Après la fête de Lola Nicolle

APRES LA FETEDans le Paris d’aujourd’hui, Raphaëlle et Antoine s’aiment, se séparent, se retrouvent… pour mieux se séparer et s’engouffrer dans l’âge adulte. En quête de sens, ils ont du mal à trouver leurs repères.

Arpentant les rues du quartier de Château-Rouge, Lola Nicolle nous plonge dans le Paris d’aujourd’hui.
Après la fête raconte les ruptures qui font basculer dans l’âge adulte. Il y a d’abord celle – universelle – entre deux êtres, quand Raphaëlle et Antoine se séparent. Puis celle qui survient avec l’entrée dans le monde du travail, lorsque la réalité vient peu à peu éteindre les illusions et les aspirations de la jeunesse. Comment l’écart peut-il être aussi grand entre le métier que Raphaëlle a rêvé et le quotidien qu’on lui propose ? Comment se fait-il que l’origine sociale vienne alors se faire entendre avec force et puissance ? Comment faire pour que la vie, toujours, reste une fête ?

Ma lecture

Il y  des romans (et il s’agit ici d’un premier roman) dont l’écriture vous transporte et ce fut le cas pour Après la fête de Lola Nicole.

Peut-être parce que je suis parisienne de naissance, peut-être parce que j’ai parcouru et retrouvé les rues, quartiers et ambiances de la capitale, peut-être parce que, même s’il est très marqué par la génération actuelle des trentenaires, ceux dont les études parfois longues ne débouchent pas forcément sur un emploi, par la course à l’indépendance mais sans les moyens pour y faire face, par le désir de réussite, par les clivages sociétaux je m’y suis reconnue, oui peut-être pour toutes ces raisons j’ai aimé ce roman.

Mais le premier argument c’est la découverte d’une écriture, fine, belle, douce et poétique avec laquelle Lola Nicolle nous raconte la fin d’une histoire mais aussi la fin des illusions. C’est un état des lieux ;  après l’amour,  les études, les fêtes, les espoirs vient le temps du regard en arrière, le temps du bilan. Raphaëlle, issue de la petite bourgeoisie parisienne, s’adresse à celui qu’elle vient de quitter, Antoine, pour la deuxième fois. Elle se plonge dans ses souvenirs, lui confie sa vision de leur histoire commune et nous invite à entrer dans la confidence.

Du temps de leur amour ils ne voyaient pas les barrières qui risquaient de les séparer, de les différencier : lui vient de l’autre côté du périphérique et n’a qu’un seul but : franchir tous les obstacles qui le mèneront à  la reconnaissance de son travail et devenir Parisien, comme un graal à atteindre, lui qui ne peut compter que sur lui. Elle, elle est dans une suite logique de réussites, un parcours idéal sans obstacles et même s’ils surgissent elle a sa famille, sa roue de secours. Pour elle la vie est une fête pour lui la vie est un combat…

Une banale histoire d’amour qui finit mal comme beaucoup d’histoire d’amour allez-vous me dire ? Oui et non car il s’agit ici d’évoquer d’abord Paris, ville de tous les espoirs, Paris et ses codes, ses quartiers, la vie que l’on y mène quand on est jeune, que l’on croit en l’avenir, que tout vous est permis parce que vous n’avez pas encore été confronté à la réalité.

Mais j’avais la pensée verte. le temps n’a de cesse de polir les idéaux, de les dissoudre placidement dans son cours, de couper discrètement l’herbe sous le pied de la jeunesse. Et la réalité de reprendre sa marche. (p110)

C’est ce qui va arriver à Antoine, une fois le diplôme en poche, pour lui rien n’est simple alors que pour Raphaëlle toutes les portes s’ouvrent sans difficulté, parce que pour elle la vie coule comme un long fleuve tranquille jusqu’au jour où elle ne reconnaît plus l’Antoine qu’elle aime, parce que non seulement il sombre mais surtout il a face à lui l’image d’une réussite qu’il peine à atteindre.

C’est dans l’adversité que l’on se révèle et c’est ce que montre excellemment bien Lola Nicolle dans ce court roman, après l’euphorie vient le temps du quotidien, des frustrations voire des jalousies, où ce que l’on a tant aimé devient insupportable.

Tout en pudeur et retenue, l’auteure dissèque le couple, les gestes du quotidien, les mille et une petites choses qui font que l’on s’aime et qu’un jour on se quitte. Ni tout à fait un autre mais plus tout à fait le même. La distance s’installe : rien à se reprocher, c’est simplement les écueils du passage à l’âge des responsabilités qui vous transforment.

Toujours, on se dit qu’ils auraient pu durer, ces instants-là, appartenir à la majorité. Qu’ils n’éclatent plus au hasard, qu’ils soient domestiqués, prêts à être convoqués lorsque je m’ombrais et que tu trébuchais. (p130)

Une prose poétique qui surfe sur les textes d’une bande originale des groupes NTM, IAM mais aussi Juliette Gréco ou Baudelaire. Un petit bémol : l’utilisation de métaphores assez nombreuses, parfois inutiles et qui alourdissent un peu la narration.

J’ai flâné dans les rues de Paris, respirer ses odeurs, écouter ses bruits, retrouver tout ce qui fait son charme mais aussi sa rudesse car c’est une ville belle, cosmopolite mais qui peut également vous broyer.

Oui les lendemains de fête sont parfois difficiles, viennent parfois ensuite la gueule de bois, le désenchantement, le retour aux réalités. Que faisons-nous de nos rêves, de nos espoirs, de nos bonheurs quand la vie vous impose sa loi et que l’amour fait ses valises ?

Car si l’avenir lointain ne semblait rien vouloir promettre, le refuge du passé nous accueillait les bras ouverts, nous rappelant à lui comme pour nous consoler d’une angoisse qui pesait discrètement sur notre conscience. Et si tout s’effondrait ? (p46)

Merci à Lola Nicolle pour avoir avec autant de finesse et de délicatesse parlé d’un amour qui n’est plus, sans violence, sans haine, simplement une flamme qui s’éteint.

Auteure à suivre……

Jamais tu n’arrêtais de lire. Tu achetais les livres par cinq, dix, de poche et d’occasion, chez les revendeurs qui bordaient le boulevard. Lorsque nous croisions une librairie, c’était plus fort que toi ; tu entrais, embrassais du regard l’ensemble des rayonnages. Tu aurais aimé avoir tout lu. Tu imaginais tout ce que tu avais à rattraper, les textes merveilleux manqués. Ceux dont tu ignorais l’auteur, le titre, l’existence. (p57)

Editions Les Escales – Août 2019 – 154 pages

Ciao

4 réflexions sur “Après la fête de Lola Nicolle

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