Le chant du monde de Jean Giono

 Résumé

À l’automne, Matelot, vieux bûcheron père du « besson » (jumeau dont le frère est mort en bas âge), et Antonio le pêcheur remontent de chaque côté du fleuve à la recherche du fils disparu pendant l’été et apprennent le nœud de l’histoire : l’enlèvement par le besson de Gina, la fille de Maudru, maître du haut pays et des troupeaux de taureaux

Ma lecture

Le chant du monde, le chant de la nature, une ôde au végétal où l’homme se trouve imprégner, immerger dans sa quête humaine…… Ici et je crois que c’est le cas dans tous les romans de cet auteur, la nature tient le premier plan. C’est finalement elle qui donne le rythme et le ton au récit.

Deux hommes partent pour retrouver le fils de l’un d’entre eux, ils ont en commun le fleuve sur lequel ils naviguent ou pêchent. Les deux hommes, taiseux, l’un âgé, Matelot, l’autre plus jeune, Antonio, vigoureux et à sa manière beau-parleur d’où son surnom de « Bouche d’Or », vont se lancer dans un voyage à la recherche de Danis, le besson (jumeau), seul fils survivant de Matelot, qui a disparu alors qu’il devait convoyer du bois sur le fleuve lors du dernier été.

C’est une sorte de voyage révélateur et initiatique des deux hommes que nous conte Jean Giono, mais aussi et surtout un chant d’amour de la nature et des saisons. De l’automne au printemps, l’auteur s’en fait le chantre à travers les paysages traversés par les deux hommes mais aussi d’une épopée où les rencontres vont se succéder et bouleverser leurs vies.

Il y aura les rencontres positives :  Clara, jeune femme aveugle découverte en forêt en train d’accoucher et qui va bouleverser Antonio, il y aura Toussaint le nain difforme aux pouvoirs de guérison, allié et protecteur et puis il y aura ceux qui représentent le mal, la violence : Maudru et ses bouviers, éleveurs de taureaux (double représentation de la force) représentant la puissance, la force, Maudru qui ne peut supporter que le besson enlève Gina, sa fille alors qu’elle était promise à un autre homme de sa famille.

C’est avec une écriture d’une grande richesse et lyrique, avec mille détails qui plantent le décor, installant une bande de sonore, olfactive et parfois sensuelle du monde environnant, où l’homme apparaît finalement comme bien humble durant les trois saisons que durera le voyage.

C’était le grand désordre de printemps. Les forêts de sapins faisaient des nuages à pleins arbres. Les clairières fumaient comme des tas de cendres. La vapeur montait à travers les palmes des feuillages ; elle émergeait de la forêt comme la fumée d’un feu de campement. Elle se balançait et, au-dessous de la forêt, mille fumées pareilles se balançaient comme mille feux de campement, comme si tous les nomades du monde campaient dans les bois. C’était seulement le printemps qui sortait de la terre. (p259)

Les caractères de chacun des personnages se révèlent peu à peu car dans cet environnement rural on ne s’épanche pas, c’est plus par les actes que les hommes apparaissent et en particulier Clara se fera l’initiatrice de ce que les autres ne voient pas ou plus et qu’elle a découvert avec ses autres sens.

Je me demande, dit Clara, ce que ça peut être ce que vous dites : voir ! puisque, chaque fois, ça vous trompe.(p270)

C’est également une histoire  de vengeance, de combat, de justice, des plus faibles contre les puissants, de rivalité amoureuse qui finira dans le sang et la destruction. Comment ne pas y retrouver la trame de nombreux récits où chacun défend son droit, sa possession et où le personnage de Toussaint le guérisseur apporte bonté, sagesse.

C’est une écriture très imagée, vous partagez avec les personnages les sentiers, les bords du fleuve, vous gravissez les montagnes, vous subissez les assauts de la nature, de ses habitants, vous humez les odeurs de la terre, des plantes, vous découvrez avec eux la beauté et la richesse du monde à qui sait la regarder, l’écouter, la sentir. 

A lire quand on a besoin de se déconnecter du quotidien, de la ville, pour retrouver des sensations champêtres, pour réapprendre à regarder, à écouter Le chant du monde …..

Editions Folio – Septembre 2007 (Gallimard 1934)  – 282 pages

Ciao

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