La gouvernante suédoise de Marie Sizun

LA GOUVERNANTE SUEDOISEQuel rôle joue exactement Livia, la gouvernante suédoise engagée par Léonard Sézeneau, négociant français établi à Stockholm en cette fin du XIXe siècle, pour seconder sa jeune femme, Hulda, dans l’éducation de leurs quatre enfants ? Quel secret lie l’étrange jeune fille à cette famille qu’elle suivra dans son repli en France, à Meudon, dans cette maison si peu confortable et si loin de la lumière et de l’aisance de Stockholm ? Il semble que cette Livia soit bien plus qu’une domestique, les enfants l’adorent, trouvant auprès d’elle une stabilité qui manque à leur mère, le maître de maison dissimule autant qu’il peut leur complicité, et Hulda, l’épouse aimante, en fait peu à peu une amie, sa seule confidente. Rien ne permet de qualifier le singulier trio qui se forme alors. Que sait Hulda des relations établies entre son mari et la gouvernante ? Ferme-t-elle les yeux pour ne pas voir, ou accepte-t-elle l’étrange dépendance dans la quelle elle semble être tombée vis à vis de Livia ?

Pourquoi j’ai choisi ce livre

Il y a des livres que l’on choisit comme cela, sans véritable raison et ce fut le cas pour celui-ci….. Le titre, peut-être, la couverture oui également, l’auteure : je n’ai rien lu d’elle je pense, quelques avis qui revenaient ici ou là. Je pense que c’est un ensemble d’éléments parfois inexplicables qui vous attire vers une lecture. Il était là un jour où je passais par hasard à la librairie…..

Ma lecture

Ne vous est-il pas arrivé de vous interroger sur des vieilles photos familiales, sur des portraits ou des photos de mariage anciennes ce qui se cachait derrière ces visages figés, des joies, des drames, des histoires et peut-être des secrets.

C’est comme un fantôme, un prénom prononcé un jour : Livia, une gouvernante suédoise qui a suivi la famille de Suède en France mais rien de plus. Alors Marie Sizun décide de combler les manques, elle regarde les photos, prête une attention particulière aux visages, vêtements, expressions, décors et tente de retracer l’histoire de cette arrière grand-mère, dont personne ne parle plus, dont seul reste un prénom prononcé avec une pointe de gêne. Elle décide de redonner vie à cette femme, un roman presque autobiographique car elle n’a que peu d’éléments pour retracer son histoire, ces quelques photos et un nom gravé sur une pierre tombale…..

Le roman est divisé en trois chapitres, trois villes dans deux pays qui ont marqué l’histoire de cette femme, Livia, suédoise, recrutée pour assurer l’éducation des 3 enfants d’une famille franco-suédoise. Très vite, cette femme discrète va imprégner la maison de sa personnalité, douce mais ferme, va se rendre indispensable. Göteborg, Stockholm, Meudon, au gré de la carrière professionnelle de Léonard Sézeneau. Hulda sa femme? fragile et effacée va tenter de s’acclimater à ces différents lieux, sans toujours y parvenir et particulièrement en France où elle décline peu à peu. Heureusement il y a Livia.

Marie Sizun se fait la conteuse de cette histoire, imagine au regard des photos qu’elle possède ce qu’a pu être la vie de ce couple à trois, qui savait quoi, comment s’entendaient les deux femmes : amitié, conflit ? Toutes ces questions resteront à jamais sans réponse.

On ressent parfaitement la distance prise par rapport aux faits, inconnus, imaginés : il n’est pas question de vérités, mais de suppositions. Cela reflète également l’ambiance nordique de ce foyer, une certaine froideur, on ne s’épanche pas sur ses sentiments, d’ailleurs on sait peu de choses sur le couple Léonard/Hulda, l’auteure ne tente pas d’introduire quoi que ce soit qui permette d’aller dans un sens ou dans l’autre.

L’ensemble donne une narration assez journalistique, un peu froide, pas de véritable empathie pour des êtres dont on ne sait rien, dont on ne dit rien à part quelques éléments relevés sur des documents officiels ici ou là et pourtant cela fonctionne, même si on se doute très vite de la tournure des événements. C’est justement cette mise à distance qui fait la force de la construction de ce récit : Marie Sizun ne prend pas position ni pour l’un ou l’autre des personnages, elle se pose comme une sorte de « reporter » d’une tranche de vie.

L’ambiance familiale que ce soit en Suède ou en France est particulièrement bien rendue, on regarde par le petit bout de la lorgnette, on ne veut pas déranger, chacun tient sa place, tout est en retenue, dans les pensées, les suppositions, la vie privée ne regarde personne sauf les intéressés mais certains faits sont là.

C’est une hitoire comme il en a existé des milliers, mais ce qui la caractérise c’est l’ambiance feutrée, assourdie de ce qui se passait le jour comme la nuit au sein de la famille de Léonard Sézeneau, cet homme mystérieux dont on connaît peu de choses de son passé, de ses pensées, de ses sentiments, qu’éprouvait-il vraiment, même sur son métier plane un mystère. Il tient son rôle de chef de famille, va et vient entre les pays, entre Hulda et Livia, et on ne saura jamais  d’ailleurs quel sentiment liait les deux femmes : amitié, haine, confiance, méfiance ?

L’écriture est fine, délicate, elle est le reflet d’une époque (deuxième partie du XIXème siècle), sensible et elle tente de rapporter les pensées et événements de cette famille qui garde, derrière les apparences, une image d’honorabilité.

Ecrire sur ce qui a existé mais dont on ne possède aucun élément, combler les vides d’une famille dont les silences sont lourds de non-dits, où l’évocation d’un prénom, Livia, gêne et irrite et pourtant derrière ce prénom il y avait une femme, une vie, des sentiments et c’est que Marie Sizun arrive parfaitement à nous faire ressentir sans aller dans le sens de l’un ou de l’autre, simplement raconter ce qui n’a jamais été dit pour qu’il ne reste pas d’une femme qu’un prénom malencontreusement prononcé.

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Livre lu dans le cadre de l’Objectif PAL des Lectures d’Antigone

Editions folio – Avril 2018 – 307 pages

Ciao

9 réflexions sur “La gouvernante suédoise de Marie Sizun

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