Glaise de Franck Bouysse

GLAISE IG

Après mon coup de cœur pour Né d’aucune femme lu en début d’année, je voulais savoir si c’était l’histoire d’une lecture ou si j’étais conquise par d’autres romans de Franck Bouysse…. Donc Glaise…..

L’action se situe dans le Cantal au pied du Puy Violent, cela plante le décor si déjà l’environnement porte en lui toute la rudesse du récit. La première guerre mondiale vient d’appeler tous les hommes valides sur les champ de bataille, ne restent dans les fermes que femmes, hommes âgés ou réformés et nous découvrons à travers principalement deux familles, les Landry et les Valette, les conflits familiaux quand ville et ruralité se trouvent à cohabiter mais aussi les rivalités ancestrales, les désirs inassouvis ou refoulés qui peuvent transformer l’humain en bête primaire.

Glaise : définition : Terre grasse compacte et plastique, imperméable.

Oui ici presque tout est poisseux, collant, dur et impénétrable…. Mais c’est la terre d’ici et elle façonne ses habitants.

Dès que j’ai commencé ma lecture, j’ai retrouvé l’écriture de Franck Bouysse, directe, dépouillée et pourtant précise, dès les premières pages le décor est planté, les personnages caractérisés et la nature omniprésente installée, elle qui façonne les êtres et les âmes et ici elle est sans concession tout comme les sentiments.

A de nombreuses reprises l’auteur décrit les visages à la manière d’un paysage avec leurs crevasses, leurs vallons, leurs nuances. Comme un sculpteur, il pétrit les phrases les rendant à leur plus juste expression, il malaxe les mots pour en faire une histoire où l’âme humaine se trouve disséquée, montrant tout ce qu’elle cache de plus sombre et de plus vile, révélant ses plus bas instincts mais avec aussi ses moments de grâce.

Des mots il n’en possédait pas tant que ça, en tout cas pas qui auraient pu convenir pour rendre grâce à ce sentiment, la conscience surnaturelle que ce baiser n’était pas une pierre posée au hasard, mais qu’il s’agissait d’une construction grandiose s’élevant bien au-delà des montagnes. (….) Et voilà que cette grande encyclopédie devenait obsolète, mise respectueusement à distance par de nouvelles vérités, une présence importée, une forme magistrale de chair, l’expression d’un miracle. (p124)

Il faut du talent pour se fondre  ainsi dans le décor et s’effacer derrière ses personnages, leur laissant toute la place pour nous raconter une histoire certes rude mais  dans laquelle chacun cache ses failles, ses douleurs et où d’autres laissent parler leur animalité.

-(…) Tu dois avoir une âme d’artiste. (…)

– Je ne sais pas d’où ça me vient. Quand je m’y attelle, plus rien n’a d’importance, c’est comme si je fabriquais un souvenir que je voudrais pas voir disparaître pour garder à l’intérieur toute l’émotion que j’ai ressentie à un moment (p287)

Il a pris un soin particulier à façonner chacun de ses personnages, gens du cru, taillés à la serpe mais à plusieurs facettes pour certains, les faisant évoluer dans un environnement qui leur ressemble mais celui-ci ne les a-t-il pas façonnés ? Ajoutez-y une période troublée où ils se retrouvent livrés à eux-mêmes, subissant à la fois les assauts du temps mais aussi des événements, se retrouvant mis à nu :

-C’est facile pour personne, mais nous, on ne le montre pas quand c’est pas facile (p338)

Franck Bouysse à travers une histoire de haine mais aussi d’amour, de jalousie et de bestialité laisse l’humain et la bête se confronter, s’affronter. Certains ne cherchent pas à s’élever, d’autres s’y complaisent en répondant à leurs instincts les plus primaires. J’ai particulièrement aimé le personnage de Léonard, ce philosophe protecteur de Victor, taiseux mais tellement humain, protecteur voir philosophe.

C’est un roman noir, rude, rien d’un policier, mais presque une étude sociétale, humaine. Pas de leçon à tirer, des faits rien que des faits, sans cruauté autre que celle des hommes.

Et bien me voilà convaincue que Franck Bouysse sait écrire sur nous, âmes humaines, mais aussi sur ce qu’il observe de la nature, de son environnement, de nous et des bêtes mais parfois les limites se fondent et se confondent.

Un auteur que je vais suivre.

Résumé

Au pied du Puy-Violent dans le Cantal, dans la chaleur d’août 1914, les hommes se résignent à partir pour la guerre. Les dernières consignes sont données aux femmes et aux enfants: même si on pense revenir avant l’automne, les travaux des champs ne patienteront pas. Chez les Landry, le père est mobilisé, ne reste que Joseph tout juste quinze ans, en tête à tête avec sa mère et qui ne peut compter que sur Léonard, le vieux voisin. Dans une ferme voisine, c’est Eugène, le fils qui est parti laissant son père, Valette, à ses rancœurs et à sa rage: une main atrophiée lors d’un accident l’empêche d’accomplir son devoir et d’accompagner les autres hommes. Même son frère, celui de la ville, a pris la route de la guerre. Il a envoyé Hélène et sa fille Anna se réfugier dans la ferme des Valette. L’arrivée des deux femmes va bouleverser l’ordre immuable de la vie dans ces montagnes.

Editions La Manufacture de Livres – Septembre 2018 – 426 pages

Ciao

6 réflexions sur “Glaise de Franck Bouysse

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