La malédiction Henderson de David Adams Richards

LA MALEDICTION HENDERSON IGLe Nouveau-Brunswick, dans les années 1960. Roy Henderson, qui subvenait péniblement aux besoins des siens, perd son emploi : et sombre dans la déchéance avant de mourir lamentablement en prison. Son fils Sydney doit assurer la relève et prendre ses responsabilités familiales. Mais Sydney reste terriblement marqué par un épisode de son adolescence : à la suite d’un jeu risqué, il a provoqué et assisté à la chute vertigineuse du toit d’une église de son camarade Connie Devlin. Pétri de culpabilité depuis cet accident – sans gravité, pourtant – Sydney se jure de ne jamais plus être responsable du malheur d’autrui. Mais c’est sans compter avec la rumeur, la superstition et l’acharnement funeste de tout un village à le rendre, avec sa famille, responsable de tous les maux qui accablent le voisinage. Jusqu’au jour où le jeune Lyle Henderson décide de refuser cette malédiction et de prendre son destin en main. Somptueux roman dans la plus pure tradition des sagas nord-américaines, la Malédiction Henderson est un livre nourri d’un puissant souffle littéraire qui évoque la tension entre les valeurs traditionnelles des sociétés et les aspirations modernes des individus.

Ma lecture

Je ne me souviens plus pourquoi j’ai acheté ce livre mais quelle bonne idée j’ai eu de le faire, le destin me direz-vous ? Oui peut-être et de destin il en est question dans ce roman…. C’est une vraie belle découverte d’une puissance inouïe sur les affres d’une famille, les Henderson, qui vit dans le New-Brunswick au nord ouest du Canada. Si comme moi vous avez aimé Les raisins de la colère de John Steinbeck ce roman est pour vous.

Mais n’allons pas trop vite… Tout commence en 1997 quand un homme de 25 ans, Lyle Henderson, frappe à la porte d’un ancien policier, Terrieux, qui sauva la vie en 1964 de Mathew Pit (Mat) et  lui reproche de ne pas l’avoir laissé mourir car sa vie et celle de sa famille aurait peut-être été toute autre. Après 7 années de recherches, de vérifications pour ce qu’il n’avait pas vécu lui-même, Lyle va raconter à Terrieux les conséquences de son sauvetage. Si Mat était mort ce jour de 1964 sa vie aurait-elle été plus heureuse ?

Et nous voilà partis pour un voyage de plus de vingt ans dans les Stumps, au bord du fleuve Miramichi, grouillant de saumons et d’éperlans, occupé il y a très longtemps par les Micmacs, vaste région encore sauvage, recouverte de forêts exploitées par de nombreux bûcherons réputés d’être violents et durs…..

Dans ce roman fleuve, la famille Henderson est marquée du sceau de la malédiction. Le sort s’acharnera sur eux, quoiqu’ils fassent, et le pire c’est qu’ils font du mieux qu’ils peuvent, jamais de violence, de vengeance, seulement de l’éducation et de l’amour mais peut-être parce que ce bonheur n’est pas supportable aux autres, tout ce retourne inévitablement contre eux. Il sera question d’empoisonnement des sols et de l’eau, de vol, d’agression, d’accident entraînant la mort, d’accusations mensongères, de rapports manichéens, de non-dits, de secrets.

Tu ne comprends pas…. Aucune réussite ne triomphe du stigmate de la différence. (…) Ta différence n’est pas une différence acceptable. Elle est d’une autre nature, elle est plus grande. (p149)

Deux familles s’affrontent : il y a les Pit avec ses membres toujours en recherche de coups tordus sur fond de jalousies et les Henderson avec une politique de non-violence, ils subissent sans jamais vouloir rendre coup pour coup car la vie elle-même ne leur fait pas de cadeaux mais est-ce vraiment la vie où n’y a-t-il pas derrière bien d’autres explications….. Et puis il y a les autres dont la famille des puissants : les Mc Vicer avec Leo à sa tête, le riche, le maître des vies de la région.

L’auteur décortique les âmes humaines dans ce qu’elles ont de plus beau et de plus sombre, de grandeur et de bassesse. Il y a de l’amour et de la haine, des revirements, de la beauté, de l’horreur, de la misère, de la noblesse de cœur et des vengeances monstrueuses le tout dans une écriture sèche, nette, implacable.

Je venais d’apprendre que mon père avait raison. Chaque fois que quelqu’un fait du tort à un autre, ce tort lui est fait en retour ; et il n’y a qu’une façon d’atténuer les effets de cette règle : développer une « insensibilité » envers les autres humains. (p201)

Quand le sort s’abat sur quelqu’un on parle de loi des séries mais pour les Henderson cela va bien plus loin. Il ne fait pas bon être différents, miséreux mais lettrés, intelligents, non violents. Cela attire convoitise, envie, jalousie, rancœur et s’il ne s’agissait que de cela…… Il y a ce que l’on croit et ce qui est et quand on cherche à comprendre le pourquoi du comment on découvre qu’il y a des liens que l’on n’aurait jamais imaginé entre les faits et les êtres….

Et puis un jour, à force de trop de douleurs on se rebelle, on bascule dans l’autre camp….. La frontière est ténue, il suffit de peu, de trop pour devenir ce que l’on a haï mais il y a toujours un prix à payer

Alors oui, dans ce roman noir, David Adams Richards prend le temps de dérouler le tapis, d’exposer les faits, un à un, pour en saisir toute l’importance puis les répercutions qu’elles ont eues sur le devenir de chaque famille. C’est sombre, fort, sans pitié ni concession.

C’est une lecture exigeante non par l’écriture mais par le sentiment parfois de plonger dans ce que l’humanité peut avoir de plus insoutenable, on se demande où le rouleau compresseur va s’arrêter pour ceux qui sont marqués par la malchance, le désespoir et l’honnêteté.

Il faut parfois avoir le courage d’affronter les âmes humaines, les regarder attaquer ou subir, dans un environnement où les plus riches et malins règnent en maîtres absolus, où la misère oblige les autres à choisir un camp, celui du bien ou du mal.

La malédiction Henderson est le genre de roman qui laisse une trace, indélébile, dont on garde une cicatrice par le regard sans complaisance que porte un auteur sur l’humanité.

Traduction de Ivan Steenbout

Gillet Prize 2001

Edtions Le Serpent à plumes – Juillet 2003 (Première parution au Canada 2000) – 415 pages

Ciao

5 réflexions sur “La malédiction Henderson de David Adams Richards

  1. C’est chouette les bonnes surprises comme ça. Il y a des pépites qui dorment dans nos PALs. J’aime aussi ce genre de romans fleuves de temps en temps, et le thème de la culpabilité est souvent un bon départ pour un roman réussi.

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