Trois saisons d’orage de Cécile Coulon

TROIS SAISONS D'ORAGE

 

 L’histoire d’André, de son fils Benedict, de sa petite-fille, Bérangère. Une famille de médecins. Celle de Maxime, de son fils Valère, et de ses vaches. Une famille de paysans.

Un village comme il en existe tant : Les Fontaines. Une maison : la Cabane qui va abriter trois générations confrontées à l’Histoire et au fol orgueil des hommes ayant oublié la nature reste maîtresse. Un paysage surplombé par les Trois Gueules, falaises qui terrifient mais enrichissent la communauté grâce à ses carrières.

C’est une saga familiale, villageoise, sur trois générations avec ses amours, ses violences, sa fierté : l’histoire d’André, de son fils Benedict, de sa petite-fille, Bérangère. Une famille de médecins. Celle de Maxime, de son fils Valère, et de ses vaches. Une famille de paysans.

Ma lecture

J’ai découvert Cécile Coulon l’année dernière avec la lecture de : Le Roi n’a pas sommeil et comme je vais avoir la possibilité d’assister à une rencontre avec cette jeune auteure, la semaine prochaine, j’ai voulu me replonger dans son univers et en particulier dans le livre pour lequel elle est invitée à La Roche sur Yon.

Ce roman est avant tout l’histoire d’un lieu :

Les Fontaines, Ce village minuscule, tachent le paysage, morceau de craie dérivant au cœur d’une mer végétale et calcaire. La forêt crache les hommes comme des pépins, les bois bruissent, des traînées de brume couronnent leurs faîtes, au lever du soleil, la lumière les habille. (p9)

Dès les premières pages, les premiers paragraphes, le narrateur, le prêtre du village plante le décor. C’est un paysage où la nature imprime sa marque, où les hommes, même s’ils pensent la dominer, seront toujours les perdants :

Je vous parle d’un endroit qui est mort mille fois avant mon arrivée, qui mourra mille fois encore après mon départ, d’un lieu humide et brumeux, couvert de terre, de pierre, d’eau et d’herbe. Je vous parle d’un endroit qui a vu des hommes suffoquer, des enfants naître, d’un lieu qui leur survivra, jusqu’à la fin, s’il y en a une. (p10)

Il existe des lieux comme Les Fontaines un peu partout, pas exactement les mêmes mais si peu différents, où la communauté bénéficie des bienfaits de la présence d’une entreprise les Frères Charrier (dans le cas présent des carrières de pierre) qui va apporter richesse, éducation, confort etc…. à l’ensemble des habitants, des travailleurs, les fourmis blanches, ces petits êtres recouverts de poussière blanche, qui lui resteront toujours reconnaissants de ce qu’elle leur a apporté sans songer que cette richesse c’est grâce à leur travail qu’ils l’ont obtenue et qu’elle les enchaîne.

Dans ce récit la nature tient une place importante comme un élément essentiel du drame qui va s’y dérouler. Elle est le témoin silencieux mais omniprésent. Mais il y a aussi les hommes : ceux du cru, ceux qui sont nés ici, des enfants du pays et puis il y a les autres, ceux qui sont venus de la ville, comme le médecin, André, qui a apporté lui la médecine et ses bienfaits, qui pense s’être fondu dans le décor mais l’intégration est-elle possible et si oui jusqu’à quand.

Et puis il y les croyances, les superstitions, les traditions où le maire, l’employeur, le curé dictent la conduite à tenir et détiennent les pouvoirs. Et puis il y a les petites histoires, les croyances, les superstitions, ce qui fait le mystère d’un lieu.

Cécile Coulon offre à travers ce récit une vision très réaliste de notre société de la sortie de la deuxième guerre mondiale jusqu’à récemment, sur 3 générations. Elle aborde beaucoup de thème : la confrontation de deux univers : celui du terroir et celui de la ville, des façons de vivre, des croyances (en particulier à travers le personnage d’Agnès qui restera longtemps partagée entre les deux), celui des superstitions surtout celles liées à un lieu mais aussi aux rivalités des classes de la société : paysan et petite bourgeoisie, qui ne se comprennent pas, qui n’ont pas grand chose à se dire.

En y intégrant la troisième génération, celle de Valère, le fils de paysan, beau, sensible et cultivé (à la différence de ses frères) et Bérangère, jolie, fille et petite-fille de médecins, brillante et joyeuse pour qui tout est promis et possible :

Ni insolente, ni gâtée, elle jouissait de la force de ceux qui ne croient pas en l’avenir parce que l’avenir ne leur fait pas peur. L’avenir est une notion abstraite qu’ils dédaignent parce qu’ils savent d’emblée que tout ira bien. (p93)

l’annonce de l’orage s’installe, peu à peu, le climat devient plus lourd, plus pesant.

Après avoir connu le bonheur, la prospérité pendant plusieurs années et l’expansion, après une montée des désirs et des espérances,  on commence à entendre les premiers grondements : ceux de la nature qui veut reprendre le dessus après les blessures infligées par les hommes, mais aussi ceux des cœurs, des désirs, des conventions.

J’ai particulièrement aimé la façon dont l’auteure restitue le climat pesant de ces villages ruraux, des notables, des oppositions de classes, des pouvoirs des notables, de ce regard sans complaisance sur nos sociétés urbaines ou rurales. Par des phrases parfois « coup de poing », courtes mais lourdes, l’atmosphère du récit prend toute sa valeur.

On s’attache aux différents personnages et pour ma part, plus particulièrement aux personnages féminins : Elise, Agnès et Bérangère : trois femmes très différentes mais modernes, décidées, conscientes de leurs rôles, de leurs désirs.

Et puis il y a cette maison, la Cabane, qui a connu un drame mais qui va devenir le fief de la famille d’André. Il ne voudra pas croire aux superstitions, au sort qui peut s’acharner sur un lieu.

Il y a de la violence de sentiments, d’environnement, de confrontations mais quel roman tellement réaliste de notre monde, de ses oppositions, de ce que l’homme en fait quand il pense le valoriser alors qu’il le « dénature », que la nature sera la seule survivante, peut-être, et que très souvent elle seule aura le dernier mot.

Là-bas les corbeaux volent sur le dos pour ne pas voir la misère. (p61)

Je dois avouer que j’avais un petit à priori, pas plus enclin à poursuivre ma découverte de cette auteure, j’en avais une fausse image, mais son écriture et son style m’ont énormément plu. Je me suis totalement immergée dans l’histoire, car j’en connaissais certains aspects pour les avoir vécus moi-même, et l’intrigue dramatique révélée dès le début est maîtrisée, dosée.

J’ai hâte de la rencontrer pour qu’elle parle de l’écriture de ce roman qui a été couronné par le Prix des Libraires en 2017….. mérité pour une écriture que j’associe à celle de Céline Lapertot….. d’ailleurs dans la même maison d’éditions.

Mon avis : 📕📕📕📕

Editions Viviane Hamy – 263 pages – Janvier 2017

Ciao

 

9 réflexions sur “Trois saisons d’orage de Cécile Coulon

  1. J’ai lu d’elle « Méfiez-vous des enfants sages » que j’ai beaucoup aimé. Puis « Les grandes villes n’existent pas » que j’ai trouvé très prétentieux et qui ne m’avait pas donné envie de poursuivre ma découverte de cette auteure. Je vais peut-être me laisser tenter… 🙂

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