América de T.C. Boyle

AMERICA TC BOYLEAmérica
Un soir, regagnant le lotissement où il réside, loin du centre de Los Angeles, Delaney manque d’écraser un passant.

C’est un « chicano », un Mexicain entré clandestinement en Californie, qui vit dans une misérable cabane avec América, sa femme.

Cet incident va mettre en contact deux mondes : une petite bourgeoisie évoluée, protégée, paisible, et les parias du Sud… Erreurs, drames et malentendus vont s’accumuler, la paranoïa s’installer.

À travers le face à face du lotissement et du canyon, de Delaney et de Candido, c’est l’Amérique moderne avec sa fracture sociale, ses peurs, ses dérives, qui est impitoyablement radiographiée, dans ce très grand roman couronné en France par le prix Médicis étranger 1997.

Qu’ils soient du Nord ou du Sud, les personnages ordinaires d’América ont en commun la peur au ventre et aussi le même rêve d’une terre promise. Mais lorsque la malchance s’acharne, tous redeviennent coyotes.

Ma lecture

Welcome in America !

Delaney et Candido n’auraient jamais dû se rencontrer et d’ailleurs leur rencontre est à l’image de leurs mondes : Delaney est au volant de sa voiture ACURA, dont la plaque d’immatriculation est PILGRIM (pèlerin : nom donné aux premiers colons), il vit avec sa famille dans un lotissement huppé près de Los Angelès, l’Arroyo Blanco, est écrivain et amoureux de la nature et des grands espaces (tiens tiens cela ressemble fortement à l’auteur dont j’ai vu une interview dans le cadre des Carnets de route de François Busnel). Le second a franchi la frontière du Mexique avec América, sa compagne enceinte, pour trouver travail et avenir dans la Grande Amérique. Il arpente la route qui mène au point de rassemblement des emplois précaires où l’on recrute ces hommes et ces femmes à tout faire.

Le choc de la rencontre va être à plusieurs niveaux : Delaney va percuter en voiture Candido et à partir de ce moment les deux destins sont liés. Il y a l’Amérique des nantis, ne cherchant qu’à vivre en ultra sécurité, redoutant l’autre, l’accablant et le rendant responsable de tous les maux et le monde des exclus, de ceux qui n’ont rien, qui cherchent un lieu pour enfin souffler et se construire un avenir.

Avec ce roman écrit en 1995 et encore tellement d’actualité, TC Boyle confronte deux univers aux préoccupations tellement éloignées. Pour certains il s’agit de leur confort, leur bien être, leur sécurité pour d’autre il s’agit de trouver un travail, de quoi manger, un toit à mettre au-dessus de sa tête. Alternant le quotidien de l’un et de l’autre, tellement éloignés qu’ils sont, il dresse un portrait sans concession d’une société américaine que j’ai trouvé, malgré les 25 ans qui nous séparent de sa sortie, d’autant plus d’actualité que la construction d’un mur entourant les résidences de l’Arroyo Blanco où vit Delaney n’est pas sans faire penser à la construction de murs frontières entre pays pour limiter l’immigration comme celui que veut Trump entre le Mexique et les USA;

América : l’Amérique mais aussi le prénom de la compagne de Candido, le bien nommé. Il croit, comme beaucoup, au rêve américain, avec sa compagne de 16 ans plus jeune, qui attend leur premier enfant. Il y croit, presque jusqu’au bout alors qu’América va très vite comprendre que le rêve est loin de la réalité.

Ils vont aller de désillusions en agressions, s’enfonçant de plus en plus dans la misère, l’exclusion,seuls, vivant de rien et dont un enchaînement d’événements dans lesquels ils vont tout perdre.

Delaney lui va être confrontés à ses propres contradictions, il tente de résister, fort de ses idées sur la famille, l’environnement, la société mais va peu à peu lui-même être envahi par les peurs de ceux qui l’entourent.

Comment ne pas penser à la phrase de JP Sartre : L’enfer c’est les autres……. On ne se remet pas en cause, on regarde l’autre avec suspicion, on se donne bonne conscience.

C’est un roman pamphlet sur l’Amérique moderne (mais cela pourrait se dérouler dans bien d’autres pays), construite grâce à l’immigration, car ils sont tous des immigrés à la base et pourtant ils ont peur. La deuxième partie axée sur les fêtes de Thanskgiving qui sont normalement un moment de remerciements en souvenir de l’aide apportée par les autochtones aux premiers migrants, est particulièrement représentative de la perte de mémoire d’un symbole.

La construction est faite dans un crescendo d’événements, suivant en parallèle les itinéraires et mésaventures des deux hommes, les enfonçant chacun de plus en plus soit dans les réalités de son pays qu’il refusait de voir jusqu’à maintenant et pour l’autre dans les réalités d’un pays qui va tout lui prendre.

J’ai parfois été gênée par l’écriture et plus particulièrement la construction de certaines phrases, mais c’est un roman fort, d’une grande lucidité et clairvoyance sur la société d’un pays, sur l’humain et qui posait dans de nombreux domaines les jalons de ce qui est en train de se passer que ce soit sur l’immigration, la nature, l’environnement et ses contradictions.

Si vous voulez en savoir plus sur cette plume de la littérature américaine, je vous invite à regarder cette vidéo. Concernant América et répondant à une question à son sujet qu' »il est fier d’avoir écrit un « classique » mais attristé par la situation qui perdure et même qu’elle se dégrade de nos jours »

Traduction de Robert Pépin

Prix Médicis Etranger 1997

Editions Le livre de poche –  (1ère parution 1995) Avril 2019  – 447 pages

Ciao

3 réflexions sur “América de T.C. Boyle

  1. Ce roman m’a marqué, je l’avais trouvé très fort, et profond. Et j’ai lu très récemment un titre israélien, dont la similitude avec le synopsis du roman de Boyle m’a frappé : un médecin percute, lors d’une virée dans le désert, un clandestin, qui meurt, et subit ensuite le chantage de la veuve…
    Si cela t’intéresse : https://bookin-ingannmic.blogspot.com/2020/01/reveiller-les-lions-ayelet-gundar-goshen.html

    Aimé par 1 personne

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