Une année à la campagne de Sue Hubbell

UNE ANNEE A LA CAMPAGNEQuatrième de couverture

Un jour, Sue Hubbell, biologiste de formation, ayant travaillé comme bibliothécaire, lasse de vivre en marge de la société de consommation de l’Est américain, décide de changer de vie. Avec son mari, elle part à la recherche d’un endroit où ils pourraient vivre loin des villes, suivant l’exemple du poète Thoreau. Après avoir cherché, ils trouvent cette ferme dans les monts Ozark, au sud-est du Missouri, et, ne connaissant rien à l’agriculture ni à l’élevage, ils décident de créer une « ferme d’abeilles « . Alors commence pour Sue Hubbell une aventure dont elle n’imagine pas les conséquences. Les saisons, les années passent, maintenant dans la solitude car son mari l’a quittée, et cette femme qui n’avait de la nature qu’une connaissance théorique découvre lentement l’immensité de l’univers qu’elle s’est choisi : sur ces quelques hectares de collines où, depuis la disparition des Indiens Osages, aucun être humain ne s’est vraiment arrêté, la vie a établi ses lois et ses règles, tissant un réseau de dépendances entre tous les habitants : les plantes, les insectes, les araignées, les serpents, les oiseaux, les mammifères, et même les parasites et les bactéries. L’entrée dans ce monde n’est pas simple. Pour Sue Hubbell, c’est un véritable bouleversement. Elle qui croyait- par son éducation, par ses études- tout savoir de la vie animale découvre sur ces arpents de terre que la vie naturelle est un bien meilleur professeur, parce qu’elle laisse le savoir germer et mûrir comme tout ce qui est vivant et vrai. J.M.G. Le Clezio

Ma lecture

Ce récit autobiographique que j’ai vu passé ici et là était pour moi. Une année à la campagne….. Moi c’est toute l’année à la campagne et pour vous expliquer pourquoi il m’a tout de suite interpellée il faut que je lève un peu le voile sur mon passé.

Parisienne de naissance, j’ai quitté la capitale à la naissance de ma fille sachant que Paris et enfants étaient difficilement conciliables. J’ai vécu ensuite dans une grande ville de province (Orléans) puis peu à peu je me suis orientée vers la campagne. Désormais je vis au milieu de la nature dans un petit lieu-dit au milieu de bois et prés où seuls les chants des oiseaux m’accompagnent.

J’ai donc compris, et cela se confirme à chaque fois que je retourne en ville, que la ville et moi nous n’étions plus compatibles : bruit, foule, stress, appel à la consommation, pollution etc….. Dès que j’arrive en ville je n’ai qu’une envie …… partir. Je deviens de plus en plus « ourse dans sa tanière » !. J’ai à portée de mains, de pieds et de vue les bois, le calme, la faune et la tranquillité. Tout n’est pas parfait, il y a quelques inconvénients mais je sais malgré tout la chance que j’ai (enfin pour ceux qui aime ce genre de vie).

Voilà pourquoi ce petit récit de Sue Hubbell m’était prédestiné. Oui bien sûr je ne suis pas une spécialiste des abeilles comme elle, qui est biologiste de formation, mais j’ai retrouvé entre ses lignes des réflexions sur le rythme de nos vies au fil des saisons dans la nature mais aussi sur notre comportement consumériste, notre relation aux autres que je me suis moi-même faites.

Comme dans Walden ou La vie dans les bois de H.D.Thoreau que j’ai lu très récemment (comme quoi ce sujet me plait), Sue Hubbell évoque non pas son quotidien au jour le jour mais les faits marquants de celui-ci, saison après saison mais à la différence de son célèbre précurseur c’est frais, pétillant, très accessible. J’ai appris énormément de choses sur les ruches et leurs occupantes (sa seule activité rémunératrice), sorte de microcosme de société.

Depuis son divorce, elle vit seule et parfois cette situation peut poser soucis quand il s’agit de travaux importants qu’elle essaie au maximum de réaliser par elle-même avec les moyens du bord et l’aide parfois de son fils.

Je me demande parfois où nous autres femmes d’un certain âge nous situons dans le tissu social une fois que la construction du nid a perdu de son charme.(…) Nous avons le Temps, ou du moins la conscience du Temps. Nous avons vécu assez longtemps et en avons vu assez pour savoir, autrement qu’au plan intellectuel, que la mort nous attend et nous avons donc appris à vivre en nous sachant mortelles, prenant nos décisions avec soin et après mûre réflexion parce que nous savons que nous ne pourrons pas les prendre à nouveau. Le temps pour nous aura une fin : il est précieux, et nous en avons appris la valeur. (p230)

Comme pour Thoreau la coupe du bois est une des principales « corvées » indispensable pour tenir tout un hiver. La séparation d’avec son mari qui se chargeait de cette tâche l’a obligée au maniement de la tronçonneuse, objet très dangereux en soi et dont elle garde une certaine méfiance. Elle analyse de façon calme et posée (et parfois humoristique) les choses et les événements pour s’adapter le mieux possible à eux.

J’ai beaucoup aimé la façon dont elle parle de tout ce qui l’entoure mais aussi de ses observations sur elle-même, ses relations de voisinage (bonnes et nombreuses) souvent liées à son travail d’apicultrice. De par sa formation, elle observe et analyse les comportements de ses fabricantes de miel : hiérarchie d’une ruche, comportement suivant les saisons, production, prédateurs etc.. C’est facile d’accès et parfois source d’inspiration pour son propre comportement.

Vivre dans un monde où les réponses aux questions peuvent être si nombreuses et si valables, voilà ce qui me fait sortir du lit et enfiler mes bottes tous les matins. (p85)

L’écriture est très agréable, parfois teintée d’humour, d’étonnement, n’hésitant pas, ici ou là, à relater des rencontres festives avec ses compatriotes comme la fête chaque année du cochon grillé qu’elle organise chez elle au mois de Juillet.

C’est une lecture rafraîchissante, instructive (observations des araignées, serpents, poules, coq et autres petits animaux de son environnement), bruissant des milles sons de la nature des monts Ozarchs (Missouri) où elle vit. C’est l’éloge d’une vie simple, active, jamais ennuyeuse car cela fourmille de remarques et réflexions sur l’importance d’observer, d’écouter ce qui nous entoure et ce n’est pas moi qui vais la contredire. J’en suis convaincue…..

Un roman-journal de bord, que l’on peut reprendre, relire ici ou là quelques passages, pour s’aérer, s’inspirer, goûter aux joies d’une vie simple. Il va rester pour moi un livre de chevet dans lequel j’irai piocher au fil des faisons des bribes d’inspiration. Je le recommande en cas de stress urbain, d’un besoin urgent de s’aérer, presque un petit guide de philosophie rurale…

📕📕📕📕

Traduction de Janine Hérisson

Editions Folio – Juin 1994 – 260 pages

Ciao

 

3 réflexions sur “Une année à la campagne de Sue Hubbell

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