Les exilés meurent aussi d’amour de Abrousse Shaïmani

LES EXILES MEURENT AUSSI D'AMOUR

Shirin a neuf ans quand elle s’installe à Paris avec ses parents, au lendemain de la révolution islamique en Iran, pour y retrouver sa famille maternelle. Dans cette tribu de réfugiés communistes, le quotidien n’a plus grand-chose à voir avec les fastes de Téhéran. Shirin découvre que les idéaux mentent et tuent ; elle tombe amoureuse d’un homme cynique ; s’inquiète de l’arrivée d’un petit frère œdipien et empoisonneur ; admire sa mère magicienne autant qu’elle la méprise de se laisser humilier par ses redoutables sœurs ; tente de comprendre l’effacement de son père… et se lie d’amitié avec une survivante de la Shoah pour qui seul le rire sauve de la folie des hommes.

Ma lecture

La narratrice, Shirin, partage les différentes étapes de son exil en France, à Paris, rue de la Roquette, au sein d’une famille complètement, comment dire, foutraque. En entrant dans ce récit, j’ai aimé le ton décalé, teinté d’humour sur une situation qui pourtant n’a rien d’amusant mais quand les mots sont écrits par une enfant de 9 ans cela prend une toute autre teinte. Elle interprète à sa manière, tente de comprendre.

Et c’était exactement à çà que servaient les mots, tous les mots : à colorer autrement les humains en leur donnant une forme nouvelle. La langue française se métamorphosait en baquette magique pour combattre le réel et sauver ce qui restait de l’enchantement de l’enfance. (p36)

Elle reproduit ce qu’elle entend, dans son poste d’observation favori, sous le canapé et elle note tout, essaie d’assimiler cette nouvelle langue qu’elle n’apprivoise pas, comprendre le monde des adultes et leurs réactions, entend parfois ce qu’elle ne devrait pas entendre.

La première partie, l’An I de l’Exil, c’est cela, à l’image des expressions comme « police-des-mœurs-mes fesses » qui sont représentatives de l’ambiance qui règne dans cet appartement, des relations révolutionnaires, même loin du pays natal, dangereuses car engagées. Dans cet immeuble où vit toute la famille, la vie de tous les jours se tissent avec vie politique.

La politique, c’était du fantasme, des idées qui volent alors que l’intime était ancré dans la réalité, fait de désir, de frustration, de silence et ils ne le supportaient pas, alors ils disaient n’importe quoi pour ne pas sentir la morsure de la vie. (p92)

Le pouvoir des femmes iraniennes est immense et en particulier celui de sa tante maternelle Mitra, qui régente toute la famille, mais aussi Zizi opiomane, Tala, la belle, celle qui sera le modèle absolu de la petite fille, sa mère Niloo, arrivée enceinte à Paris et qui donnera naissance au petit frère, Siyavash, silencieux et empoisonneur. Une mère dans toute sa définition, se préoccupant toujours du bien-être de chacun et chacune, qui ne fait jamais de vagues…… quoique….. Et puis Hannah, la voisine, si accueillante mais rebelle car n’acceptant pas, plus les abus et brutalités humaines.

Et il y a un père silencieux, libraire, résigné, cacherait-il un mystère, un secret…..

Et puis des hommes feront leur entrée : Amid, terroriste, Mahmoud, le grand–père pervers et brutal et surtout Omid, celui dont s’éprendra immédiatement Shirin, qui va l’initier à la culture, à la richesse des musées et dont elle sait qu’un jour il sera son Destin.

On a du mal à croire, qu’au sein d’une même famille, toutes ces figures soient réunies, c’est un peu trop.

Le roman comporte trois parties : l’an I – L’IX et l’an XXX de l’Exil (épilogue) trois étapes de l’exil : l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte, l’arrivée et la découverte d’un nouveau pays, l’intégration et l’épanouissement pour une histoire qui est, je pense, en grande partie autobiographique car beaucoup de références à son précédent livre, autobiographique déjà, sont intégrées.

Abrousse Shaïmani mêle des petits contes, réels ou imaginés, qui nous transportent dans les légendes de son pays d’origine, ses croyances, ses parfums et révèlent parfois les choix faits concernant les prénoms, les passés de ses personnages.

On ressent la difficulté d’intégration sans renier ses racines, en vivant presque en vase clos, mais pour la deuxième génération l’importance du juste équilibre entre les deux pays, sa richesse.

L’auteure a une écriture très belle mais j’ai eu à plusieurs moments de la lassitude à suivre le récit, il y a tellement de choses, de petits faits qu’au bout d’un moment je me suis perdue, j’ai eu la tentation d’arrêter mais bien m’a pris de ne pas le faire car la dernière partie est particulièrement émouvante et forte.

Donc au final un récit un peu à la manière d’un bazar, on y trouve un peu de tout : le regard d’une enfant sur l’exil, sur ses racines, qui cherche à comprendre qui ils sont, même loin de leur pays, un monde d’adultes aux idées et attitudes extrêmes, des contes, une intrigue policière sur une disparition, des empoisonnements mystérieux  et l’amour qui tente de prendre sa place au milieu de tout cela…

Je ne sais pas si le final est imaginé ou réel pour l’auteure mais j’ai trouvé cela un peu trop…..

J’aurai préféré un peu moins d’événements rocambolesques qui retirent de la crédibilité au récit.

Mon avis : 📕📕📕/📕

Editions Grasset – 260 pages – Août 2018

Merci aux Editions Grasset et à NetGalley France pour cette lecture

Ciao

3 réflexions sur “Les exilés meurent aussi d’amour de Abrousse Shaïmani

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