Manderley for ever de Tatiana de Rosnay

manderley for everJe l’ai décrite comme si je la filmais, caméra à l’épaule, afin que mes lecteurs comprennent d’emblée qui elle était. J’ai décrypté ses livres, sa voix, son regard, sa façon de marcher, son rire.
J’ai écouté ses enfants, ses petits-enfants.
Autour des maisons qu’elle aimait avec passion, j’ai dressé le portrait d’une écrivaine atypique et envoûtante, méprisée des critiques parce qu’elle vendait des millions de livres. Son univers macabre et fascinant a engendré une œuvre complexe, étonnamment noire, à l’opposé de l’étiquette « eau de rose » qui lui fut si injustement attribuée.
Ce livre se lit comme un roman, mais je n’ai rien inventé. Tout y est vrai. C’est le roman d’une vie.

Pourquoi j’ai choisi ce livre

Je me suis fixée pour 2019 d’essayer de lire une biographie par mois et en particulier les biographies d’écrivain(e)s que j’apprécie. J’ai lu celle-ci par petites touches parallèlement à mes autres lectures.

Ma lecture

Dans tous les lecteurs (trices) de littérature anglaise, qui ne s’est pas demandé que cachait la célèbre première phrase de Rebecca  :

J’ai rêvé la nuit dernière que je retournais à Manderley

Pour Daphné du Maurier c’est à Menabilly qu’elle savait qu’un jour elle reviendrait et qu’elle deviendrait sa maison,  son lieu à elle (comme le dit si bien Virginia Woolf). Qui sait si elle ne hante pas encore les lieux …..

Tatiana de Rosnay et Daphné du Maurier ont plusieurs points communs. Une double origine : franco-anglaise et l’attirance, la fascination des maisons. Dans leurs romans celles-ci tiennent une grande place. Je suis moi-même très sensible aux lieux de vie car je pense qu’ils ont une influence sur nous.

Pour un billet sur une biographie, il faut faire la part des choses : le personnage dont on raconte la vie et la manière dont on nous retrace celle-ci. Parlons d’abord de Daphné du Maurier.

Quelle personnalité, quel caractère, quelle force, elle pouvait être égoïste, froide, insensible mais aussi sentimentale, amoureuse, enflammée….

Né d’un père comédien célèbre, elle a, dès son enfance, baigné dans un milieu artistique. Tout au long de sa vie, elle a connu les honneurs, a fréquenté (et reçu) la reine et son époux, des artistes, des célébrités, fut reconnue comme femme de lettres dès la publication de Rebecca mais ne recherchera finalement qu’une vie simple, loin de toutes ces mondanités pour se donner à l’écriture. Elle, qui aurait tant aimé être un homme, s’étant même créé un double masculin, Eric Avon, elle, qu’un lien profond liait à son mari, Sir Frederick Browning mais qui aimait également les femmes, elle qui trouvait peu d’intérêt aux tâches domestiques et à s’occuper de ses enfants (sauf son fils), elle dut assumer ce succès arrivé très vite, très tôt, à 31 ans avec Rebecca.

Son plus grand amour, elle l’a éprouvé pour Menabilly, sa maison en Cornouailles, au bord de la mer, sans confort mais dès le premier regard elle a su qu’ici était son bonheur.

Elle se moquait de ce que l’on pouvait penser de ses fréquentations, de sa façon de vivre,  de ses amours, de son manque d’intérêt pour s’occuper de ses enfants. Elle assumait ses choix, se moquant du regard des autres. Etait-elle le aussi forte que cela finalement ? On s’aperçoit que sous la carapace il y avait une volonté furieuse de reconnaissance en tant  que femme-écrivaine.

Il est passionnant de découvrir à quel point tout ce qui environne un écrivain est important et dans le cas de Daphné du Maurier, d’une promenade, d’une rencontre, d’une observation, d’une situation naissait un roman, une nouvelle. Tout était conservé jusqu’au moment opportun où la machine se mettrait en marche, s’isolant afin de coucher sur le papier les mots qui retranscriraient ce qui peuplait son imaginaire et qui devinrent des best-sellers comme Rebecca, Les oiseaux, Ma cousine Rachel, L’auberge de la Jamaïque, autant de romans, autant de succès, mêlant les sentiments à des personnages troubles, secrets, laissant souvent planer le trouble et le mystère.

On ressent l’admiration, l’intérêt de Tatiana de Rosnay pour son personnage, elle arpente les lieux où vivait Daphné du Maurier, mis ses pas dans les siens,  s’imprégnant du climat, des décors. J’ai trouvé très agréable de visualiser, grâce à quelques photographies, les différents lieux, personnages évoqués. Cette biographie se lit comme un roman, un roman d’une vie, d’une vie riche en rebondissements et en rencontres.

Je recommande cette lecture aux amoureux de littérature anglaise, aux amoureux des lieux, aux curieux qui veulent découvrir comment des romans se bâtissent, qui veulent mieux comprendre qui était un(e) auteur(e).

J’ai lu de Daphné du Maurier Le Monde infernal de Branwell Brönté il n’y a pas très longtemps ainsi que Rebecca, il y plusieurs années mais qui fut une de mes premières découvertes et plaisir de la littérature anglaise. Je pense que je lirai d’autres romans de cette femme dont maintenant je connais un peu plus la vie et qui mit tellement d’elle dans ses récits.

📕📕📕📕

Editions Le Livre de Poche – Janvier 2017 – 522 pages

Ciao

5 réflexions sur “Manderley for ever de Tatiana de Rosnay

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