Prisons de Ludovic-Hermann Wanda

PRISONS

Le héros, Frédéric, est un jeune « Black », dealer à succès. Jusqu’au jour où il se fait prendre. Il est arrêté et se retrouve en prison, entouré de gars des banlieues comme lui, des Blancs, des Noirs, des Arabes, des Juifs. Il y mène alors un combat : enseigner le français, sans « wesh », « blédards » et autres « bâtards ». Il commence avec Richard, son compagnon de cellule, un « feuj ».

Ma lecture

Quand un livre parle des bienfaits de la culture, de la lecture cela m’interpelle toujours car j’en connais les pouvoirs : apprendre, réfléchir, penser par soi-même à travers les écrits des autres, découvrir des horizons et des milieux inconnus et dans le cas de ce roman j’étais curieuse comment l’auteur traitait le sujet.

Vous entrez dans le récit, je ne vous le cache pas, en vous posant quelques questions…… Mais qui sont tous ces interlocuteurs, pourquoi les narrations sont-elles toutes si différentes ? Pourquoi de tels écarts dans le langage, dans la position (extérieure ou intérieure) ? Au bout de quelques pages, de retours en arrière pour comprendre la construction (et je ne vous cache pas que le parler verlan et banlieues me sont totalement inconnus…) je commence à comprendre et je trouve cela très astucieux et original.

J’aime découvrir des récits dont personne ne parle et si je ne l’avais eu à lire pour le Comité de Lecture, je ne pense pas que j’aurai été vers ce genre de roman (premier roman je le précise et autobiographique) et je ne regrette pas qu’il me soit passé entre les mains.

La construction est particulièrement originale dans le sens où les narrateurs sont multiples : il y a Frédéric Nkamwa, le personnage central, jeune dealer de 22 ans, qui a obtenu le bac scientifique mais qui se retrouve incarcéré pour un transport à son compte de drogue. Mais celui-ci a deux voix : celle du Frédéric  qui s’ouvre à la culture, qui devient même philosophe et puis celle de son mauvais génie, celle de la facilité, de la révolte, celle du langage des banlieues.

Autre narratrice : Marianne, la voix de la 5ème république, qui observe, écoute, analyse l’évolution du héros qui grâce à sa rencontre avec Richard Darmon, le co-détenu, 27 ans, multi-récidiviste, junky, juif, qui en est à sa 7ème incarcération, mais qui va, dès leur co-détention, trouver les mots qui vont interpeller Frédérique sur sa condition et le peu d’avenir que la vie va lui donner s’il continue sur ce chemin alors qu’il peut mettre à profit cette « parenthèse » carcérale pour changer : s’instruire, se cultiver, réfléchir par lui -même analyser son comportement, ceux des autres, les bénéfices qu’il peut en tirer.

Ils vont chacun s’épauler : l’un pour apprendre, lire, passer un examen universitaire, l’autre pour sortir de la drogue.

Une amitié va se nouer entre eux et malgré le Frédéric Hyde qui n’est jamais bien loin et souffle à l’oreille de Frédéric Jekyll de ne pas se donner autant de mal, de se laisser porter jusqu’à la sortie, de répondre par la violence à la violence, on observe, comme Marianne la transformation s’opérer dans le langage, dans la réflexion, dans l’analyse et les résultats.

Une leçon pour quiconque s’intéresse et croît aux bienfaits de la lecture, de la culture sur les êtres. Les prisons peuvent être de plusieurs sortes, l’ignorance et l’inculture en sont également, elles n’ont pas de barreaux mais il y a des clés pour en sortir.

J’ai été un peu dubitative au début de ma lecture car les tournures de phrases, métaphores etc…. étaient nombreuses, pompeuses, il y en avait trop cela donnaient une écriture « ampoulée », trop… mais cela ne dure pas et j’ai pu entrer dans le récit ensuite.

Bien sûr je ne suis pas habituée au parler des banlieues, verlan etc…. et j’ai marqué des temps d’arrêt pour comprendre Frédéric Hyde parfois, mais ce parler est malgré tout nécessaire pour bien comprendre et montrer la transformation qui s’opère, les constructions des phrases, les références littéraires etc… Non seulement Frédéric Jekill gagne en profondeur mais il se rend compte qu’il y gagne également en respect des autres et de lui-même.

Peut-être un brin idyllique malgré tout, je ne suis pas sûr que cela peut s’appliquer pour tous les délinquants, à la base le narrateur a déjà un bac S, il est donc habitué à l’enseignement, à la concentration, à une forme de respect de l’éducation, mais c’est malgré tout intéressant de penser que la culture peut sauver, peut aider, quelque soit sa forme et le lieu où elle est reçue.

Un joli premier roman, original et plein d’espoir, qui a permis à son auteur d’arriver à son objectif.

Mon avis : 📕📕📕/📕

Livre lu dans le cadre du Comité de Lectures

Editions de l’Antilope – Juin 2018 – 278 pages

Ciao

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