Trilogie New-Yorkaise de Paul Auster

TRILOGIE NEW-YORKAISE

J’ai découvert Paul Auster avec 4 3 2 1 qui m’avait beaucoup intéressée par les thèmes abordés mais surtout par les questions soulevées par l’auteure sur l’identité et sur les différents chemins que peut prendre la vie, « et si » j’avais….. ma vie aurait-elle été autre ?

J’avais donc très envie de mieux connaître l’auteur, son univers et son écriture. J’ai fouillé mes étagères car je savais que j’avais déjà par le passé été attirée par lui, avoir acheté un roman jamais lu par manque de temps à l’époque. Trilogie new-yorkaise….. Trois histoires formant un tout ….. New-York me voilà.

Résumé  de Cité de Verre

Le personnage principal, Quinn, écrivain de série policière au passé douloureux, accepte d’être pris par erreur pour un détective du nom de Paul Auster. Sa cliente lui demande d’enquêter sur Peter Stillman, un universitaire religieux extrémiste qui vient de sortir de prison et qui a l’ambition d’assassiner son propre fils qu’il a torturé durant toute son enfance. L’écrivain découvrira bientôt que cet ancien professeur tente d’inventer un nouveau langage pour sauver le monde de l’incompréhension ambiante.

Ma lecture

Dès que j’ai fini cette histoire, très vite je me suis demandée comment j’allais pouvoir en parler car il y a à la fois tant de choses, tant de pistes, tant de thèmes qu’il me parait très difficile de les résumer mais je vais malgré tout tenter de le faire.

L’histoire pour moi est surtout une quête d’identité. Un homme, Daniel Quinn, qui prend un nom d’emprunt, William Wilson, pour écrire ses romans policiers dont le personnage porte le nom de Max Work reçoit un appel téléphonique adressé à Paul Auster, un prétendu détective, avec pour mission de protéger Peter Stillman de son père qui fut un temps Henry Dark….

Mais cela va bien au-delà car s’il est question d’identité, il est question également du travail de l’écrivain, de la recherche du mot juste, exact, précis et comme si cela ne suffisait pas, les mots doivent-ils changer lorsque l’objet qui porte le nom se modifie. Exemple : le parapluie est-il toujours un parapluie quand il perd le tissu sensé nous abriter de la pluie ? Ne devrait-il pas porter un autre nom ?

Et sans jamais nous perdre dans les personnages, ni dans l’enquête qui n’en est pas une finalement, le narrateur, témoin de cette aventure, nous embarque dans un road-movie dans les rues de New-York, car nous connaissons la passion de cette ville pour Paul Auster comme le base-ball dont il ne peut s’empêcher de glisser ici ou là quelques informations sur les matchs de l’équipe des Mets, à la rencontre de tous les protagonistes, même du Paul Auster écrivain, de Siri sa femme jusqu’à son fils Daniel, afin de trouver les réponses.

J’ai été déroutée au début de ma lecture par les premières pages : une entrée en matière un peu déroutante, un langage parfois trouble, halluciné puis peu à peu tout se met en place et l’on s’attache moins à l’histoire,  qu’aux questionnements posés. Même Don Quichotte (initiales identiques avec Daniel Quinn) est analysé, disséqué pour argumenter.

Paul Auster pose avec ses mots des réflexions sur nos vies, notre langage, la religion (la tour de Babel), l’identité, l’écrivain. Il fournit une multitude de détails mais sans lourdeur. L’écriture est vive mais jamais bâclée et on sent que chaque mot est réfléchi, pensé, concis tellement le questionnement évoqué est clair et juste en tant que tel mais il se noie parfois avec le récit. L’humain au milieu de cette ville inhumaine qu’est New-York, la solitude de l’écrivain, son identification et son implication dans ses personnages, la folie qui peu en découler quant celles-ci sont poussées à l’extrême.

C’est une lecture inclassable dans le genre : ni thriller, ni policier, ni science-fiction, ni psychologique, mais un peu de tout cela. Cela ne peut laisser indifférent : on aime ou pas, mais on réagit, on se pose des questions, on peut voir les choses sous un autre jour car les mots peuvent cacher parfois tellement de significations.

Passionnant, instructif, interrogatif, enrichissant……

Auster n’était rien d’autre qu’un nom, pour lui, une enveloppe vide. Etre Auster signifiait être un homme sans intérieur, sans pensées. Et si aucune pensée ne pouvait se présenter à lui, si sa propre vie intérieure lui était devenue inaccessible, il n’y avait donc plus d’endroit où il puisse battre en retraite. En tant qu’Auster, il ne pouvait évoquer aucune souvenir de peur, aucun rêve de joie, car toutes ces choses, en appartenant à Auster, étaient pour lui inconsistantes. Par conséquent il devait uniquement habiter sa propre surface, cherchant hors de lui de quoi se soutenir. (p94)

📕📕📕📕

Résumé de Revenants

Le roman débute par une filature dans les rues de New York, qui se transforme très vite en quête d’identité. Les personnages n’ont pas de nom : le narrateur les nomme Bleu, Noir et Blanc. Le détective privé, Bleu, payé par Blanc, doit suivre Noir, qui ne fait rien de ses journées. La surveillance dure des années. Bleu envoie un rapport hebdomadaire à Blanc. Mais peu à peu, devant l’ennui et la déréliction, Bleu veut se confronter à Noir pour connaître les raisons cette affaire.

Ma lecture

Quelle originalité que de donner à chacun de ses personnages un nom de couleur. Bleu est un détective chargé par Blanc de surveiller Noir…… En faisant abstraction de toute autre identification qu’un nom de couleur, j’ai trouvé ce récit plus complexe que le premier dans le but à atteindre ou tout du moins de ce que j’en ai saisi. Il s’agit à nouveau d’une quête de l’identité, d’un jeu de miroir entre les différents protagonistes, l’un influant sur l’autre, l’autre adoptant la vie de l’un jusqu’à l’obsession et à la seule issue possible que de supprimer ce double mais en y ajoutant une sorte de huis clos entre Noir et Bleu. Et si tout cela n’était en définitive qu’un jeu de l’imaginaire…..d’où le titre Revenants, toutes ses ombres qui réapparaissent comme des héros ou des monstres, des peurs tapies dans l’ombre.

Mise en abyme de l’histoire dans l’histoire, personnages aux visages multiples, questionnement sur le moi, sur le sens, Paul Auster évoque même certains auteurs fondateurs de la littérature américaine comme Nathaniel Hawthorne, H.D. Thoreau, Walt Whitman comme des clés sur l’existence.

Même si Revenants ressemble à un thriller, la quête n’est pas la découverte d’un crime ni d’un coupable, mais la recherche de soi, en impliquant l’écriture, les mots, la littérature mais aussi l’humain, sa profonde solitude et sa difficulté peut-être à trouver sa place.

Une lecture plus complexe de par sa structure et les énigmes finales que seul l’auteur finalement maîtrise et que chaque lecteur imaginera…..

C’est là aussi quelque chose qui jette le trouble en lui. Si le terme de « penser » peut être trop fort à ce stade, un mot un peu plus modeste, celui de « spéculation », par exemple, ne serait pas loin du compte. « Spéculer », venant du latin speculari, signifie « observer, « épier », et s’apparente au mot speculum qui veut dire « miroir ». Car en épiant Noir de l’autre côté de la rue, c’est comme si Bleu regardait dans un miroir, et au lieu de simplement observer qu’un d’autre, il découvre qu’il observe aussi lui-même. (p201)

📕📕📕

Résumé de La chambre dérobée

Fanshawe disparaît. Il laisse derrière lui sa femme Sophie, son fils Ben, et des manuscrits qu’il a confiés à un ami d’enfance, le narrateur. Celui-ci prend alors possession de la vie de Fanshawe : il publie les manuscrits, qui connaîtront le succès, il épouse Sophie et adopte Ben.

Ma lecture

La chambre dérobée est le troisième opus de cette trilogie et détient certaines clés qui permettent d’éclaircir l’ensemble. Le narrateur et Fanshawe, l’écrivain évaporé, se connaissent depuis l’enfance, chacun ayant comme modèle l’autre mais sans jamais se l’avouer. Le narrateur va enquêter et en profiter pour explorer les œuvres de Fanshawe trouvant là matière à revenus mais aussi à célébrité voire à mener une existence dont il rêvait. Peu à peu, allant même jusqu’à épouser Sophie et adopter Ben, il va devenir Fanshawe. Mais celui-ci va refaire surface (mais il ne se montre pas) 6 ans plus tard et transmettre le cahier rouge à spirales dans lequel il a noté ce qu’a été sa vie pendant sa disparition et l’on peut supposer qu’il s’agit du narrateur des deux premières histoires (enfin c’est ce que j’en ai déduit).

C’est sans conteste la partie que j’ai préférée : le narrateur usurpateur officiel d’un écrivain, glissant comme à chaque fois des références littéraires : Neverland le pays d’Alice, pays imaginaire et comment ne pas penser que Paul Auster, tout en mettant en toile de fond New-York, ne créée pas un monde à lui, où écrivain, personnages de roman se confondent, se fondent afin de se raconter sans se dévoiler.

Autant Cité de verre et Revenants sont des enquêtes assez obscures sur l’identité, l’intériorité et la recherche de soi et donc de l’autre, autant La chambre dérobée se rapproche d’un roman identitaire, faisant appel à de nombreuses références littéraires mais aussi à des épisodes de la propre vie de Paul Auster (travail sur un navire, séjour à Paris). Ne peut-on pas imaginer que c’est finalement un questionnement du narrateur sur Paul Auster lui-même,  l’homme et l’écrivain, sa propre intériorité, sa solitude mais aussi sa ville, ses passions (base-ball) mais aussi sur la vie, sur les choix et les rencontres.

Je ne veux pas revenir sans cesse là-dessus. Mais les circonstances dans lesquelles les vies changent de cours sont si diverses qu’il paraît impossible de dire quoi que ce soit sur un homme avant sa mort. Non seulement la mort est la seule véritable pierre de touche du bonheur (…) mais c’est le seul critère qui permette de juger la vie elle-même. (p347)

📕📕📕📕

Au final …….

C’est un ensemble inclassable et je peux comprendre que Paul Auster soit lui-même inclassable, qu’il plaise ou irrite. C’est un témoin de son temps, de l’humain, de son pays mais surtout de l’Homme américain, new-yorkais et écrivain voire philosophe d’une époque.

C’est une littérature où l’auteur laisse au lecteur le choix de son interprétation tellement il y a de pistes, de clés, de possibilités.

Même si c’est une lecture particulière, je n’ai jamais eu envie de l’arrêter, j’ai voulu ouvrir avec l’auteur toutes les portes qui se présentaient, comprendre et parfois analyser bien au-delà des apparences et savoir jusqu’où il voulait aller.

Ce n’est pas une histoire mais des histoires, ce ne sont pas des vies mais finalement une vie, une vie de quêtes, de recherches, de questionnements et n’ayant jamais les réponses définitives c’est une vie sans fin.

La prochaine lecture de cet auteur (qui est déjà sur mes étagères) sera Moon Palace.

📕📕📕📕

Traduction de Pierre Furlan

Editions Actes Sud / Babel – Juin 1991 – 445 pages

Ciao

8 réflexions sur “Trilogie New-Yorkaise de Paul Auster

  1. Bonjour, C’est étrange j’ai le même parcours de lecture que vous de Paul Auster. 4.3.2.1. puis The new York Trilogy que je viens juste de finir. En vous lisant je me demandais quelle sera ma prochaine lecture d’Auster. Et donc une question, pourquoi Moon Palace ?

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