Deux sœurs de Elizabeth Harrower

œDEUX SOEURS

Abandonnées à leur sort après la disparition de leur père, les sœurs Vaizey voient l’arrivée de Felix Shaw dans leur vie comme un miracle. Il épouse l’aînée, Laura, et propose à la plus jeune, Clare, de vivre avec eux dans une superbe maison à Sydney. Mais le prétendu bienfaiteur révèle au fil du temps un autre visage, bien plus terrifiant.

 

Ma lecture

Ne vous fiez pas à la couverture…… Ce récit est bien loin de ce que celle-ci laisse supposer. Nous n’entrons pas dans un roman du style « intrigues dans la bourgeoisie ou dans l’aristocratie » mais dans un roman psychologique. Il est indiqué qu’il s’inscrit dans la lignée de ceux de Daphné du Maurier….. Oui peut-être mais il n’y a pas, comme chez la célèbre écrivaine anglaise, le côté mystérieux, étrange et presque thriller.

Je vous présente les deux sœurs Vaizey : elles vivent à Sidney et n’ont vraiment pas de chance….. Elles perdent leur père et leur mère ne leur porte aucun intérêt et n’a même qu’une seule idée : s’en débarrasser et c’est d’ailleurs ce qu’elle va faire en partant vivre en Angleterre. Et c’est pas fini :  Laura va se marier à un homme, Felix, de plus de 20 ans son aîné, non par amour mais pas sécurité et Clare, sa sœur cadette va s’installer dans la maison du couple sur la demande insistante du mari. Très vite on comprend que les deux héroïnes sont manipulées par cet homme, une sorte de pervers égoïste, alcoolique à ses heures, avare, grossier, bi-polaire à sa manière, alternant cajoleries intéressées et violences brutales et dans le genre malsain, le Félix Shaw se pose là….

L’action se déroule en partie durant la deuxième guerre mondiale et il faut reconnaître à l’auteure une très bonne dissection du comportement des personnages : l’emprise d’un homme sur son épouse et qui, à force d’arguments et de miroirs aux alouettes va pousser la plus jeune, Clare, à arrêter ses études et fait de ses deux jeunes femmes des sortes « d’esclaves » domestiques, travaillant pour lui dans les différentes entreprises qu’il achète et revend aux gré de ses humeurs. Usant de largesses pour tenter d’acquérir un cercle d’amis qui, très vite, profitent de sa naïveté et de son orgueil pour faire des affaires pour ensuite l’ignorer, Félix va déverser sur son épouse et sa sœur sa rancœur,  lâche qu’il est.

Clare sera la plus rapide à ressentir l’ambiance malsaine de cet homme, à vouloir s’éloigner mais Laura,  persuadera celle-ci à rester, lui faisant à chaque fois miroiter un changement de comportement de son mari, ayant la crainte de se retrouver seule face à lui, devenant à son tour manipulatrice.

On peut être agacé par l’attitude des deux jeunes femmes, par leur naïveté mais je pense qu’il faut remettre le roman dans le contexte de l’époque, par la jeunesse des deux jeunes femmes (18 ans pour Laura quand elle se marie, 14 ans pour Clare) et également par le sentiment d’urgence, d’abandon dans lequel elles se trouvent à la mort de leur père et du manque d’intérêt de leur mère.

Elizabeth Harrower décortique méticuleusement les comportements de Félix et l’emprise que cet homme étend dans sa maison, régnant en maître absolu, faisant la pluie et parfois le beau temps, au gré de ses affaires, humeurs, rentrées d’argent ou périodes d’avarice. Elle fait de Laura une femme totalement soumise, craintive des réactions de son époux et de Clare, une jeune fille plus rebelle mais partagée entre son désir de fuir et son attachement à sa sœur,  se trouvant prise au piège entre sentiments et volonté.

Autant il y a une progression dans la folie de Felix, dans le troublant attachement qu’il a envers Clare (on se pose d’ailleurs la question sur la vraie nature de celui-ci), autant l’attitude des deux femmes reste assez passive mais on sait l’emprise que peut avoir ce genre de personnage sur son entourage.

Ce roman paru en 1966 traite d’un sujet toujours d’actualité, de femmes soumises, sous influence et même si j’ai apprécié l’écriture j’ai trouvé que le récit comportait des longueurs, des répétitions de situations mais peut-être dues à la passivité des deux femmes, acceptant toutes les humiliations sans révolte. J’ai eu envie de les secouer, de les pousser à partir d’autant qu’elles sont deux et très unies. Mais comme je l’ai dit il faut tout remettre dans le contexte de l’époque, en temps de guerre. Je m’attendais également à un final plus surprenant du fait de la tension qui montait, justement à la manière d’un Daphné du Maurier, une petite déception…..

Mais c’est une lecture qui se fait avec nos esprits de femmes libres, ayant acquis leur indépendance et ayant tiré les leçons du passé. Remettons tout cela dans son contexte  et cela en fait malgré tout un roman psychologique assez bien vu et transcrit sur les processus comportementaux d’un esprit malade et de ses victimes.

Traduction de Paule Guivarch

Editions Rivages poche – Avril 2017 – 318 pages 

(1ère parution 1966)

Ciao

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