Eugénie Grandet de Honoré de Balzac

EUGENIE GRANDET

Dans la ville de Saumur vit modestement la famille Grandet : le père ex-tonnelier devenu richissime après de fructueuses spéculations, son épouse, sa fille Eugénie et Nanon la servante. Ces trois femmes vivent sous la terrible coupe du chef de famille, avaricieux maladif. Dans la ville, les beaux partis se disputent l’hypothétique main d’Eugénie dans l’espoir d’épouser la fortune. Mais le cousin d’Eugénie, un dandy parisien, débarque un soir, porteur d’une missive pour son oncle. Sans le savoir, il apporte la nouvelle du suicide de son père ruiné, demandant à son frère de s’occuper de son fils pour l’aider à partir faire fortune aux Indes. L’avaricieux vieillard va se heurter à la candeur et à la générosité d’Eugénie. Balzac a peint crûment, sans concession, les mœurs d’une époque qui n’est finalement pas si éloignée de la nôtre.

Ma lecture

Je dois vous faire un aveu, je n’avais jamais lu Balzac, Honoré de Balzac, que certains me dépeignaient comme difficile à lire, ennuyeux, long et soporifique…. Oh ne me jeter pas la pierre : tout le monde connaît son nom mais combien l’ont-ils réellement lu ?

Forte de ses remarques mais comme toujours curieuse de me faire ma propre opinion, j’ai choisi un court roman dont je ne connaissais ni le thème, ni le lieu. Et bien n’écoutez pas les autres, faites vous votre propre idée, lisez les classiques, pour moi les bases de toute littérature….

Je me suis retrouvée à Saumur, au milieu des vignes, le Père Grandet étant un ancien tonnelier, ayant construit ainsi sa fortune au départ puis à prospérer en investissant dans les terres, l’or bien sûr mais surtout en faisant fructifier son bien et ……. en dépensant peu, faisant vivre sa femme et sa fille dans une misère totale : tout est compté, tout doit être justifié, les deux femmes passant leurs journées à rapiécer, à raccommoder, devant se nourrir de peu, ne profitant pratiquement que de la lumière du jour pour s’éclairer. Et pourtant le Père Grandet brasse de l’or, des louis à longueur de journée, grâce à ses amitiés avec le notaire Cruchot et le banquier des Grassins, il flaire, il compte, il calcule afin d’accroître son bien.

L’auteur installe chacun de ses personnages, lui donne un visage, des pensées, on se les représente très bien. C’est une construction très bien huilée, presque comme une scène de théâtre sur laquelle les acteurs prennent place.

Dans la monotonie de leurs vies, les deux femmes vont trouver dans Charles, le cousin arrivé de la capitale, beau, élégant, possédant de beaux atours auxquels elles ne sont pas habituées, d’abord un divertissement mais aussi, pour Eugénie, l’amour. Fragile jeune fille de 23 ans, vivant sous la coupe d’un père despote et avare, d’une mère soumise et effacée, celle-ci va franchir les limites fixées par son père, susciter un peu d’intérêt de la part du jeune homme mais finira malgré riche, redorera le nom de Grandet mais se résoudra à une vie de presque solitude.

Quelle écriture, mais quelle écriture. C’est vif, humoristique par moment, critique et bien vu des âmes humaines….. La ComeCom Humaine résume l’ensemble de l’œuvre de Balzac et je comprends pourquoi après cette lecture. Il a su transcrire les hommes et femmes, dans leurs vies, leurs conditions, avec leurs défauts, leurs qualités. C’est piquant, vif, alerte, on sent toute la fougue qu’il a mis dans son roman. J’ai presque eu le sentiment d’entendre la plume sur le papier, les feuilles s’envolées au fur et à mesure. Peut être écrit alors qu’il se débattait lui-même avec ses créanciers …..

Dans ce roman on trouve comme sujet principal l’argent, le manque pour certains quand il s’agit d’une faillite, de dettes, de déshonneur, mais aussi la cupidité, l’avarice portée à son plus haut niveau. On sait combien l’argent a posé problème à Balzac, fuyant perpétuellement ses créanciers et on s’aperçoit qu’il maîtrisait parfaitement les arcanes de la finance, des banquiers, des manipulations financières.

La condition féminine est également traitée avec trois portraits de femmes : celui de Eugénie bien sûr, jeune fille soumise, convoitée par certains pour la dot qu’elle représente, comme une marchandise finalement. Pratiquement invisible dans le début du roman, elle prend peu à peu de l’ampleur, elle s’affirme même si elle tremble et craint les foudres de son père, mais l’amour va lui donner du pouvoir, de la force.

La mère, femme effacée qui a apporté à son mari par le mariage la fortune, mais qui est sous la coupe de cet homme et qui n’a pas conscience des biens qu’elle possède. Mais

Et puis il y a Nanon, la servante, car comme dans beaucoup de romans ou pièces classiques, il y a la servante, la complice du père Grandet, qui est la femme du terroir, au parler franc et sincère.

Quel regard sur la société d’alors (19ème siècle) avec les intérêts de chacun, le pouvoir du père sur sa maisonnée, sur ces femmes soumises, sur la vie en province avec les rumeurs, les bavardages qui courent dans les rues et remontent aux oreilles de chacun.

Il n’y a pas de temps morts, pas de longueur, pas d’ennui, il y a des touches d’humour, la critique est vive, l’auteur n’est aucune complaisant avec le Père Grandet : il ne lui trouve aucune circonstance atténuante, il est beaucoup plus indulgent avec Eugénie.

Je pense que je vais continuer ma découverte de cet auteur car j’ai pris beaucoup de plaisir dans cette lecture, même si certains termes et manipulations financières me sont restées assez obscures….., mais j’ai souri, parfois j’ai été révoltée par la manière dont ce vil « bonhomme » traitait sa maisonnée mais aussi manipulait ses relations, ne pensant qu’à son intérêt et uniquement son intérêt.

N’hésitez pas à plonger dans notre littérature classique : l’on s’aperçoit qu’elle est riche, très belle et surtout très actuelle……

Mon avis : 📕📕📕📕

Editions Presses Pocket – Mai 1989 (1833) – 248 pages

Ciao

6 réflexions sur “Eugénie Grandet de Honoré de Balzac

  1. La relecture des « classiques qui font peur parce qu’on était obligé de les lire au Collège » est un très bon exercice. On découvre effectivement des auteurs très modernes dans leur écriture et surpassant bon nombre de nos contemporains.

    [petite coquille si je peux : « comédie humaine » et non « condition humaine »]

    Aimé par 1 personne

  2. Les « classiques » sont des incontournables et font prendre conscience de la « faiblesse » de certain-e-s écrivain-e-s aujourd’hui… Il y a la langue, si riche, le sens psychologique, la peinture sociale et politique, Eugénie Grandet est un pur chef-d’œuvre, parmi tant d’autres chez Balzac, que l’on lit généralement trop tôt à l’adolescence…

    Aimé par 1 personne

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