Les mandarins – Tome 2 – Simone de Beauvoir

LES MANDARINS TOME 2Je n’ai pas attendu longtemps pour entamer le deuxième tome des Mandarins, ayant tellement apprécié le premier, ayant bien en tête tous les protagonistes en tête, les situations dans lesquelles ils se débattaient. Je rejoins Henri, Robert, Paule, Anne et tous les autres dans le Paris de l’après-guerre où chacun(e) tente de redonner un sens à sa vie, essaie de garder un idéal, après une guerre qui a laissé en chacun des blessures, des absents.

Dans ce deuxième opus, on retrouve Anne qui, lors d’un séjour aux Etats-Unis va prendre contact à Chicago avec Lewis Brogan, croisé chez des amis communs. Le coup de foudre est immédiat

Moi qui m’interroge toujours avec soupçon sur les sentiments que j’inspire, je ne me demandai jamais qui Lewis aimait en moi : j’étais sûre que c’était moi. Il ne connaissait ni mon pays, ni mon langage, ni mes amis, ni mes soucis : rien que ma voix, mes yeux, ma peau : mais je n’avais pas d’autre vérité que cette peau, cette voix, ces yeux (p54).

Ils se retrouveront tous les étés, mais au fil du temps l’amour va s’émousser en particulier celui de Lewis, très axé sur lui-même, hésitant à s’engager dans une relation.

Entre Henri et Robert les relations se sont tendues suite à la prise de position du premier concernant la mise à jour des camps en URSS, ne pouvant accepter de se voiler la face, de soutenir ce qu’il a toujours combattu, Robert, lui, acceptant des compromissions au nom de la cause.

Il faut tout un travail pour se résigner à l’impuissance. (p342)

Dans cette deuxième partie certain(e) révèle un nouveau visage : Anne qui ne vit que dans l’attente de ses retrouvailles avec Lewis se transforme en femme amoureuse, doutant, analysant chaque mot, chaque attitude, perdant même tout intérêt dans sa vie française. Henri lui s’investit dans son travail d’écrivain, prend de la distance par rapport à la politique et le pouvoir mais se trouvera mêler malgré lui à de sombres affaires.

L’amitié résistera-t-elle aux prises de position, l’amour peut-il exister lorsqu’un océan vous sépare, que faire quand la folie remplace l’amour, comment accepter les compromissions quand il s’agit de sauver ceux que vous aimez ?

Simone de Beauvoir aborde tous ces thèmes avec une écriture toujours aussi agréable, elle met à nu ses personnages, les poussant parfois dans leurs retranchements, les obligeant à prendre position, à rompre les liens qui parfois les unissaient, à accepter certains petits « arrangements  » avec leur conscience. Rien ni personne n’est épargné ni le journaliste, ni l’écrivain, ni le politique.

Quelle écriture, quelle maîtrise des personnages et des idées qu’elle aborde. On évolue à ses côtés dans ce Paris des intellectuels et politiques avec son regard sans complaisance, analysant avec justesse les prises de position et attitudes de chacun, pesant le pour et le contre, glissant ici ou là des événements de sa propre vie, le tout dans une écriture limpide, fluide, cela se lit comme une fresque et je dois avouer que je ne m’y attendais pas du tout.

J’ai beaucoup découvert, grâce à elle, sur ce milieu, sur les sentiments des uns et des autres, sur l’évolution de ceux-ci, sur les luttes d’influence et de pouvoir dans ce microcosme politoco-culturello-littéraire, où les amitiés comme les amours se lient et se délient, où l’on voit apparaître également les questionnements de l’auteure sur la femme, la condition féminine, sur le temps qui passe et qui laisse sa trace :

Ce petit coup de jeunesse qui m’avait étourdie, un instant, il s’était bien vite dissipé. les miroirs de verre sont trop indulgents : c’était ça le vrai miroir, le visage de ces femmes de mon âge, cette peau molle, ces traits brouillés, cette bouche qui s’effondre, ces corps qu’on devine curieusement bosselés sous leurs sangles. Ce sont de vieilles peaux, pensais-je et j’ai leur âge. (p376)

Comme on le sait, elle s’est inspirée d’Albert Camus (Henri) JP Sartre (Robert) et d’elle-même (Anne), de leurs vies, de leurs querelles, des liens qui les unissaient pour écrire ce roman mais aussi d’un monde qui se reconstruit sur les ruines d’après- guerre, où après avoir lutté avec des idéaux, on déchante en découvrant que rien n’est parfait, ni la politique, ni l’amour, ni le pouvoir.

📕📕📕📕

Editions Le livre de poche – 

Ciao

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