Par les routes de Sylvain Prudhomme

PAR LES ROUTES«J’ai retrouvé l’autostoppeur dans une petite ville du sud-est de la France, après des années sans penser à lui. Je l’ai retrouvé amoureux, installé, devenu père. Je me suis rappelé tout ce qui m’avait décidé, autrefois, à lui demander de sortir de ma vie. J’ai frappé à sa porte. J’ai rencontré Marie.»

Avec Par les routes, Sylvain Prudhomme raconte la force de l’amitié et du désir, le vertige devant la multitude des existences possibles.

Ma lecture

Sylvain Prudhomme nous emmène sur les routes enfin je devrais plutôt dire sur Sa route, celle qu’il fait prendre à son narrateur, Sacha, la quarantaine qui décide de tout plaquer pour s’installer à V., où vit celui qui ne sera nommé que par « l’Autostoppeur » qu’il a connu au détour d’un voyage et qu’il a perdu de vue depuis près de 20 ans.

Qu’est-il devenu ? Comment vit-il ? Qu’a-t-il fait de sa vie quand lui-même est à un carrefour et que la route à prendre est assez obscure. Tous les oppose et pourtant…..

Il va découvrir un homme marié à Marie, traductrice, avec un enfant Agustin 9 ans, qui vit de petits chantiers ici ou là, est son propre patron ce qui lui permet de se lancer régulièrement (et comme par le passé) sur les routes à la rencontre des autres, de partager à la fois un bout de chemin mais aussi un bout de vie.

Sacha va se rendre compte du vide de sa vie , à l’opposé de son Autostoppeur, sorte de doux bohème qui ne pense qu’à prendre la poudre d’escampette, malgré sa femme et son fils, à aller plus loin, aller vers les autres, associant idées et parcours, jusqu’à se fondre et parfois disparaître dans le décor.

Sacha va peu à peu s’immiscer dans cette famille et surtout se rapprocher de Marie, lasse des départs de l’Autostoppeur mais sans pour autant l’obliger à revenir au foyer. Chacun va prendre une route, sa route pour trouver sa place et sa vie…..

C’est un roman dans lequel on voyage, c’est un parcours initiatique à la recherche du bonheur pour chacun. Sacha va découvrir les charmes d’une vie de famille et suivre l’Atostoppeur au rythme des polaroïds que celui-ci envoie, comme des petits cailloux blancs sur les chemins qu’il emprunte.

Sylvain Prudhomme est un as en géographie française, une sorte de Pierre Bonte des villes et villages, écrivant une carte routière à la main afin de dresser le parcours des idées et pensées de cet Autostoppeur, philosophe des routes et autoroutes, connaissant tous les recoins du territoire, dressant une carte balisée qui mènera Sacha à comprendre et à remettre toute sa philosophie de vie en question en s’ouvrant aux autres et en découvrant le sens du partage.

Avec une écriture douce, posée, l’auteur nous convie à un voyage dans lequel les paysages et personnages rencontrés participent à sa réussite mais aussi à la confrontation des deux anciens co-voyageurs, leurs deux univers;

J’aime et redoute à la fois l’idée qu’il existe une ligne d’ombre. Une frontière invisible qu’on passe, vers le milieu de la vie, au-delà de laquelle on ne devient plus : simplement on est. Fini les promesses. Fini les spéculations sur ce qu’on osera ou n’osera pas demain. (…) La moitié de notre existence est là, en arrière, déroulée, racontant qui nous sommes, qui nous avons été jusqu’à présent, ce que nous avons été capables de risquer ou non, ce qui nous a peinés, ce qui nous a réjouis. (p4)

Et si l’Autostoppeur n’était finalement que le double de Sacha, celui qu’il n’a pas osé être, qu’il ne s’est pas permis d’être, celui au manteau bleu, comme l’évoque l’auteur, dans une chanson de Léonard Cohen, l’homme de sa jeunesse :

Je me jure que s’il revient j’aurai la même élégance. Dans la chanson de Cohen la guitare est calme, les mots sont simples. Certains biographies disent que l’ami au fameux manteaux bleu existe, qu’il a vraiment eu une histoire d’amour avec Jane. D’autres pensent qu’il n’est qu’un double de Cohen, une figure de sa jeunesse, de ses années de vagabond. Que du début à la fin le chanteur ne s’adresse qu’à lui-même. A l’home qu’il n’est plus et qu’il revoit avec un mélange de tendresse et de défi. Ceux-là disent que l’homme au manteau bleu et Cohen n’ont jamais fait qu’un. (p205)

(je vous mets la chanson ici) :

Oser sans jamais avoir oser, faire le premier pas, aller vers l’autre, vers les autres, vivre à travers les autres, trouver ce que l’on a toujours cherché sans espérer un jour le trouver.

Une bien jolie balade dans laquelle chacun peut retrouver un bout de son itinéraire, de sa propre carte routière, au hasard des chemins pris et des rencontres.

J’aurai pu assister à une rencontre mercredi à La Roche sur Yon mais une erreur de manipulation informatique m’en empêche et il ne reste plus de place. Je me console en me disant qu’il y aura foule à l’écouter parler de son voyage littéraire …..

Editions L’Arbalète/Gallimard – Août 2019 – 217 pages

Ciao

5 réflexions sur “Par les routes de Sylvain Prudhomme

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