Dans les angles morts de Elizabeth Brundage

DANS LES ANGLES MORTS

En rentrant chez lui un vendredi après-midi de tempête de neige, après une journée à l’université privée de Chosen où il enseigne l’histoire de l’art, George Clare trouve sa femme assassinée, et leur fille de trois ans seule dans sa chambre ? depuis combien de temps ? Huit mois plus tôt, il avait fait emménager sa famille dans cette petite ville étriquée et appauvrie (mais récemment repérée par de riches New-yorkais à la recherche d’un havre bucolique) où ils avaient pu acheter pour une bouchée de pain la ferme des Hale, une ancienne exploitation laitière. George est le premier suspect, la question de sa culpabilité résonnant dans une histoire pleine de secrets personnels et professionnels.

Ma lecture 

Si vous aimez les ambiances hitchockiennes, ce roman est pour vous. Certes on peut le cataloguer comme thriller mais je dirai plutôt roman d’ambiance.

Partant de la découverte par George, le mari, du corps de Catherine, sa femme, assassinée dans des conditions particulièrement violentes, l’auteure prend le parti de laisser les faits en suspens et de remonter le temps afin d’évoquer le passé de chacun mais aussi de cette maison particulièrement mystérieuse, qui a connu bien des guerres, bien des drames. Dès les premières pages elle prend le premier rôle, elle devient presque un personnage à part entière tellement elle est vivante, présente dans le destin de chacun :

La ferme n’a jamais cessé de chanter pour nous, ses familles perdues, ses soldats, ses épouses. Pendant la guerre, quand ils vinrent avec leurs baïonnettes, forçant la porte, montant l’escalier dans leurs bottes sales. (…) Puis il en vint d’autres – ils furent nombreux – qui prirent, arrachèrent et pillèrent (…) Ne laissant que les murs, les sols nus. Le cœur battant dans la cave. (p12)

Il règne dans tout le récit une atmosphère étrange, lourde, mystérieuse.  Elizabeth Brundage ne distille que petit à petit les informations nous permettant de comprendre comment un tel drame à pu arriver.

La maison est omniprésente, elle porte  une sombre réputation : est-elle hantée, porte-t-elle malheur ?  J’ai trouvé que c’était un récit où les apparences sont particulièrement présentes et trompeuses : les êtres ne sont pas forcément ce qu’ils semblent être, tout est faux comme l’est George, cet homme hypocrite, odieux et égoïste, comme l’est Catherine, qui est enfermée dans un rôle qu’elle n’a pas vraiment choisi, même les lieux renferment leur part de mystère. Quand les voiles se lèvent il ne restera finalement que la maison qui apportera les réponses.

J’ai particulièrement aimé dans la construction de l’histoire, c’est la  manière qu’utilise l’auteure  en ne donnant pas d’un bloc les réponses, c’est beaucoup plus subtil, par petites touches, passant de l’un à l’autre des personnages : les Clare, les Hale mais aussi les voisins Bram, Justine, Willis, les collègues etc….. peu à peu la toile se tisse, doucement mais implacablement.

L’auteure mène habilement le suspens, d’ailleurs la résolution de l’assassinat n’est pas le but principal du livre, ce n’est que le prétexte à une réflexion sur les choix, les lieux de vie, l’influence du passé sur le présent, les relations au sein d’une petite ville.  Ce n’est pas un thriller policier mais plutôt psychologique car ce qui nous captive c’est sa manière de décortiquer chaque personnage, de le révéler, en étant parfois surprise par ce qu’il est réellement.

C’est un roman dense mais que l’on lit sans temps mort tellement l’auteure apporte du soin à la description des lieux, à l’intériorité des protagonistes et nous installe dans cet atomosphère pesante.

On a parfois la sensation que les lieux sont maudits….. Habiteriez-vous un lieu si vous saviez qu’un ou plusieurs drames s’y sont déroulés ? Est-ce qu’un lieu peut influencer une destinée ? Peut-il porter malheur ou protéger ?

J’ai découvert qu’Elizabeth Brundage avait suivi des études cinématographiques et on le ressent dans manière de construire son récit. On peut totalement imaginé une adaptation cinématographique tant le découpage, les passages de narration de l’un à l’autre des personnages, la description des lieux et l’atmosphère sont visuels.

Je ne suis pas lectrice de polars ni de thrillers mais il s’agit d’un entre-deux particulièrement réussi. J’ai aimé l’association intrigue, ambiance parfois fantomatique, psychologie des personnages et une fin peu conventionnelle……

Pas de scènes sanglantes pures tout est dans le style utilisé pour la narration et je dois avouer que cela fonctionne, plus j’avançais dans le récit et moins je le lâchais, je voulais avancer, savoir comment tout cela allait se terminer……

L’auteure fait preuve d’une maîtrise totale de son récit, de ses personnages, des situations, donnant à l’ensemble une atmosphère bien particulière, originale et addictive dans le sens où on ne le lâche pas, même si on est parfois mal à l’aise, même si on frissonne, même si certains personnages nous révoltent, c’est de la littérature de sensations……. et j’ai aimé.

Traduction Cécile Arnaud

Merci aux Editions de la Table Ronde (Quai Voltaire) pour cette lecture

📕📕📕📕 COUP DE 💗

Editions Quai Voltaire (La Table Ronde) – Janvier 2018 – 512 pages (1ère édition 2016)

Ciao

 

8 réflexions sur “Dans les angles morts de Elizabeth Brundage

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