Dans la forêt de Jean Hegland

DANS LA FORET

Rien n’est plus comme avant : le monde tel qu’on le connaît semble avoir vacillé, plus d’électricité ni d’essence, les trains et les avions ne circulent plus. Des rumeurs courent, les gens fuient. Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au cœur de la forêt. Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, elles demeurent seules, bien décidées à survivre. Il leur reste, toujours vivantes, leurs passions de la danse et de la lecture, mais face à l’inconnu, il va falloir apprendre à grandir autrement, à se battre et à faire confiance à la forêt qui les entoure, emplie d’inépuisables richesses.

Ma lecture

Les Editions Gallmeister éditent des romans de littérature américaine qui allient nature et littérature et j’ai toujours trouvé des œuvres de qualité qui répondent à ce que je recherche dans une lecture : voyage, dépaysement, découverte, nature, intrigue, fait de société et aventure.

Depuis plusieurs mois je rêvais de découvrir ce roman de Jean Hegland, auteure que j’ai découvert dans le Magazine América N° 5 consacré à l’Amérique Sauvage (ou ce qu’il en reste) et son court article ainsi que des articles lus ici ou là m’avaient incitée à me plonger dans un de ces romans…. Dans la forêt, cela me parle, c’est pour moi.

Laisser parler son instinct, son attirance naturelle vers un livre car il est rare, mais cela arrive je le reconnais, que l’on soit déçue mais cette fois-ci encore j’ai fait bonne pioche.

J’ai été captivée par l’histoire et l’aventure, car il s’agit bien là d’une aventure, l’aventure de ces deux adolescentes, vivant loin de tout par choix de leurs parents, à 50 kilomètres de la plus proche ville : Redwood, qui elle-même se trouve à 3 heures de San Francisco en Californie.

En effet ceux-ci souhaitaient revenir à une existence au milieu de la nature, revenir à des valeurs essentielles. Après le décès de leur mère d’un cancer, un événement, qui n’est jamais clairement précisé, prive toute la population d’électricité, d’essence, de structures de communication, d’internet, de téléphone, finalement de tout ce qui fait le monde moderne.

Toute la population a fui, cherchant un ailleurs meilleur, les deux jeunes filles et leur père vont devoir adapter leurs vies à ces conditions extrêmes, trouver des solutions pour se nourrir, trouver de l’eau, se soigner, etc….

C’était une guerre qui se déroulait ailleurs, mais elle semblait s’accrocher à nos jours, pénétrer notre conscience comme une lointaine et désagréable fumée. (p18)

A Noël, Eva, l’aînée va offrir à Nell (que son père surnomme Pumpkin : Citrouille) un cahier, objet miraculeux pour cette jeune fille de 17 ans, bonne élève, qui lit l’Encyclopédie pour continuer à s’instruire même s’il n’y a plus de cours et espérer entrer à Harvard dont elle avait préparer la demande d’admission avant les événements. Ce simple cahier va lui permettre de tenir un journal sur leurs existences.

Chacune des deux sœurs a une passion : pour Nell apprendre, pour Eva c’est la danse qui remplit sa vie : elle respire la danse, elle vit la danse à s’en abîmer le corps, à danser uniquement au rythme d’un métronome en l’absence de musique, elle danse comme sa mère qui fut danseuse.

Son père parallèlement à son métier d’enseignement, partage avec sa famille ses traits d’humour, son goût de la nature, de ce qu’elle apporte mais un accident va confronter les deux jeunes filles à leur solitude et à ne devoir compter que sur elles-mêmes.

Tout le récit est emprunt d’un amour familial fort et puissant transmis par les parents et même au plus fort des drames et difficultés qu’elles vont devoir affronter, ce lien perdure. Pourtant il sera mis à rude épreuve : les saisons, le manque de nourriture, les blessures, les attaques humaines ou animales, leurs conséquences, elles auraient mille raisons de baisser les bras, d’avoir peur, de craindre le pire mais elles se servent de chaque épreuve pour être encore plus fortes, encore plus unies.

Nous aussi, on tient, ai-je pensé, en tamisant la farine infestée de vers, on tient le coup, jour après jour, et tout ce qui nous menace, ce sont les souvenirs, tout ce qui me fait souffrir, ce sont les regrets. (p67)

Aucun temps mort, aucune longueur, la nature et le quotidien a assuré emplissent leurs journées, elles font preuve d’un courage et d’une force extraordinaire. Rien ne les anéantira : ni la mort des proches, ni l’amour qui s’enfuit, ni les agressions.

Ne pas expliquer plus que cela les circonstances dans lesquelles elles se retrouvent dans cette situation n’empêche nullement la lecture. Cela pourrait être une guerre, une fin du monde, un cataclysme, quelque soit les causes, le résultat est là, retour dans le passé, où la technologie n’offrait pas une solution à tout, sans modernisme, trouver dans la nature les solutions à tous les problèmes.

Et c’est cela la grande force de ce roman : Nell va trouver autour d’elle les moyens de surmonter tous les obstacles allant même jusqu’à penser à un avenir encore plus rudimentaire, faisant confiance à la nature pour les sauver.

Il y a des moments de grande tension résultant soit d’actes humains, mais l’auteure avec ce récit pose, à la manière de Robinson Crusoë, la question suivante : si nous sommes projetés brutalement des siècles en arrière, n’ayant plus rien de ce que le monde moderne nous a apporté, en bien ou en mal, serions-nous capables de survivre.

Et même si ce n’est pas une autre civilisation vieille de deux mille ans qui arrive à sa fin, regardez toutes les petites dévastations – les guerres et les révolutions, les ouragans et les volcans et les sécheresses et les inondations et les famines et les épidémies qui remplissaient les pages lisses des magazines que nous lisions autrefois. Pensez aux photos des survivants blottis les uns contre les autres au milieu des décombres. Pensez à l’Amérique du Sud, à l’Afrique du Sud, à l’Asie centrale, à l’Europe de l’Est, et demandez-vous comment nous avons pu être aussi suffisants. (p141)

L’option choisie par l’auteure est la force qui lie ces deux sœurs : l’union fait la force mais malgré tout pour moi celle qui me paraît la plus forte est Nell grâce à ses connaissances, son instinct, son bon sens, à ses observations et à sa force de caractère. Mais elles ont une alliée de poids : la nature. Nell va découvrir sa richesse, ce qu’elle peut apporter mais aussi qu’elle peut être dangereuse.

J’aime quand dans un roman l’auteur nous interpelle, nous interroge, fait appel à notre réflexion, nous porte à nous poser des questions essentielles et existentielles. Lire pour se divertir : oui mais lire également pour éveiller les consciences. Ecrit il y a plus de 20 ans et tellement d’actualité.

Notre monde n’est-il pas en train de se transformer, de disparaître, serions-nous capables de vivre comme vivaient nos lointains ancêtres. Jean Hegland ne manque d’ailleurs pas de rappeler le drame des Amérindiens, des saccages, des massacres perpétrés. Amérindiens pour les Etats-Unis mais bien d’autres dans d’autres pays du monde, étouffant ainsi les connaissances millénaires de ces peuples en plus de les priver de leur terre-mère.

Pour moi un coup de cœur tant par l’écriture, fluide, belle, une ode au monde qui nous entoure mais aussi à la construction, la narration dans le journal par Nell reflète parfaitement l’état d’esprit de la jeune fille, ses joies, ses peurs, ses pensées, sa relation à sa sœur.

Mon avis  : 📕📕📕📕/📕   COUP DE

Editions Gallmeister – 304 pages – Janvier 2017 (1996) 

Traduction de Josette Chicheportiche

Livre lu dans le cadre d’Objectif PAL du mois d’Octobre de Antigone

Ciao

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