La douce indifférence du monde de Peter Stamm

LA DOUCE INDIFFERENCE DU MONDE

Un homme donne rendez-vous à une femme prénommée Lena dans le grand cimetière de Stockholm. Cette femme est une inconnue, mais elle rappelle intensément au narrateur la jeune femme dont il a été très amoureux il y a une vingtaine d’années. Cette dernière s’appelait Magdalena, était comédienne, elle aussi avait joué Strindberg. Après leur rupture, le narrateur a écrit un livre sur les trois années qu’ils ont vécues ensemble et il veut en donner les détails à l’inconnue de Stockholm.
Ce récit de Peter Stamm ciselé en 37 petits chapitres, dont le titre rappelle « la tendre indifférence du monde » évoquée par Albert Camus à la fin de L’Etranger, est d’une vertigineuse intelligence.

Ma lecture

Ce roman n’aurait jamais dû croiser ma route et c’est grâce aux réseaux sociaux que j’ai eu envie de le lire. En plus je connais peu la littérature suisse donc je le commande à la bibliothèque et me voilà partie dans une drôle d’aventure.

Dans le premier chapitre le narrateur, Christoph, un vieillard, évoque la présence chaque nuit de la femme qu’il a aimée, Magdalena, dans sa chambre, comme un fantôme. Un matin à l’aube elle lui fait signe de le suivre, peut-être le signal d’une fin prochaine. D’ailleurs le rendez-vous est fixé au cimetière et à partir de là il faut accepter de l’écouter, de ne pas chercher à tout comprendre, cela viendra plus tard, pour l’instant il faut juste être Lena, celle à qui il s’adresse.

C’est un bien étrange récit dans la construction. On entre dans sa vie par sa vieillesse, puis il revient sur son histoire d’amour pour finir par un souvenir de jeunesse, insignifiant au premier abord et si prémonitoire :

Et tandis que je rentre à la maison, je m’imagine finir comme lui, sans plus aucune attache pour échapper à la vie, sans laisser la moindre trace. (…) Je pense à ma vie qui n’est pas encore advenue, images floues, personnages en contre-jour, voix lointaines.(p141)

Un récit testamentaire, avant de disparaitre, d’un amour sublimé. Réalité et imaginaire se confondent, se mêlent. Christoph est écrivain et il joue avec les époques et les personnages, brouillent les pistes mais pourtant sans jamais nous perdre, nous enveloppant dans une ambiance mélancolique grâce à une écriture enveloppante.

Le livre que j’avais écrit à l’époque ne racontait pas vraiment l’histoire de Magdalena et de moi.(…)La Magdalena fictive avec recouvert la Magdalena réelle comme un masque recouvre un visage. C’était de ça que parlait le livre, des images que nous nous faisons les uns des autres, du pouvoir que ces images ont sur nous. (p97)

C’est le genre de roman pour lequel autant de lecteurs, autant d’interprétations. On pourrait penser que l’on est perdu entre les différentes identités, mais il n’en est rien car il y a une maîtrise parfaite. C’est un récit d’atmosphère, c’est magnifiquement écrit, c’est léger, vaporeux et à la fois étrange et au bord de la folie, mais l’auteur seul sait ce qui l’anime, son but.

Vous ne vous y retrouvez pas….. Lisez La douce indifférence du monde de Peter Stamm et laissez le charme agir. Faites-vous votre propre histoire. Vous allez savourer l’écriture, la construction, tous les thèmes abordés : l’amour bien sûr mais aussi le poids des souvenirs, ce qu’il en reste, leur transformation parfois, le temps qui passe et ce qu’il laisse en nous etc….

Je ne veux pas savoir ce que me réserve l’avenir, mais j’aime l’idée qu’il est déjà écrit, que tout ce qui m’arrive est déjà arrivé à quelqu’un, que tout cela a un rapport et un sens. Comme si ma vie était une histoire. Je crois que c’est ça que j’ai toujours aimé dans les livres. Le fait qu’ils sont irrévocables. On n’est pas du tout  obligés de les lire. Il suffit de les posséder, de les prendre dans ses mains et de savoir qu’ils resteront toujours tels qu’ils sont. (p107)

Il m’est bien difficile de vous dire pourquoi je l’ai aimé, c’est un livre presque inracontable, beau dans son étrangeté, sa teneur et son style.

Pour ceux qui aiment découvrir de nouveaux horizons de littérature, des univers jamais abordés et dont on parcourt les chemins sans trop savoir où ils vont nous mener mais dont on revient ébloui.

Traduction de Pierre Deshusses

Editions Christian Bourgeois – Août 2018 – 142 pages

Ciao

Une réflexion sur “La douce indifférence du monde de Peter Stamm

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.