Eldorado de Laurent Gaudé

ELDORADOÀ Catane, le commandant Salvatore Piracci travaille à la surveillance des frontières maritimes. Il sillonne la mer, de la Sicile à la petite île de Lampedusa, pour intercepter les bateaux chargés d’émigrés clandestins. Un jour, c’est justement une survivante de l’un de ces bateaux de la mort qui aborde le commandant, et cette rencontre va bouleverser sa vie.

Ce roman de l’exil et de l’espoir illustre le destin de ceux qui iront, quoi qu’il arrive, au bout de leurs forces, tant il est vrai que « les hommes ne sont beaux que des décisions qu’ils prennent ».

Pourquoi j’ai choisi ce livre

Le thème de la prochaine rencontre du club de lecture que j’ai créé dans ma commune est : D’un monde à l’autre. Petite inspection de mes étagères. Deux livres sélectionnés et celui-ci est le premier choisi….. Laurent Gaudé je suis en principe sûre de trouver l’écriture, la poésie mais aussi le fond.

Ma lecture

Depuis cette rencontre tout lui pesait davantage Le dégoût ne lui laissait guère de répit. Il rechignait à remettre ses pieds dans les traces de sa vie d’autrefois. Elle lui avait offert cela, peut-être, la gifle des pauvres, l’impérieux besoin de désirer. (p63)

Il y a des rencontres qui changent le destin. Salvatore Piracci, va le comprendre le jour où son chemin va croiser celui d’une femme sur un bateau intercepté. Elle va lui faire une étrange demande qu’il ne refusera pas. Mais en accédant à sa quête, lui-même va se lancer dans un périple  à la recherche de lui-même.

Il avait compris que le commandant entreprenait un de ces voyages qui ne se décrivent pas en termes de destination ni de durée. Il quittait tout. Sans savoir lui-même s’il reviendrait un jour ou pas. Alors Angelo recommanda son ami au ciel en se disant que les hommes n’étaient décidément beaux que des décisions qu’ils prennent. (p131)

Quand on se lance dans un roman de Laurent Gaudé on s’attend à une plongée dans notre monde, ses travers mais aussi dans son humanité voir son inhumanité, avec une écriture précise, poétique, directe. Il nous fait regarder le monde en face, il oblige ses personnages, dans le cas présent Salvatore et Soleiman à se confronter à une réalité. Salvatore ne pensait pas remettre en question sa vie bien huilée de commandant d’un navire de surveillance maritime, Soleiman rêvait de l’Eldorado que représentent l’Europe et ses mirages et ne pensait pas le chemin si apre.

L’herbe sera grasse, dit-il, et les arbres chargés de fruits. De l’or coulera au fond des ruisseaux, et des carrières de diamants à ciel ouvert réverbéreront les rayons du soleil. Les forêts frémiront de gibier les lacs seront poissonneux. Tout sera doux là-bas. Et la vie passera comme une caresse. L’Eldorado, commandant. Ils l’avaient au fond des yeux. Ils l’ont voulu jusqu’à ce que leur embarcation se retourne. En cela, ils ont été plus riches que vous et moi. Nous avons le fond de l’œil sec, nous autres. Et nos vies sont lentes. (p111)

Chacun d’un côté des frontières va être confronté à des choix, des renversements de situations, devenir celui qu’il n’aurait jamais imaginé devenir, en sortir grandi ou affaibli. Ce sont de ces voyages qui transforment des êtres et Laurent Gaudé, avec lucidité nous entraîne dans ces convois de clandestins, ce qu’ils doivent abandonner, ce qu’ils doivent subir, une course effrenée vers un ailleurs, loin de la violence, loin de la misère, vers une terre d’espoirs.

L’auteur nous entraîne dans une réflexion sur les deux visions : celle de celui qui est chargé d’arrêter ces convois en mer

Un combat entre lui et la mer. Rien d’autre. Reprendre les hommes à la mort. Les extirper de la gueule de l’océan. Le reste, tout le reste, les procédures d’arrestation, les centres de détention, les tampons sur les papiers, tout cela, à cet instant était dérisoire et laid. (p72)

et qui ne veut plus fermer les yeux, qui ne veut plus accepter le rôle qu’on lui assigne et celle de celui qui s’est lancé sur les routes inconnues, sans autre choix que d’avancer pour trouver un ailleurs meilleur.

On ne ressort pas indemne de cette lecture,  comme les deux héros qui eux vont parfois se perdre, ne plus se reconnaître dans l’homme qu’ils sont devenus.

Je suis une bête qui fait mordre la poussière à ceux qu’elle croise. Je suis une bête charognarde qui sais sentir l’odeur de l’argent comme celle d’une carcasse faisandée. (p146)

C’est à la fois beau et tragique, fort et dérangeant, Laurent Gaudé utilise les mots pour nous faire regarder notre monde en face, en utilisant un récit à la manière d’une fable qui est d’une triste réalité encore aujourd’hui (le livre date de 12 ans…..).

C’est un court roman qui se lit d’une traite, d’un souffle, comme un appel. On est confronté aux bassesses des hommes mais aussi à leur humanité, à leur solidarité et à leur rédemption pour certains. Il y a les vivants mais les morts planent aussi, les ombres de tous ceux qui n’arriveront pas au bout du voyage, de tous ceux qui espéraient, rêvaient, croyaient, imaginaient que le voyage ne serait pas un calvaire, semé d’embûches et d’hommes avides de gains sur la misère humaine.

Dans les romans de Laurent Gaudé rien n’est tout noir, rien n’est tout blanc, il reste toujours une note d’espoir, une étincelle qui permet de garder foi en l’humain, peut-être….

D’un monde à l’autre, dans un sens ou dans l’autre, voyage aux confins des rêves et de l’espoir.

📕📕📕📕

Editions J’ai lu – Février 2009 (1ère édition Actes Sud 2007)

Ciao

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3 réflexions sur “Eldorado de Laurent Gaudé

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