puis il y a Lui, le libraire dont elle fera la connaissance au hasard de ses déambulations, qui va devenir son confident, qui va la faire à nouveau sentir femme, qui va lui faire découvrir un peintre juif qu’il admire, tourmenté et secret.

On ne se tutoie pas. On est dans cet avant de l’intime. Avant qu’on se touche. Avant qu’on se jette. Avant. (p181)

Claudie Gallay est une écrivaine de sentiments, de sensations. Sur des faits anodins elle nous balade dans son univers qu’elle n’en finit pas de partager : certaines obsessions ou tocs, intérêt pour des performistes ou  peintres, que je retrouve au fil de ses romans :

La Beauté des Jours, Les Déferlantes

mais surtout son analyse des sentiments et de leurs transcriptions.

C’est particulièrement vrai dans ce récit, dans cette sublime ville, qui vous transporte dès que vous y posez le pied, la grandeur et la beauté des édifices, le charme de ses ruelles, la Place St Marc et son café Florent avec des violons en fond sonore et ses rideaux qui volent (si si je les ai vus et moi-même je pensais entrer dans le film de Visconti, les parfums, l’élégance de ses habitants, la richesse de ses monuments, la lagune, l’arrivée en train qui semble flotter sur l’eau, les îles, les vaporettos, l’aqua alta qui envahit tout…..

L’écriture est comme toujours délicate, sensible, fine et l’on découvre bien plus qu’il ne semble. Il y a toujours dans les récits de cette auteure des révélations : sur elle  mais aussi sur ses personnages, comme cela, l’air de rien. Cela se pose, s’impose au fur et à mesure, chacun a sa petite histoire, sa révélation et l’on comprend que chacun a ses faces cachées, son jardin secret.

Je l’ai aimée cette envie-là. Avec tant d’hommes. Ce moment brûlant d’avant la peau; (p182)

Un livre lu d’une traite, un voyage tout en douceur dans Venise que j’ai retrouvé, que j’ai sillonné à nouveau avec elle, dont j’ai aimé les personnages et imaginé cette pension et ses locataires, j’ai gouté au chocolat chaud avec sa mousse qui se dépose sur les lèvres. Un livre est un voyage et j’ai aimé mon voyage.

J’ai ressorti le dernier livre oublié sur mes étagères de cette auteure : Dans l’Or du Temps dont je parlerai bientôt….

Mon avis : 📕📕📕📕

Editions Babel (Actes Sud – Novembre 2009 – 302 pages 

Première parution aux Editions du Rouergue – 2004

Ciao

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