Les heures solaires de Carolines Caugant

les heures solairesAlors qu’elle prépare sa prochaine exposition, Billie, artiste trentenaire, parisienne, apprend la mort brutale de Louise. Sa mère, dont elle s’est tenue éloignée
si longtemps, s’est mystérieusement noyée.
Pour Billie, l’heure est venue de retourner à V., le village de son enfance.
Elle retrouve intacts l’arrière-pays méditerranéen, les collines asséchées qu’elle arpentait gamine, la rivière galopante aux échos enchanteurs et féroces, et surtout le souvenir obsédant de celle qu’elle a laissée derrière elle : Lila, l’amie éternelle, la sœur de cœur — la grande absente.
Les Heures solaires brosse le portrait de trois générations de femmes unies par les secrets d’une rivière. Y palpitent l’enfance, l’attachement à sa terre d’origine, l’impossibilité de l’oubli.
Et c’est en creusant la puissance des mémoires familiales que Caroline Caugant pose aussi cette question : les monstres engendrent-ils toujours des monstres ?

Pourquoi j’ai choisi ce livre

Comme pour Les Petits garçons de Théodore Bourdeau, pour découvrir la nouvelle ligne éditoriale de Stock, la collection Arpège.

Ma lecture

Les monstres engendrent-ils des monstres ? avait demandé Louise à Henri en dévoilant la cicatrice cachée sous ses cheveux. (p164)

Explorer les méandres des liens familiaux et, dans le cas présent, féminins, ce qui nous lie, la monstruosité se transmet-elle de génération en génération où ne sommes-nous que le fruit qui en résulte.

Comme l’eau de la rivière, les secrets enfouis se faufilent, même dans les creux les plus infimes. Ils vous habitent et habitent vos enfants. Ils dégorgent, reviennent sous une autre forme. (p165)

Billie Savy, à l’annonce du décès de sa mère, retrouvée, noyée dans la rivière qui longe le centre où elle résidait depuis plusieurs années, se retrouve confrontée à des questions sans réponse. Pourquoi sa mère a-t-elle décidé d’en finir, elle qui depuis plusieurs années n’avait plus de repères, plus de mémoire ? Pourquoi cet événement réveille-t-il en Billie des souvenirs qu’elle pensait à jamais enfouis ?

Elle avance dans le couloir et son mantra, celui qu’elle s’est récité toutes ces années – ce dont on ne parle pas n’a jamais existé -, lui apparaît d’un coup comme une erreur grotesque. Tout était là. Tout est là. Il n’y a pas d’oubli véritable. (p175)

Revenir sur les lieux de son enfance, régler les affaires courantes, vider la maison et retrouver les odeurs, les bruits, les sensations qui vont faire ressurgir Lila, son amie d’enfance, mais aussi Adèle, sa grand-mère et surtout Louise, sa mère, cette énigme.

A travers ce roman, Caroline Caugand aborde les thèmes de l’amitié mais surtout de la famille, porte-t-on les gênes du mal, de mère en fille, a-t-on tous et toutes des zones d’ombre, des actes que seule la mort pourra nous délivrer.

Des familles entières enterrées avec leurs secrets. Leur honte et leurs regrets bien à l’abri, emportés dans la tombe. Mais ces secrets sont plus bavards que ce que les vivants et les morts ont laissé de tangible. De génération en génération, ils se perpétuent dans les regards, les gestions inconscients, les silences. Et chacun à son tour en subit les répercussions. Comme l’impact du caillou à la surface de l’eau déclenche une série d’ondes. Combien sont-ils, ces héritiers, à se débattre avec ce qui a été enfoui, à essayer de mettre un nom sur ce qui les hante ? (p157)

Il y a des fardeaux lourds à porter, que la mémoire occulte ou veut occulter parfois, pour trouver une forme de bonheur. Mais les traces, les empreintes restent et vont permettre à l’héroïne de comprendre qui étaient réellement sa grand-mère mais aussi Louise, cette mère si peu chaleureuse, si différente de Suzanne, la mère de Lila.

Car finalement Billie a elle-même ses propres zones d’ombre. Dès le début du roman, Lila apparaît en filigrane, elle rôde, plane dans ses pensées. Et si tout était lié…. Sa vie actuelle n’est-elle pas une reproduction, une conséquence de son passé, de cet atavisme familial ? Sont-elles des monstres ou n’ont-elles agi que pour s’adapter, pour survivre, pour protéger ou se défendre

C’est un court roman ne distillant les événements qu’au compte-goutte, divisé en cinq parties pour retracer les parcours de ces trois femmes avec dans la dernière, La Valse à trois temps, une danse ou les trois générations vont enfin se délivrer de leur secret.

Le promeneur vogue d’un tableau à l’autre, il ne se méfie pas. Son œil découvre les espaces verdoyants, il s’attache à leur enchantement. Il ne distingue pas encore les insectes rampants qui se glissent dans la scène, les cadavres de guêpes et les corps inertes flottant sur l’eau. La mort qui rôde. (p201)

Tout au long du récit, Caroline Caugand tisse la toile mêlant souvenirs et présent, glissant les indices çà et là et même si l’on se doute que Billie trouvera, grâce à ce pèlerinage à V., les réponses qu’elle attend, qui donneront un nouveau sens à sa vie, on est bercé par l’écriture douce et poétique, où la nature tient une place prépondérante et où les émotions sont à fleur de peau.

Minuscules guerrières arpentant les collines, l’une en quête de souffle, l’autre d’amour. (p176)

C’est un récit qui se déguste au fil des mots, où l’on passe du sucré à l’amer,  qui nous fait nous interroger sur nos propres questionnements, d’où vient-on, pourquoi a-t-on parfois tel comportement, sur les souvenirs d’enfance, les ambiances de la vie de province.

📕📕📕📕

Merci à NetGalley et aux Editions Stock Arpège pour cette lecture

Editions Stock Arpège – Janvier 2019 – 204 pages

Ciao

Publicités

4 réflexions sur “Les heures solaires de Carolines Caugant

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s