Chez les heureux du monde de Edith Wharton

 

CHEZ LES HEUREUX DU MONDEOrpheline ruinée, Lily Bart cherche à faire un riche mariage, bien qu’elle aime un avocat, Lawrence Selden. Trop honnête pour se vendre, mais d’allure trop libre pour garder sa réputation intacte, elle se voit fermer les portes de la haute société. Avec un art digne de son maître Henry James, Edith Wharton peint la haute société new-yorkaise, son éclat et sa richesse, mais aussi sa profonde corruption.

 

 

Pourquoi j’ai choisi ce livre

Comme je suis assez « fan » de littérature anglaise et américaine, le nom d’Edith Wharton revenait souvent dans certaines de mes lectures. La couverture m’a tapé dans l’œil et comme j’ai mis à l’ordre du jour de mes envies livresques de découvrir des « classiques » me voilà partie pour une immersion dans la bourgeoisie américaine…..

Ma lecture

Pauvre petite fille riche…… Riche enfin pas tant que cela. Lily Bart doit se trouver un mari, riche si possible, car elle mène grand train : robes, sorties, train de vie tout coûte chère madame…..  Sa tante Mrs  Peniston l’a recueillie à la mort de ses parents, subvient à ses besoins mais elle doit penser à l’avenir et à 29 ans elle est en passe de devenir une « immariable ».

Il faut dire que Mademoiselle est très exigeante : quand Lawrence Seldon, avocat, trouve grâce à ses yeux et lui laisse entrevoir ses sentiments elle pense qu’il est en dessous de sa condition et de ce qu’elle peut espérer. Quand aux hommes fortunés ils sont souvent sans charme pour la belle jeune femme. A vouloir trouver la perle rare, elle passera d’illusions en désillusions, se retrouvera au centre de commérages et d’intrigues pour finalement se retrouver au ban d’une société dont elle était une des plus remarquables représentantes.

Ce roman se déroule à la fin de l’âge d’or américain, fin XIXème siècle et évoque la Haute Société nord américaine dans ce qu’elle représente : futilité, rivalité, paraître et violence sournoise. Edith Wharton décrit ce qu’elle a bien connu, d’une manière lucide et  satirique.

Lilly apparaît dès le début du roman comme une femme égoïste, insouciante, hautaine, dépensière et joueuse, elle pense que rien ni personne ne peut l’atteindre, sûre d’elle et de sa beauté, de ses atouts, elle pense que sa quête d’un mari ne sera que pure formalité.

Ah ! point n’était besoin chez Lily de propos délibéré pour lui dérober son rêve ! Il suffisait de regarder cette grâce inclinée pour y voir une force naturelle, pour reconnaître que l’amour et le pouvoir appartiennent à celles de cette race, comme le renoncement et l’altruisme demeurent le lot de celles que les premières dépouillent. (p254)

Dans la seconde partie, elle va apprendre à ses dépens les rouages de la haute société américaine qui n’aime pas que l’on se joue d’elle : elle va découvrir les rancunes, vengeances et mesquineries et aussi haut qu’elle soit, elle va connaître la chute que subissent ceux qui n’appliquent pas les règles.

Dans la solitude de sa chambre, Lily se trouvera ramenée à la directe observation des faits. Naturellement, leur aspect diurne différait de la nébuleuse vision de la nuit. Les Furies ailées se transformaient en rôdeuses mondaines, qui entraient chez l’une ou chez l’autre pour « potiner » à ‘heure du thé. (p261)

Cette Lily Bart est décrite d’un premier abord comme une femme peu sympathique, à l’image de cette société qu’elle fréquente, ne portant qu’un regard que sur le monde qui l’entoure, loin de toute préoccupation autre que sa petite personne, son devenir et les moyens de continuer à mener la belle vie qu’elle a connue jusqu’à maintenant.

Ça, c’est Lily, toute entière, vous savez : elle travaille comme un nègre à préparer le terrain et à faire les semailles ; puis, le jour où elle doit récolter la moisson, elle se lève trop tard ou elle court à un pique-nique. (p285)

A la manière de Jane Austen c’est une profonde analyse de la vie mondaine américaine, ses arcanes et ses codes. On retrouve le thème de l’urgence du mariage pour toute femme de l’aristocratie sans fortune, sur un ton à la fois satirique, ironique et sans complaisance mais aussi l’analyse psychologique fine et détaillée des différents acteurs du drame.

Car il s’agit bien d’un drame qu’Edith Wharton décrit avec force détails, les usages, les rites, le rythme des saisons avec leurs villégiatures, les soirées, le faste des résidences, des tenue. Elle se glisse, à la manière d’une journaliste d’un magazine people, dans ce qui constitue la vie d’un des membres de cette partie du monde.

Même si j’ai trouvé la première moitié un peu longue, j’ai même failli abandonner je l’avoue, trouvant que l’histoire tournait un peu en rond, pensant qu’il s’agissait d’un énième roman sur la recherche du mari, ayant parfois un peu de mal à m’y retrouver au milieu de tous ces hommes et femmes n’ayant comme seule préoccupation que les petits arrangements entre amis et leur paraître. Je commençais à penser que finalement tout cela était très convenu mais il n’était pas possible que les 500 pages ne contiennent que cela.

Bien m’en a pris  : Le récit prend une toute autre tournure dans la deuxième partie. Les masques tombent et le récit bascule…. Et ça j’aime !

A la différence de Jane Austen, Edith Wharton n’hésite pas à donner à sa gentille étude des mœurs de la gentry américaine une toute autre tournure, la satire va se transformer en drame. Et là je ne l’ai plus lâché. J’ai eu le sentiment que le rythme s’accélérait au fur et à mesure de la descente aux enfers de Lily, à la manière d’un feuilleton, tout ce que Lily avait gravi va la faire chuter. Autant j’avais peu de compassion pour cette femme arrogante du début du roman autant je me suis attachée à elle et à son devenir…..

C’est, certes, une lecture exigeante avec une écriture précise, raffinée, où tous les détails comptent. Il y a une belle maîtrise du sujet, de la construction du récit, de la mise en place de chaque personnage,  j’ai eu beaucoup d’attirance et de compassion pour cet avocat au cœur tendre, malmené par Lily, j’ai aimé la façon dont l’auteure donne à certains une « seconde chance ».

Les heureux du monde sont-ils heureux ? Trouve-t-on le bonheur parmi eux ? Peut-être le pensent-ils, en tout cas ils en donnent toutes les apparences mais il faut faire partie de leur monde, en avoir les moyens, utiliser les mêmes codes et accepter que sous le masque des apparences la réalité soit toute autre.

Je n’étais tout juste qu’une vis ou un écrou dans la grande machine que j’appelais l’existence, et, quand je suis tombée de là, j’ai découvert que je n’étais d’aucun usage, nulle part ailleurs. Que faire lorsqu’on s’aperçoit qu’on ne peut s’adapter qu’à un seul trou ? Il faut ou bien y retourner, ou bien être jeté au rebut…. et vous ne savez pas combien c’est dur !… (p466)

Pas un coup de cœur mais que j’aime retrouver une telle construction, un style et une belle écriture, qui décrit avec tant de grâce et parfois avec une pointe d’ironie, notre monde car à bien y réfléchir ces heureux du monde existent toujours, ici ou là-bas…….

📕📕📕📕

Traduction Charles Du Bos

Editions Archipoche – Mars 2017 – 499 pages

Ciao

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5 réflexions sur “Chez les heureux du monde de Edith Wharton

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