Des gens ordinaires (Ordinary people) de Diana Evans

ORDINARY PEOPLEVoilà treize ans qu’ils sont ensemble. Pourquoi le pronom « je » a-t-il disparu, corps et  âme, de la langue de leurs couples ? Quand les bras grands ouverts de la maternité se sont-ils refermés comme les dents d’un piège ?

A Londres, dans une ville amoureusement parcourue et habitée, de l’élection de Barak Obama à la mort de Mickaël Jackson, deux couples se débattent avec leurs histoires, le travail, la quarantaine, les illusions perdues et leur statut d’émigrés de la deuxième génération devenus parent à leur tour. Ils ont ru à l’intégration, voilà qu’ils se désintègrent. Là-haut, sur sa colline de la rive sud, le phare du Crystal Palace veille sur eux. Doit-on, comme lui, accepter de voir les facettes et les façades de la vie tomber en mille morceaux pour qu’elle soit rebâtie ailleurs, en trois fois plus grand ?

Ma lecture

Combien de temps vas-tu continuer à vivre ta vie comme si tu te balançais en équilibre sur un fil ? 

C’est la question qui obsède Damien et qui tient en 20 mots mais qui pourrait résumer la situation de deux couples, après plus d’une dizaine d’années de vie commune…..

Des gens ordinaires, rien que des gens ordinaires, voilà ce que Diana Evans nous propose d’observer dans ce roman. Des couples ordinaires comme il en existe tant. Ne prenez pas ce livre en croyant vivre des moments palpitants, pas d’actions, ni de rebondissements et pourtant quel beau roman, quelle écriture, quel sens de l’analyse du couple, de ses délitements au fil du temps, certains appelleraient cela l’usure. La vie, le travail, les enfants, les charges, la maison, la famille, les deuils, tout ce qui fait la vie ordinaire des gens ordinaires pour en faire un récit extraordinaire d’analyse et de justesse grâce à une écriture, un style qui vous fait pénétrer dans l’intimité de ces gens ordinaires de la meilleure des façons.

Deux couples d’amis, proches de la quarantaine, Michael et Melissa et Damian et Stéphanie. L’un, M&M, vit dans le sud de Londres, au 13 Paradise Row, près du Crystal Park Palace où ils ont acheté une maison qu’ils ont pensé être la maison du bonheur : 13, Paradis, sud de Londres, où tout concourait à un avenir radieux mais qui va devenir le théâtre d’étranges manifestations. L’autre, D&S, vit à Dorking, à une quarantaine de kilomètres au sud de Londres. Deux options de lieux de vie : la capitale, la banlieue mais cela change-t-il quelque chose ?

De novembre 2008 à Juin 2009, deux dates repères pour les deux couples, l’élection de Barack Obama et la mort de Mickaël Jackson, nous suivons la lente désintégration de leurs couples, sans violence, sans raison, simplement la vie. Tout ce qui constituait leur bonheur depuis plus de treize ans, va peu à peu changer leurs rapports : le logement, le travail, les enfants, le quotidien qui, peu à peu, si vous n’y prenez garde, transforme et renvoie une image différente de celle que vous avez été et que l’autre ne reconnait plus. Chaque couple va tenter de garder le cap, cela va tanguer, parfois sombrer, frôler parfois les crises de folie mais ce sont huit mois de la vie de deux couples comme il en existe des milliers mais l’auteure en fait les porte-paroles des attentes, des déceptions de chaque sexe.

Lorsqu’elle poussa la porte du Paradis, elle devint la femme qui vivait à l’intérieur, quittant celle qui avait vécu à l’extérieur, parce que l’embrasure de la porte était trop étroite pour qu’elles puissent la franchir ensemble, et le couloir trop étroit pour que deux personnes puissent marcher côte à côte. (p333)

Dès les premières lignes, les premières pages j’ai aimé l’écriture, le regard porté sur les personnages, leurs pensées. C’est tellement cela, c’est tellement vrai mais surtout tellement bien écrit : la vie, le couple car Diana Evans y met sa touche personnelle, sa poésie, sa douceur. Ce qui pourrait devenir ennuyeux devient passionnant car tellement bien observé, compris. C’est fin, délicat, juste c’est à la fois une étude psychologique et une étude sociétale de gens que rien ne distingue des autres.

De nombreuses références de l’époque qu’elles soient musicales en particulier avec l’évocation, entre autres,  de Michael Jackson et Barack Obama qui ont représenté pour eux un espoir, le début et la fin d’une avancée de par couleur de peau qu’ils ont en commun.

Michael Jackson comprenait la nature du mal, son omniprésence. Il savait qu’à force de vivre à son côté, nous en venons à lui emprunter son manteau, à le reconnaître au fond de nous. Il savait qu’il était habité par un démon et que ce démon lui donnait la délicieuse énergie si émouvante, qui jaillissait de lui lorsqu’il chantait, lorsqu’il dansait. La musique le définissait tout entier. Elle le submergeait. (p325-326)

L’auteure confronte les attitudes de chacun : masculin et féminin, leurs attentes car chaque sexe ne suit pas toujours le même chemin, ne voit la vie de la même manière et n’a les mêmes aspirations, avec des préoccupations ou des ambitions différentes.

Le récit est principalement axé sur le couple que forme Michael et Mélissa, ils sont beaux et sensuels, ils s’aiment, mais désormais ils ont des difficultés à se reconnaître, à se comprendre, à se désirer parfois, à s’écouter et même à se voir lorsque la vie les embarque, quand les urgences ne sont plus les mêmes, quand il faut gérer le quotidien et s’oublier. Qu’est devenu celui ou celle pour qui le cœur à chavirer ? S’aime-t-on encore et qu’est-ce l’amour finalement ?

Ils se réfugièrent dans le havre de leurs corps unis l’un à l’autre, jusqu’à ce qu’elle danse et tourbillonne dans sa propre rivière, et cette fois, quand elle approcha du sommet, elle ne retomba pas, mais franchit le pic et bascula de l’autre côté, du bon côté. Cette fois l’ascension ne lui procura pas un sentiment d’effacement de soi, mais d’addition, un sentiment de plénitude et d’accomplissement. (p277)

C’est une écriture envoûtante, douce, qui fait de la « banalité » du quotidien un récit où chacun peut se retrouver, un roman équilibré, sans temps mort, une chronique des relations humaines en évoquant également, et de façon très subtile, par petites touches, mais avec une imprégnation forte, la condition féminine, partagées qu’elles sont entre femme, mère, amante.

….. » Maintenant je comprends pourquoi les hommes aiment le football : c’est une métaphore de l’acte sexuel. Il s’agit d’essayer de marquer en évitant les obstacles qu’on rencontre en chemin. C’est une partie de pénis, en fait ! (….)Le but du jeu, l’objectif ultime, c’est de faire rentrer le ballon dans la cage, non ? Plus sexuel que ça, je ne vois pas. Les buts, ce sont les femmes, le ballon, c’est le pénis. C’est limpide. J’aurais dû m’en apercevoir avant. Pas étonnant que les hommes se passionnent pour ce jeu !. » (p292)

Elles ont également chroniqué ce roman : Mes pages versicolores, Les élucubrations de Fleur, Antigone.

Traduction de Karine Guerre

Editions Globe – Septembre 2019 – 378 pages

Ciao

8 réflexions sur “Des gens ordinaires (Ordinary people) de Diana Evans

  1. Ravie (tu t’en doutes) de lire combien tu as aimé. Il a fait une entrée très discrète sur les blogs. Merci d’en parler si bien ! J’ai aimé moi aussi beaucoup cette écriture qui sait décrire les petites choses de la vie, les sensations et les sentiments.

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