Les frères Holt de Marcia Davenport

Résumé

LES FRERES HOLTCe roman commence sur une énigme absolue : une maison aux fenêtres aveugles, dans un quartier dont l’élégance de jadis a fait place à la médiocrité. Cette maison cache un mystère, celui des deux frères Holt, dont l’un est trouvé mort dans un extravagant désordre d’objets empilés et inutilisés, tandis que l’autre a disparu.
A la fin du siècle dernier, le récit se déroule d’une ville de province américaine jusqu’à Vienne et son opéra, de la région des lacs italiens à New York. Nous voyons naître et grandir le drame qui détruira inéluctablement l’impitoyable Seymour et le doux Randali avec Renata Tosi, la cantatrice au cœur volage, dont la vie se trouvera également mêlée à celle des deux frères. Chaque aspect de cette affaire est passionnant et le lecteur demeure sous une sorte de charme jusqu’à la dernière page de ce beau roman.

Ma lecture

Accumuler, accumuler, ne rien vouloir jeter car tout peut servir un jour….. J’avais récemment rencontrer ce syndrome dans une des nouvelles de Gilles Marchand (Des mirages plein les poches) la syllogomanie, et découvrir comment et pourquoi il arrive que des maisons soient retrouvées, comme dans ce roman, avec 170 tonnes de détritus, une dizaine de pianos, une voiture dans la cave, des billets de banque, des journaux etc… et de plus fermée de l’intérieur avec le corps d’un de ses habitants Seymour, voilà qui est intéressant. Mais où est Randall, son jeune frère qui vivait avec lui ?

Marie Davenport s’est inspirée de l’histoire vraie des frères Collyer décédés et retrouvés dans les mêmes conditions en 1947 pour écrire ce roman.

L’action débute au début du 20ème siècle, un employé de banque Eddy Wicherly est chargé de retrouver l’héritier des occupants de la maison où ont été retrouvé les deux corps, un certain Sébastiano Gondolfi, italien, savant, physicien, ministre en Italie, afin de lui remettre une fortune évaluée à un quart de million de dollars si l’on peut prouver que l’un des deux frères est le père. Pour cela il va retranscrire l’histoire des deux hommes d’après les traces laissées dans le monceau de papiers et devoir trouver le lien qui lie ce Sébastiano aux frères Holt….

Quelle histoire tragique qui va trouver les racines de ce capharnaüm dans l’enfance des deux hommes car, après un court chapitre sur la découverte de cette maison-bunker et du corps de Seymour, on remonte dans le temps pour découvrir la vie des deux frères….  Et comment ne pas garder en soi les traces laissées par une grand-mère paternelle avec laquelle ils vivaient déjà dans cette maison ainsi que leurs parents. Une femme exécrable, acariâtre, autoritaire et sans cœur qui tenait sa maisonnée sous son joug et  malgré la présence de leurs parents, aimants mais soumis parce que dépendants, ils vont se retrouver, par les dispositions testamentaires particulièrement dures de cette aïeule, liés à cette maison.

L’aîné Seymour beau, vif, charmeur va peu à peu devenir aveugle et perdre toute autonomie. Randall, plus timide, doux, sous la coupe de son frère, est un passionné de musique comme sa mère. J’ai beaucoup aimé la relation des deux frères faite à la fois de rivalité, de jalousie, parfois de haine mais aussi d’un lien fort qu’ils ont construit depuis l’enfance. Il n’est pas sans faire pensé à celui qui lie les deux frères de A l’est d’Eden de John Steinbeck ou celui qui lie les deux héros du film Et au milieu coule une rivière de Robert Redford. L’un est un ange l’autre un démon, l’aîné a un ascendant sur le plus jeune, ils se détestent parfois mais ils ne peuvent vivre l’un sans l’autre ou alors dans la culpabilité.

Randall frissonna de terreur à la vue de la lutte de Seymour contre ce qu’il comprit plus tard avoir été le dernier effort d’un orgueil fanatique et du courage vaincu. (p308)

Peu à peu cette syllogomanie va s’installer, insidieusement, malgré eux, parfois par procrastination (remettant au lendemain le rangement), parce que tout peut servir un jour ou l’autre mais ils ont toujours de bonnes raisons. La peur de l’extérieur, des autres va devenir obsessionnelle au fil du temps et au-delà de l’accumulation, ils vont édifier une forteresse autour d’eux, vivant en reclus à la manière d’Howard Hughes, ne sortant plus, sans téléphone ni électricité, dans le dénuement le plus complet, économisant sur tout même l’indispensable, se ravitaillant la nuit, trouvant même à installer des pièges pour les éventuels curieux…..

Randall va pourtant parfois tenter de prendre ses distances, voyant certaines ressemblances dans le comportement de son frère et celui de la grand-mère tant haïe. Il va vivre une passion dévorante mais pure avec Renata Tosi, jolie cantatrice italienne, insouciante et légère mais qui refusa par honnêteté toutes ses demandes en mariage. Il va vivre plusieurs années près d’elle, trouvant un semblant de paix mais avec un sentiment de culpabilité vis-à-vis de son frère qu’il a laissé aux Etats-Unis. Cette femme va jouer un rôle déterminant dans leurs vies et ils seront liés jusqu’à leur dernier jour par un mystère que Eddy Wicherly va s’attacher à résoudre.

Malgré des longueurs parfois dues au fait que l’auteure s’est attachée à tout relater, décortiquer et le parler de Renata retranscrit dans son approximation de l’anglais, je me suis plongée dans ce roman malgré tout avec intérêt. Ecrit dans les années 1950, c’est un roman de forme assez classique, qui s’attache à la psychologie de chacun des personnages, chacun trouvant une « logique personnelle » à ses manies qui deviendront obsessionnelles,  mais aussi à voir la maison se remplir, devenir un bunker, maison qui prend un rôle important de l’histoire, presque vivante.

Ils étaient beaux, fortunés, avaient réussi leurs études et avaient chacun une passion : pour l’un la musique, pour l’autre la technique et ils ont fini misérablement dans un lieu qu’ils ont cherché toute leur vie à quitter mais qui les a liés à jamais.

C’est un roman un peu oublié, dont on a peu parlé à ma connaissance et pourtant il est à l’image de ces romans qui vous tiennent en haleine, comme un thriller plus psychologique que policier, avec une construction habile et bien menée. Sans être un page-turner, il nous tient dans ses filets, on ne peut s’empêcher d’aller un peu plus loin, car l’auteure ne donne qu’au compte-gouttes les révélations qui vont mener à la résolution de l’histoire et on ne lâche qu’une fois la dernière page tournée sur cette maison et ses occupants.

📕📕📕

Traduction de  F. de Bardy 

Editions Le promeneur – Août 1992 – 518 pages

Ciao

2 réflexions sur “Les frères Holt de Marcia Davenport

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