L’envol du Sari de Nicole Giroud

L'ENVOL DU SARIQui était la belle Rashna ? Quels secrets ont disparu avec elle quand le boeing Kangchenjunga s’est abîmé sur un glacier du Mont Blanc en janvier 1966 ? Un écrivain peut-il redonner vie et combler les zones d’ombre, les silences ? De l’Inde des années 50 aux rives du lac Léman, le portrait d’une femme de tête, singulière et passionnée.

En janvier 1966, un avion d’Air India explose en plein vol sur le massif du mont Blanc, à l’endroit même où le Malabar Princess s’était écrasé en 1950. On retrouve le corps intact d’une jeune femme, une Indienne nue, vêtue de ses seuls bijoux : c’est Rashna, la belle Parsie. Presque cinquante ans plus tard, sa fille Anusha reconnaît le sari de sa mère dans une exposition. Quentin, un écrivain en mal d’inspiration ayant perçu son trouble, est aussitôt subjugué par la jeune femme. Une certitude germe en lui : ce sari lui donnera la trame de son prochain ouvrage. De rencontre en rencontre, Anusha tente de restituer les bribes de ses souvenirs, ses songes de petite fille hantés par le deuil, tandis que Quentin comble les vides, invente… Et le roman dans le roman apparaît. Quels étaient les secrets de Rashna, cette présence-absence obsédante ? Pourquoi a-t-on retrouvé tous ses bijoux, sauf un, un diamant inestimable ?

Ma lecture

Un roman très original tout d’abord par sa construction …. En effet l’auteure commence par évoquer le travail d’écriture à travers Quentin Dorval, la cinquantaine , romancier, en mal de trouver un sujet pour son prochain roman. Marié à Chloé, il entretient une liaison depuis quelques mois avec Amandine, 22 ans, une assistante travaillant dans sa maison d’éditions. Devant  s’exiler dans la maison de son père décédé, en Haute-Savoie, quand sa femme découvre sa liaison, il va y découvrir l’idée de son prochain roman.

Nicole Giroud  détaille le travail de recherches pour l’écriture d’un roman, la façon dont il s’élabore avec la quête des personnages, de l’histoire et cela m’a beaucoup intéressée : la boîte des vies, la boîte de documentation etc….. J’ai eu le sentiment que Quentin était son double au masculin : même région, travail d’écriture en s’inspirant de faits réels etc…

En faisant la connaissance de Anusha lors d’une réunion concernant un crash d’un avion d’Air India en 1966 sur le Mont Blanc, dont on retrouve régulièrement des débris et restes humains que la fonte des glaciers mettent à jour, Quentin tient le sujet de son prochain livre. Beaucoup de mystères entourent cet accident qui fit plus d’une centaine de morts. Et là commence le travail du romancier : combler les vides, bâtir une histoire avec les éléments à sa disposition, le témoignage de Anusha dont la mère faisait partie des victimes et dont elle ne possède aucun souvenir.

On avance dans la forêt des routines et petit à petit, sans même s’en apercevoir, on se déleste de l’essentiel. Ne restent que la marche en avant, le bruissement du quotidien et les paresseux divertissements qui nous masquent l’angoisse de la mort. « Où que votre vie finisse, elle y est toute » constatait Montaigne. (p38)

Nicole Giroud ouvre une « boîte de documentations » très fournie car à travers les deux personnages féminins : Anusha et surtout Rashna, sa mère, elle explore la communauté Parsie en Inde, la place de la femme et tous les obstacles qui se dressent devant elle lorsqu’elle envisage études et indépendance mais aussi évoque tout le mystère qui entoure le crash de l’avion et les différentes hypothèses.

Elle s’avança, frissonnant de dégoût, trouva une branche noire et gluante et la traîna derrière elle jusqu’à ce qu’elle arrive à la fin de la promenade. Elle contempla la trace dans le sable pour sentir la réalité de ce qu’elle venait de vivre et la force de la souillure. (p203)

Utilisant le procédé de la mise en abîme, Nicole Giroud utilise faits réels (crash de l’avion d’Air India), travail de l’écrivain pour imaginer l’existence d’une des passagère et échanges avec la fille de celle-ci, l’histoire prend forme en alternant les trois, les chapitres du future roman apparaissent au fur et à mesure avec ses mystères et ses secrets donnant à l’ensemble comme je l’ai dit une forme originale.

C’est une lecture qui m’a fait voyager entre un pays à travers ses communautés, ses traditions mais surtout ses femmes. Je n’ai eu aucune difficulté à suivre les voies qu’avait choisi de prendre l’auteure,  la recherche des éléments, comment l’idée d’un livre peut surgir d’une rencontre, d’une lecture d’article et son élaboration mais j’ai trouvé que l’histoire du couple Quentin/Chloé prenait peut-être un peu trop de place et l’arrivée du thème central du roman un peu longue à venir…..

Un roman dépaysant entre deux pays : l’Inde et la France, qui mêle faits réels et imagination, avec ce qu’il faut de mystères, d’intrigues mais sans tomber dans la romance. Une histoire de création, de quête d’identité et d’origines mais aussi de volonté de choix de vie, de liberté, et de deux beaux portraits de femmes Anusha et surtout Rashna.

Lu dans le cadre du Comité de Lecture du Réseau des bibliothèques de ma commune.

Editions Les Escales – Octobre 2019 – 264 pages

Ciao

4 réflexions sur “L’envol du Sari de Nicole Giroud

  1. J’aime bien les romans qui vont et viennent d’un univers à l’autre, et j’avais hésité à demander ce livre sur NetGalley – mais, faute de temps…
    Tu me fais regretter d’être passée à côté… peut être à un prochain passage en librairie 😉

    Aimé par 1 personne

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