Le livre de Dina – Les vivants aussi (tome 2) de Herbjorg Wassmo

LE LIVRE DE DINA T2

Veuve silencieuse du domaine de Reinsnes, au nord de la Norvège, Dina, le ventre arrondi, règne au mépris des convenances, asservissant le monde à sa justice implacable ou sa passion féroce. Pourtant, sous l’éternel poids de ses morts et de ses démons, Dina l’insatiable change peu à peu. L’arrivée d’un visiteur la ramènera à la vie…

Ma lecture

Je continue mon voyage dans le grand nord, pour retrouver Dina qui va devenir mère. Est-elle heureuse ? Impossible de le savoir. Dina n’est pas une femme qui se livre, qui s’épanche. Elle reste le plus souvent dans sa salle, muette, à boire, jouer de la musique ou chevaucher Lucifer, cheveux au vent, toujours hantée par ses démons, ses morts, sa conscience.

Dina, assise sur le plancher plein d’échardes, hurlait. Comme un loup abandonné et furieux. Sans retenue et sans vergogne. Un loup assis sur son derrière en plein soleil, psalmodiant son chant effrayant. (p66)

Elle n’est pas maternelle et laisse le soin à Stine, la lapone, de nourrir et d’élever Benjamin, son fils dont certains doutent de l’identité du père. Une tendre relation se noue entre le petit garçon et la fille de Stine, Hanna

Leur affection et leur solidarité étaient inattaquables. Hanna trottait derrière quand il allait devant. S’il tombait dans le ruisseau, Hanna y tombait aussi. S’il se couronnait le genou, c’était elle qui pleurait. Si Oline pensait que Benjamin était un païen, elle pleura jusqu’à ce qu’Oline admette qu’elle était aussi païenne que lui. (p93)

A l’auberge, au rythme des bateaux qui accostent, des rencontres se font en particulier deux hommes vont apparaître: Pedro Pagelli, le peintre qui va faire les portraits de Hjertrud, la mère de Dina  ainsi que le portrait de celle-ci avec son violoncelle et Léo Zjukovski, un russe assez énigmatique qui va provoquer chez Dina une montée de sentiments, elle ne sera, face à lui, plus celle qui décide mais celle qui demande.

Dans ce deuxième tome les personnages secondaires prennent de l’ampleur : Tomas, le palefrenier qui rôde, qui s’interroge et espère, Niels qui travaille à sa propre richesse, Johan, le fils de Jacob, qui revient après des études de théologie mais dont les sentiments pour sa belle-mère ne sont pas que familiaux. Mais tout cela est distillé au compte goutte….

Le premier tome relatait les circonstances étranges de la mort de Jacob, l’enfance et la vie de Dina jusqu’à cet événement, les zones d’ombre sans réponse mais soulevées, les fantômes rôdant autour d’elle. Dans celui-ci Dina est devenue une femme adulte, déterminée que tout le monde craint, respecte même si son attitude parfois déroute.

A l’image des couvertures des Editions 10/18, une facette du portrait de Dina apparaît, l’ensemble reconstituant la totalité de son aspect.

Elle est toujours aussi froide, n’éprouve guère de sentiments, elle vit dans son monde peuplé d’ombres, de voix,  celles de sa mère, de son mari qui apparaît à chaque fois qu’un homme s’approche d’elle, le voyant comme un adversaire,  mais par petites touches l’auteure commence à lever le voile sur elle.

Je suis très partagée entre être admirative par cette femme à la détermination sans faille, avec une sorte de modernité dans son attitude, qui se moque des conventions, du regard des autres, qui ne respecte aucune règle de bien-vivre mais qui peut s’émouvoir sur la condition des plus modestes, sur la justice pour les autres, être soupçonneuse sur l’honnêteté de certains. On comprend qu’elle agit en prenant son temps, elle n’hésite d’ailleurs pas à modifier le cours des choses, à son avantage ou à ce qu’elle croit juste.

On la pense incapable de sentiments et pourtant la mort de Lorch, son maître de musique et l’arrivée de son héritage ainsi que la rencontre avec Léo, vont la révéler sous un autre jour.

On découvre la vie dans cette région au climat rude, où chaque arrivée de bateau est attendue comme source de revenus, de commerce mais aussi de rencontres de l’étranger, du monde lointain. L’auteure décrit avec soin les plats, les traditions comme Noël par exemple.

J’ai trouvé que la narration ressemblait parfois à un chant poétique, rythmé par les frasques de cette femme indomptable mais qui va ployer devant plus fort qu’elle. Elle va être pousser dans ses retranchements, comprendre que pour une fois c’est elle qui va devoir attendre, quémander.

J’attends la lecture du tome 3 (très prochainement) pour découvrir comment l’auteure, après avoir mis en place tous les personnages, les intrigues, va avoir choisi d’orienter son récit. On commence à comprendre la construction, l’orientation de celui-ci, les caractères des différents protagonistes, en particulier la dureté de cette femme,  son égoïsme et son manque d’intérêt pour les autres qui ne sont bons qu’à assouvir ses besoins et en particulier pour son fils (il est pratiquement absent du récit).

Mais qui est vraiment Dina, que veut-elle réellement : pouvoir, liberté, amour ? Est-elle folle ?

Herbjorg Wassmo tient son lecteur en suspension, à travers un roman qui oscille entre découverte d’un pays polaire, froid, rude et des énigmes sur le devenir des différents personnages, le mystère est habilement entretenu et on a qu’une hâte c’est d’en découvrir le dénouement.

Mon avis : 📕📕📕📕

Traduction de Luce Hinsch

Editions 1018 – Mars 2004 (Gaïa 1994) – 191 Pages 

Ciao

2 réflexions sur “Le livre de Dina – Les vivants aussi (tome 2) de Herbjorg Wassmo

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