Quand tu es parti de Maggie O’Farrell

Résumé

QUAND TU ES PARTI IG.jpgHospitalisée dans un coma profond, Alice se souvient : de l’amour fou avec John, un journaliste, fils d’un juif intégriste qui l’a renié ; de l’étrange enfant, puis de l’adolescente fragile et rebelle qu’elle a été ; de l’affection de sa grand-mère Elspeth et des heurts avec sa mère, Ann, beauté froide et énigmatique. Et tandis que toute la famille guette le moindre signe d’espoir, la genèse du drame affleure…

Ma lecture

J’ai découvert Maggie O’Farrell avec L’étrange disparition d’Esmée Lennox et Cette main qui a pris la mienne et dès que j’en ai l’occasion je continue à découvrir ses romans, toujours orientés sur les liens familiaux, les secrets, les non-dits et l’amour.

Un corps immobile, plongé dans le coma on pourrait penser qu’il a peu à nous dire …. Et pourtant derrière ces yeux clos Alice est là, elle sent, elle pense et se raconte. Le prologue sert d’amorce : son dernier jour, ses dernières rencontres et l’accident et d’ailleurs s’agit-il d’un accident ou a-t-elle voulu mettre fin à ses jours…..

Comme à son habitude l’auteure ne prend pas de détours pour nous plonger dans l’histoire : une femme, Alice, retrouve ses sœurs à Londres, elle s’éclipse quelques minutes et revient pour  annoncer qu’elle repart à Edimbourg et puis il y a l’accident. Dès les premières phrases on entre dans l’histoire, à la manière d’une photographie prise sur le vif, le corps et les pensées sont là, les sensations aussi….

Le jour où elle allait essayer de se tuer, elle s’aperçût que l’hiver revenait. Elle était couchée en chien de fusil : elle avait poussé un soupir et la chaleur de son haleine avait projeté de la buée dans l’air froid de la chambre. Elle expulsa une fois encore l’air de ses poumons et observa. Une vois, deux fois. Puis elle rejeta violemment les couvertures et se leva. Alice détestait l’hiver. (incipit du prologue p 11)

Comment ne pas trouver habile la construction de ce récit en offrant la possibilité à celle qui n’est présente que par un corps de lui donner la parole, elle dont l’esprit demeuré en éveil, écoute, observe, se souvient. On se sait rien du ressenti des personnes dans cet état et pourquoi pas finalement imaginer qu’ils parcourent un chemin intérieur accompagné par ceux qui les entourent.

En y mêlant les voix d’Ann, sa mère, avec qui elle a des relations assez conflictuelles mais aussi Elspeth, sa grand-mère paternelle, récemment décédée mais dont elle était très proche, l’auteure en fait un récit choral très féminin où les différents points de vue s’affrontent, s’entrechoquent, chacune détenant certaines clés. D’autres femmes, d’autres ressentis, d’autres époques, d’autres vies…..

Certes Maggie O’Farrell alterne les narratrices mais aussi les époques et c’est tout un ballet qui se met en place pour démêler les fils de la vie d’Alice, de son amour fou pour John, un juif qui va choisir de couper les liens avec son père intégriste pour l’amour d’Alice, mais aussi des zones d’ombre de sa mère qui pourraient expliquer bien des comportements.

L’auteure aborde de nombreux thèmes : les liens familiaux, les non-dits et secrets (ce qui ajoute bien sûr du piquant), le deuil, l’intolérance,  l’amour mais aussi les questionnements quand un proche est plongé dans le coma, nous entend-il ou est-il, quelle décision prendre à son sujet….

J’aime l’écriture fluide de cette auteure, je n’ai eu aucun mal à me situer par rapport aux différentes narratrices et temporalités grâce aux subtils détails que Maggie O’Farrell instillent pour identifier la voix et pourtant elle n’hésite pas à sauter de l’une à l’autre, de nombreuses fois, parfois par de très courtes interventions, mais qui éclairent sur le passé de chacune, levant peu à peu le voile.

J’ai voyagé entre Ecosse et Angleterre, au rythme d’un récit très féminin, sensuel parfois mais toujours très délicat. Maggie O’Farrell maîtrise totalement son récit, faisant d’Alice malgré le silence dans lequel elle est plongée, une voix passionnée, fougueuse, explorant les sentiments qui la parcourent, remontant le fil du temps pour trouver la paix.

Maggie O’Farrell à travers les thèmes récurrents de la famille, du deuil, des secrets le plus souvent autour d’un personnage féminin, réussit la performance de me captiver à chaque fois, le même univers mais toujours une nouvelle histoire, en faisant la part belle aux sentiments et émotions. C’est une écriture vive, descriptive mais sans lourdeur, avec une construction maîtrisée et quelques effets page-turner qui vous pousse à continuer toujours un peu plus la lecture.

Maggie O’Farrell avec ce premier roman explorait ce qui allait devenir son univers littéraire : les liens familiaux, l’amour et le deuil, situant ses actions entre les deux pays qui lui sont chers : l’Angleterre et l’Ecosse mais avec la fougue de ses origines irlandaises.

Même si l’Etrange disparition d’Esmée Lennox reste mon roman préféré pour l’instant, j’ai passé un délicieux moment de lecture avec cette auteure à la plume délicate et dont je n’ai pas encore lu le dernier roman I am, I am qui a remporté un joli succès récemment.

Traduction de Marianne Véron

Editions France Loisirs – Juillet 2001 – 413 pages

Ciao

2 réflexions sur “Quand tu es parti de Maggie O’Farrell

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