Plus haut que la mer de Francesca Melandri

PLUS HAUT QUE LA MER

Ma lecture

Une prison un peu particulière : La Spéciale. Située sur une île, seule, accessible uniquement en bateau, avec un gardien infaillible : la mer. C’est ici que des criminels redoutables sont enfermés.

Dans ce court roman, ce ne sont pas ceux qui sont enfermés les personnages principaux mais deux proches qui viennent en visite. Pour Paolo, professeur de philosophie, il vient depuis dix ans voir son fils, meurtrier pour une cause révolutionnaire et pour Luisa, paysanne mère de cinq enfants, c’est la première fois qu’elle vient ici voir son mari, violent et meurtrier, mais elle y voit l’occasion pour elle de découvrir la mer.

Comme s’il n’y avait donc pas lieu de protester, de se plaindre ou de s’indigner, mais seulement de faire ce qui était nécessaire : donner du foin aux bêtes, vendre le lait, s’occuper de ses cinq enfants, et tout ça sans mari. (p106)

Ils n’auraient jamais dû se connaître, se parler, ils n’ont rien en commun sinon un proche emprisonné. Il aura fallu que le mistral se lève pour que le destin s’en trouve bouleverser. Ils vont être contraints de passer la nuit sur l’île, un emprisonnement d’une autre sorte, côtoyer Nitti, maton de la prison mais aussi gardien de leur nuit, lui qui vit ici avec sa femme.

Ces trois êtres vont vivre une nuit sur cette île balayée par la tempête, un lieu et des circonstances qui vont mettre à nu leurs blessures,  les obliger à se faire confiance, à changer parfois l’image qu’ils ont d’eux, une île et une nuit qui vont changer leurs vies.

Elle est comme ça cette île, poursuivit Nitti. Elle te laisse dans le silence pendant des jours. Puis, elle t’envoie quelqu’un qui écoute, et alors il faut t’abattre à coups de fusil pour te faire taire. (p156)

Avec une écriture épurée, à la fois douce et puissante, concise, l’auteure s’attache à explorer le fond des pensées de ses trois personnages : il y a les visiteurs confrontés à la réalité des faits, face à des proches emprisonnés dont  l’un porte la culpabilité des actes commis et pour l’autre de découvrir une forme de bonheur de le savoir enfermé. Francesca Melandri ne s’attache qu’à ces deux visiteurs venus par devoir plus que par désir mais aussi au gardien qui vit et travaille à La Spéciale, ce lieu dont personne ne s’évade mais qui ne peut qu’influer sur votre personnalité, au risque de vous transformer.

C’est une lecture où chaque mot à sa place, qui est le reflet du ressenti de chacun des personnages, sans fioriture mais d’une précision presque chirurgicale tellement elle est efficace.

C’est ainsi que Paolo expliquait les choses. C’était simple, au fond. Quand la chose correspond au mot, on fait de l’Histoire. Mais s’il n’y a que le mot, alors c’est de la folie. Ou bien tromperie, mystification. (p166)

Quand l’érudit côtoie la paysanne et que tous deux parlent de la même douleur liée à la violence d’un être, quand une rencontre libère la parole, allège les cœurs, cela donne un récit où l’humanité voisine l’amour et où une nuit peut changer le destin de chacun…..

J’ai embarqué sur le bateau, ne sachant pas où il me menait, j’ai découvert une écriture s’attachant à l’intimité de deux êtres, malmenés contre leur gré dans leurs vies, qui n’en attendaient plus rien et qui n’imaginaient pas que cette nuit d’isolement allaient les conduire vers un autre avenir…..

📕📕📕📕

Résumé

1979. Paolo et Luisa prennent le même bateau, chacun de son côté, pour se rendre sur l’Île. Mais ce n’est pas un voyage d’agrément, car c’est là que se trouve la prison de haute sécurité où sont incarcérés le fils de Paolo et le mari de Luisa. Ce dernier est un homme violent qui, après un meurtre commis sous le coup de la colère, a également tué un surveillant en prison, tandis que le premier a été reconnu coupable de plusieurs homicides politiques sur fond de révolution prolétarienne. L’homme et la femme ne se connaissent pas, Paolo est professeur de philosophie, mais il n’enseigne plus ; Luisa, elle, est agricultrice et élève seule ses cinq enfants. À l’issue du voyage et de la brève visite qu’ils font au parloir de la prison, ils ne peuvent repartir comme ils le devraient, car le mistral souffle trop fort. Ils passent donc la nuit sur l’Île, surveillés par un agent, Pierfrancesco Nitti, avec qui une étrange complicité va naître. Pour ces trois êtres malmenés par la vie, cette nuit constitue une révélation et, peut-être aussi, un nouveau départ.

Traduction de Danièle Valin

Editions folio – Février 2018 – 218 pages

Ciao

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