Chien-Loup de Serge Joncour

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Ma lecture

Pour être tout à fait honnête voici un livre qui ne m’attirait pas du tout. S’il n’y avait pas eu le prix du réseau des bibliothèques de ma commune (je fais partie du comité de lecture) je crois que jamais il ne serait passé entre mes mains….. Quel dommage et comme quoi il faut parfois laisser faire le hasard et avoir une très belle surprise.

Dès les premières pages je me suis laissée porter par l’écriture de Serge Joncour : on entre à la fois vite et lentement dans l’histoire. Eté 2015, un couple d’une cinquantaine d’années, sans enfant, part près d’Orcières, petit village du Lot, pour occuper un gîte perdu dans la nature. Et quand je dis perdu, c’est perdu : à peine un chemin pour y accéder et encore en 4 X 4, pas de réseau, ni téléphone etc….. Pour Franck, producteur de films c’est un désastre, pour Lise un vrai bonheur. Comédienne par le passé, elle veut se donner à sa passion la peinture mais aussi retrouver une vie simple, calme, retrouver de vraies valeurs.

Il y a parfois des lieux qui nous mettent mal à l’aise dès qu’on y met les pieds, et d’autres qui nous accueillent, qui vous adoptent, comme s’ils vous attendaient. (p73)

Ce séjour va se révéler riche en découvertes de toutes sortes : sur eux-mêmes en particulier pour Franck mais aussi sur leur environnement car cette maison a un passé, une histoire et l’on suit parallèlement leur histoire à eux mais aussi celle d’un précédent occupant Wolfgand Hollzenmaier, dompteur de fauves qui y vécut avec 8 fauves pendant la première guerre mondiale.

Un siècle entre les deux narrations mais beaucoup de points communs : le dompteur vient lui aussi chercher refuge dans cette maison isolée afin de protéger ses animaux (et lui-même) des affres de la guerre. Il va peu à peu se fondre dans le décor, vivre en communion avec la nature et ce qu’elle peut offrir, parfois s’attirer la vindicte du village et faire une rencontre inattendue et décisive.

Même si c’est Lise qui est la narratrice au tout début du récit, très vite Franck prend la parole. Il souffre de cet isolement, ne supporte pas d’être coupé du monde à un moment décisif dans sa carrière et va trouver mille stratagèmes pour avoir le sentiment de revenir à sa vie. Sa rencontre avec un étrange chien va le pousser à changer…..

L’homme c’est cette créature de Dieu qui corrompt et dilapide, qui se fait un devoir de tout salir et d’abîmer. Sans qu’il soit question de malveillance ou de jalousie, de frustration ou de colère, par sa seule présence un homme peut tout détruire. (p436)

Mais en chaque humain sommeille une bête et il suffit que celui-ci soit poussé dans ses retranchements pour que celle-ci se réveille.

Serge Joncour parvient avec ce roman à évoquer différents thèmes et en premier lieu la nature humaine qui peut avoir différents visages suivant son environnement que ce soit de nos jours mais aussi par le passé. Les deux périodes baignent dans une ambiance où l’on sent que les personnalités évoluent que ce soient pour le couple mais aussi pour Joséphine en 1915, femme du médecin du village, dont l’existence va prendre un nouveau départ.

Comme la nature qui envahit tout, de tout temps, depuis quelques années la technologie envahit nos vies quotidiennes. A la manière de nombreux écrivains américains, l’auteur utilise la nature pour parler de l’âme humaine, de ses comportements en zone inconnue mais aussi de l’emprise de celle-ci sur son esprit. Mais à la différence des américains, Serge Joncour joue plus sur l’ambiance que sur les actes. Une ambiance parfois lourde, oppressante parfois comme la nature qui entoure le gîte, comme un étau qui se referme sur celui-ci ainsi que sur ses occupants.

C’est un récit qui évoque également la transformation d’un homme, civilisé, de son retour à ce qu’il peut être intrinsèquement, quand sa vraie nature reprend le dessus et qu’au milieu de la nature sauvage il retrouve ses instincts.

L’auteur a su créer autour de ses personnages dans les deux époques  une certaine tension, car le lieu est chargé de zones d’ombres, de bruits, d’yeux qui observent et notre esprit échafaude milles pistes. Et c’est ce que je trouve justement remarquable dans la narration c’est cette montée en puissance sans avoir besoin d’utiliser des « ressorts » exceptionnels.

Quelle maîtrise, quelle écriture et malgré quelques longueurs et répétitions de faits qui m’ont parfois surprise, j’ai pris un réel plaisir à découvrir cette histoire où nature, faune et êtres humains se mêlent pour porter un regard sur nous, notre époque mais aussi le rapport que nous avons les uns envers les autres et comment tout peu parfois basculer.

Le mal était en tout. Où qu’on aille, même là, même au plus loin dans la nature, au plus loin des hommes, elle était rattrapée par la malveillance et les pactes obscurs. (p421)

Encore une découverte d’auteur, mon premier Serge Joncour et j’ai hâte de le découvrir dans d’autres romans car c’est tout à fait le genre de littérature qui, tout en vous faisant passer un excellent moment, vous amène à réfléchir, à imaginer et à voyager. J’ai aimé son écriture limpide et claire, un auteur très imprégné de la nature mêlant habilement humanité et environnement, les deux intiment liés.

📕📕📕📕

Editions Flammarion – Août 2018 – 472 pages

Quatrième de couverture

L’idée de passer tout l’été coupés du monde angoissait Franck mais enchantait Lise, alors Franck avait accepté, un peu à contrecœur et beaucoup par amour, de louer dans le Lot cette maison absente de toutes les cartes et privée de tout réseau. L’annonce parlait d’un gîte perdu au milieu des collines, de calme et de paix. Mais pas du passé sanglant de cette maison que personne n’habitait plus et qui avait abrité un dompteur allemand et ses fauves pendant la Première Guerre mondiale. Et pas non plus de ce chien sans collier, chien ou loup, qui s’était imposé au couple dès le premier soir et qui semblait chercher un maître.

En arrivant cet été-là, Franck croyait encore que la nature, qu’on avait apprivoisée aussi bien qu’un animal de compagnie, n’avait plus rien de sauvage ; il pensait que les guerres du passé, où les hommes s’entretuaient, avaient cédé la place à des guerres plus insidieuses, moins meurtrières. Ça, c’était en arrivant.

Ciao

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