Ici, les femmes ne rêvent pas – Récit d’une évasion de Rana Ahmad

ici les femmes ne revent pasL’auteure raconte son parcours et sa rébellion contre l’éducation musulmane sunnite qui lui a été imposée en Arabie Saoudite. Contrainte de porter le hijab à 9 ans et le niqab à 13 ans, elle découvre le monde par la biais d’Internet puis des livres et de la science. Menacée en raison de son engagement pour les droits de l’homme et de la femme, elle se résout à quitter son pays et sa famille.

Pourquoi j’ai choisi ce livre

Lu dans le cadre du comité de lecture du réseau des bibliothèques de ma commune.

Ma lecture

Lire ce genre de récit permet de prendre conscience que, même s’il y a encore du travail à faire concernant la place des femmes dans notre pays, il est des pays où celle-ci n’est même pas existante.

Les femmes saoudiennes n’iront pas en enfer, il y a longtemps qu’elles y vivent. (p281)

Voilà une phrase, tirée d’un commentaire d’un journaliste saoudien repris par l’autrice qui résume totalement ce témoignage.

Naître fille est une malédiction qui va imprégner toute leur vie. A l’âge où une fillette ne songe qu’à jouer, à découvrir le monde qui l’entoure, et pour Rana il s’agit de le faire à bicyclette, elle va se voir confisquer cet objet de liberté et va entrer à 10 ans dans les méandres des règles et obligations qu’elle devra observer toute sa vie afin d’être une « bonne » femme saoudienne musulmane…..

Elle va devenir un objet qui sera transporté, car elle ne peut sortir qu’accompagnée d’un homme, se verra maltraitée, battue et mise au silence dès qu’elle transgressera les règles. Et des règles il y en a : que ce soit des règles de vie mais aussi des règles religieuses.

Au fur et à mesure des pages, on réalise à quel point sa vie (si on peut appeler cela une vie) est entravée, brimée, annihilée….

Rana d’origine syrienne, est une jeune fille comme il en existe des millions, qui rêve de liberté, d’apprendre, d’aimer et tous ces droits auxquels chacun humain a, normalement, la légitimité, elle,  elle se les voit refuser parce que femme et musulmane. L’homme, le père, le mari, le frère ont tous les droits mais aussi, aussi surprenant que cela puisse paraître, certaines femmes qui ont tellement intégré ces règles qu’elles les appliquent implacablement, sans souci de filiation, d’amour maternel.

Sa prise de conscience des entravements qu’elle subit dans sa vie de tous les jours, des abus, des gestes, de la peur et de la violence des hommes qui l’entourent sera l’étincelle qui fera jaillir ses doutes sur la religion, sur sa vie et sa soif de liberté.

Grâce aux réseaux sociaux elle va découvrir qu’il y a un autre monde que celui qu’on lui impose, ce monde où les femmes n’ont aucune existence, aucune présence, elles ne sont que des ombres noires qui planent dans les rues surchauffées et qui doivent toujours être accompagnées d’un homme. Comment arriver à imaginer que le moindre de nos gestes, la moindre activité ou désir que nous ayons soit pour elles un parcours du combattant.

Pas de liberté, pas d’autre choix possible, elles doivent accepter, subir et se taire.

Quelle force et quel courage il faut pour endurer cela mais aussi pour  tout quitter : sa famille mais surtout, dans le cas présent, ce père tant aimé, cette mère dure, sèche et intransigeante, un frère violent et extrémiste, qui peut aller jusqu’à vouloir la tuer de ses propres mains, quitter un pays pour l’inconnu avec tous les risques que cela comporte.

Partir sans se retourner, partir  avec 200 dollars, un sac, un ordinateur, quelques adresses trouvées sur les réseaux sociaux. J’ai été étonnée mais aussi réconfortée de découvrir la solidarité et l’humanité qui existent et qu’elle a trouvées pour sortir du calvaire qu’elle vivait et pouvoir s’enfuir. Faire confiance, ne pas trop réfléchir parfois aux conséquences, aux risques.

Et puis il y a l’espoir, l’attente, le choix du pays où l’on va tenter de se reconstruire, de trouver enfin une liberté de vivre, de penser, d’aimer, de croire ou de ne pas croire.

Je ne pensais pas prendre autant de plaisir à la lecture de ce témoignage, je dois l’avouer mais il faut sortir de sa « zone de confort » parfois et je ne le regrette pas dans le cas présent.

Rana Ahmad livre ce témoignage avec franchise, partageant avec le lecteur ses joies, ses rêves, ses désillusions et ses espoirs, dans une écriture fluide, sans pathos, un simple constat et j’ai particulièrement apprécié son chemin de réflexion sur la religion…..

Egoïstement, on ne peut s’empêcher de penser à sa propre vie, à la chance que nous avons d’être malgré tout libres, libres de notre vie, de nos choix, de notre religion, de nos loisirs, d’aimer, simplement de pouvoir dire oui ou non.

Ce type de témoignage permet de redonner de la valeur à des actes de la vie de tous les jours,  que nous avons tellement intégrés et dont nous n’avons plus parfois conscience. Vivre libre de sortir, de parler, de prier ou pas, d’aimer ou pas, d’apprendre, de choisir…… cela n’a pas de prix et c’est ce que Rana a choisi.

📕📕📕📕

Traduit de l’allemand par Olivier Mannoni

Editions Globe – Octobre 2018 – 295 pages

Ciao

 

 

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5 réflexions sur “Ici, les femmes ne rêvent pas – Récit d’une évasion de Rana Ahmad

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