Un poisson sur la lune de David Vann

UN POISSON SUR LA LUNERésumé

« Les gens seraient-ils en réalité tous au bord du suicide, toute leur vie, obligés de survivre à chaque journée en jouant aux cartes et en regardant la télé et en mangeant, tant de routines prévues pour éviter ces instants de face à face avec un soi-même qui n’existe pas ? »
Tel est l’état d’esprit de James Vann lorsqu’il retrouve sa famille en Californie – ses parents, son frère cadet, son ex-femme et ses enfants. Tous s’inquiètent pour lui et veulent l’empêcher de commettre l’irréparable. Car James voyage avec son Magnum, bien décidé à passer à l’acte. Tour à tour, chacun essaie de le ramener à la raison, révélant en partie ses propres angoisses et faiblesses. Mais c’est James qui devra seul prendre la décision, guidé par des émotions terriblement humaines face au poids du passé, à la cruauté du présent et à l’incertitude de l’avenir.

Ma lecture

David Vann avec ce récit autobiographique fait revivre père, James (Jim), qu’il avait en partie évoqué dans Sukkwan island, dentiste, fortuné mais au bord de la banqueroute suite à un redressement fiscal en retraçant les trois jours qui précèdent son suicide. C’est  un road-movie des adieux aux différents membres de la famille, aux amis mais aussi une plongée dans la dépression, dans les questions qui ne trouvent pas de réponse satisfaisante dans le cerveau de cet homme, dans une sorte de folie oscillant entre moments d’euphorie et d’abattement, n’ayant aucune limite ni pudeur dans l’exposition de son mal-être. .

-J’ai essayé, Papa, dit Jim. C’est ce que j’ai envie que tu saches, je crois. Je me suis simplement effondré. J’ai lutté pendant des centaines, peut-être des milliers d’heures.

-Ce n’est pas une lutte, dit son père. C’est la vie. On la vit, c’est tout.

-Ce n’est pas une raison suffisante

-On n’a jamais eu besoin d’une raison. (p209)

Que ce soit la famille, son psy, ses amis, ses ex, tous se sentent impuissants devant son mal-être et sa détermination. On a parfois le sentiment qu’en utilisant la provocation il joue un jeu, cherchant peut-être un mot, un geste, quelque chose qui le retiendrait, une bouée à laquelle se rattacher. Il fait un tour d’horizon de sa vie avec lucidité, reconnaissant ses torts, tentant de trouver de quoi se raccrocher à la vie, trouver une paix qu’il ne pense trouver que dans la mort pour que cette douleur cesse….. Enfin.

L’auteur utilise ce contexte pour évoquer également des thèmes qui lui sont chers comme la nature omniprésente, son père étant chasseur et pêcheur mais aussi et surtout la présence d’armes dans presque tous les foyers américains, comme une normalité, ces armes qui rendent la mort possible à tout moment. Son père va passer ses derniers jours avec un Magnum sur lui, au vu et sur de tout le monde, le manipulant, l’exposant et d’ailleurs aucun ne cherchera vraiment à lui subtiliser sachant qu’il en trouvera une aisément.

J’ai trouvé la lecture parfois difficile mais tout le mérite, car il s’agit bien d’un mérite, en revient à David Vann car il relate parfaitement le climat dépressif, les atermoiements, les idées sombres, les raisonnement  tenus par son père, la lente progression de sa détermination à mourir, son compte à rebours. On est témoin de cette descente inexorable et l’on peut se révolter sur son égoïsme de la part de Jim vis-à-vis de ses proches ne leur épargnant aucun détail de ce qu’il s’apprête à faire, exigeant d’eux beaucoup, allant jusqu’à les manipuler pour arriver à ses fins.

David Vann explore tous les coins, tous les méandres de l’esprit de ce père dont le mal de vivre s’est trouvé renforcé par des unions qu’il a saccagées, par l’argent qu’il n’a pas sur gérer, par un métier qu’il dit avoir subi plus que choisi car identique à celui de son propre père. Il recevra de celui-ci le plus beau cadeau possible mais trop tardif, un moment suspendu où l’important et l’essentiel sera dit. C’est un moment de tendresse, pudique et fort.

J’ai admiré la patience, la générosité de son frère Doug, qui a tout tenté pour le sortir de l’abîme, répondant au moindre de ses désirs, mettant sa propre vie entre parenthèses mais impuissant devant la volonté et les arguments de son frère.

Je ne sais ce qui fait partie des souvenirs de l’auteur qui avait 13 ans à l’époque, des témoignages des proches et la partie romancée, mais l’ensemble en fait un récit sans concession, violent sur la détresse humaine, qu’il faut lire dans de bonnes dispositions tant l’émotion est présente. L’auteur a su garder une certaine distance par rapport au récit, s’y trouvant parfois mêlé, mais en gardant la position du narrateur neutre et distancier.

Il faut avoir connu ou approcher la dépression pour savoir à quel point ces idées mortifères sont parfois obsédantes, profondes et j’ai souvent pensé à l’auteur pendant ma lecture, sur le courage qu’il lui a fallu pour évoquer ce drame. Cette plongée dans ses souvenirs a dû être douloureuse mais peut-être aussi salvatrice dans le sens où l’écriture peut permettre d’évacuer tous les fantômes du passé, les comprendre et les laisser partir en paix.

Il faut le prendre comme un témoignage personnel, difficile dans sa lecture mais qui peut être utile pour comprendre le cheminement d’un homme que plus rien ne rattache à la vie. L’écriture est directe, elle se veut efficace, sans fioriture, brutale parfois sûrement à l’image de l’homme mais aussi de la situation.

Rien ni personne n’aurait pu retenir Jim…..

Livre lu dans le cadre du Cercle Livresque Lecteurs.com

📕📕📕📕

Traduction de Laura Derajinski

Editions Gallmeister – Février 2019 – 285 pages

Ciao

5 réflexions sur “Un poisson sur la lune de David Vann

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