Et j’abattrai l’arrogance des tyrans de Marie-Fleur Albecker

ET J'ABATTRAI L'ARROGANCE DES TYRANSEn 1381, la grande peste et la Guerre de Cent ans ont ruiné le royaume d’Angleterre. Quand le roi décide d’augmenter les impôts, les paysans se rebellent. Parmi les héros de cette première révolte occidentale : John Wyclif, précurseur du protestantisme, Wat Tyler, grand chef de guerre, John Ball, prêtre vagabond qui prône l’égalité des hommes en s’inspirant de la Bible. Mais on trouve aussi des femmes, dont Joanna, une Jeanne d’Arc athée, qui n’a pas sa langue dans la poche et rejoint cette aventure en se disant que, puisque l’on parle d’égalité, il serait bon de parler d’égalité homme-femme…

Pourquoi j’ai choisi ce livre

Je ne l’ai pas choisi car je fais partie du Comité de Lecture du Réseau des Bibliothèques de ma commune. Ce n’est pas un livre que j’aurai choisi personnellement de lire même si j’en avais entendu parler lors de diverses rencontres de la Rentrée Littéraire de Septembre 2018. C’est l’intérêt des comités de lecture, ils nous font sortir de notre « zone de confort ».

Ma lecture

Quel étrange premier roman ! Mêler langage et réflexions du XXIème siècle à une révolte du XIVème siècle….. Original et pourquoi pas après tout. Qu’importe les siècles, les révoltes sont souvent similaires…..

Elle qui souffre le double fardeau de l’idéal pour lequel elle s’est battue et d’une révolte de femme qui paraît absurde à tous ceux qui l’ont entendue. Seule, entièrement. (p194)

Trop d’impôts, trop de taxes, trop d’injustices…. Cela ne vous rappelle rien, être femme, subir les injustices dues à votre sexe, tiens tiens, cela me rappelle aussi quelques luttes.

Et pourtant ce premier roman de Marie-Fleur Albecker, sorti bien avant certains mouvements actuels, trouve un écho dans l’actualité. Ce roman est le cri d’une femme Johanna Ferrour, violée par son premier mari puis remarié à William, paysan, ils vont se mêler tous les deux à la révolte qui eut lieu en 1381 en Angleterre, contre des taxes et impôts injustes, révolte menée en autres par John Ball, qui finira par un semblant de compromis et l’exécution des principaux meneurs.

L’autrice aurait pu utiliser un langage de l’époque, en vieux français (difficile à comprendre) mais a choisi, et surtout dans les deux premières parties, d’utiliser une narration avec les mots et expressions de notre siècle…. Une immersion totale dans les défilés, dans les manifestations, donnant le sentiment parfois de ne plus savoir de quelle époque il s’agit

Ah mais oui, bien sûr, parce que quand tu as appris à fermer ta gueule toute ta vie et que tu risques une accusation de sorcellerie rien que parce que tu dis tout haut ce que tu penses tout bas, c’est juste que tu es une caractérielle qui fait la gueule. Pour une fois, au lieu de hurler « OUAIS CONNARD ET LA PROCHAINE QUE TU  DEMANDES JE TE BOUFFE LE NEZ DIRECT IL VA PAS RESTER GRAND-CHOSE DE TOI ET DE TA PETITE QUEUE !  (p119)

Alors c’est vrai que cela dépayse, une page d’histoire avec un langage pas toujours châtié mais vrai, peut-être finalement, à quelques détails près, celui utilisé à cette époque, en tout cas langage adapté et qui reflète l’ambiance et la colère qui peuvent régner quand le peuple n’en peut plus !

Que de combats doit mener Johanna ! Etre femme au XIVème siècle n’est pas une sinécure… Alors vouloir se mêler aux hommes, vouloir tenir sa place, revendiquer des droits alors que vous n’avez que celui de vous taire, de travailler et d’assurer le bon vouloir de l’homme…. Elle se retrouve finalement en première ligne, n’hésite pas à élever la voix, à affirmer ses choix, le temps d’un combat, d’une lutte, avoir le sentiment d’exister.

Le récit se compose de quatre parties : la mise en route et la marche de ces paysans, un état des lieux de l’époque et des différents personnages. Ensuite les victoires du fait du nombre, de l’entente, des rencontres. L’union fait la force mais Johanna va vite apercevoir les limites et les débordements qui vont la faire basculer, elle aussi, dans la violence. Elle fait preuve de lucidité sur l’issue du combat et des gens qui l’entourent. Elle sait lire dans les regards des puissants mais aussi de ses concitoyens,  intuition féminine.

J’ai trouvé amusant de donner, dans la troisième partie la parole aux différents protagonistes, se révélant finalement tels qu’ils sont, bas les masques :

Incroyable quand même, que ça ait persisté, enfin je veux dire, les seigneurs sont au fond des gens compétents dans l’ensemble, c’est pour ça qu’ils sont en poste, non ? Enfin bref, il faut ajuster des trucs, c’est sur, mais tout ça me semble un peu extrême, un peu too much. (…) Parce que faut pas se faire d’illusion, ça va saigner. Faut que je trouve un moyen discret de me barrer dès que possible (p133)

On y retrouve également les grands maux de notre société actuelle (rien ne change) : injustice sociale mais aussi rivalité commerciale entre petits commerçants et flamands puissants, entre autres.

En prenant une révolte vieille de 700 ans, Marie-Fleur Albecker, professeur d’histoire géographie, utilise une autre façon de raconter l’Histoire qui fait miroir avec le présent. Sûrement que ce style peut plaire et je le trouve judicieux surtout pour un public plus aguerri à ce franc-parler mais pour moi cela a été un peu plus ardu, lassant.

J’ai failli abandonner à la moitié du récit, puis j’ai pensé que la démarche était malgré tout intéressante, innovante et totalement en adéquation avec l’histoire, avec le contexte.

Evidemment le combat féminin tient une grande place, demander justice sociale ne peut faire oublier l’égalité des sexes et Johanna envoie du lourd.

En ouvrant ce livre vous entrez dans une sorte « d’expérience » d’écriture, réussie mais qui n’emporte pas, pour moi, ma totale adhésion. Ce n’est pas une littérature que j’apprécie même, et c’est cela qui est ambigu, si je suis contente de l’avoir découvert et de l’avoir lu jusqu’au bout.

📕📕📕

Editions Aux Forges de Vulcain – Août 2018 – 195 pages

Ciao

 

 

 

7 réflexions sur “Et j’abattrai l’arrogance des tyrans de Marie-Fleur Albecker

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