L’horloge sans aiguilles de Carson McCullers

L'HORLOGE SANS AIGUILLESDans une petite ville de Géorgie, au fin fond des États-Unis, deux hommes se meurent : l’un est rongé par une maladie incurable, l’autre est tenaillé par le souvenir du vieux Sud.
À leurs solitudes respectives correspondent celles de deux adolescents qu’une affection mutuelle mais dangereusement ambivalente rapproche.

Ma lecture

1953 – J.T. Malone, 40 ans, pharmacien apprend qu’il est atteint d’une leucémie et qu’il lui reste quelques mois à vivre. Mettant en doute le diagnostic il va continuer à tenir sa boutique dans la chaleur étouffante de Milan, petite bourgade de Géorgie aux Etats-Unis. De son côté le juge John Clane, figure emblématique de la communauté, au soir de sa vie et après une attaque qui le laisse handicapé et souffrant de diabète, voit se profiler avec inquiétude la promulgation de nouvelles lois mettant fin à la ségrégation raciale. Il ne peut accepter que son « monde » change, nostalgique du passé et défenseur acharné de la suprématie blanche. Il est le passé et ne peut se résoudre au présent et encore moins au futur.

Des hommes qui voudraient être maîtres du temps, que ce soit le leur ou celui de leur pays, le maîtriser, en être les aiguilles, les acteurs mais le temps s’échappe….. Tic-tac, Tic-tac…..

Comme dans ses précédents romans : Le cœur est un chasseur solitaire, Frankie Addams, Carson McCullers dont c’est le dernier roman, dresse, à travers les portraits d’adolescents et d’adultes, le portrait d’une Amérique et surtout celle des Etats du Sud, où règnent la ségrégation, le racisme et la violence qui en découle.

Deux adolescents : Jester Clane, petit-fils du juge et Sherman Pew, métis aux yeux bleus, tous deux âgés de 17 ans et orphelins, sont en quête de leurs origines mais ont une relation qui les trouble. Jester cherche à savoir pourquoi son père, avocat, s’est suicidé, Sherman a été trouvé bébé sur le banc d’une église et voudrait connaître ses origines. Ils représentent l’avenir, portent un regard sur les actions du passé et refusent de les perpétuer, ils se sentent isolés, en manque d’affection et prennent conscience de ce qui les sépare des générations précédentes.

Tic-tac, tic-tac, tic-tac… Malone va mourir, le temps lui est compté mais sur l’horloge de sa vie, les aiguilles n’en marquent pas l’heure il ne peut croire que sa vie va s’arrêter. Pour le juge Clane c’est tout un monde qui est en train de changer (et non de disparaître malheureusement) pour ceux qui régnaient en maîtres absolus, ayant droit de vie et de mort à qui n’avait pas la bonne couleur de peau. Noirs et blancs cohabitent mais ne se mélangent pas, beaucoup servent encore les autres mais quand un vent de libération et d’égalité se profile, les vieux réflexes émergent et la violence s’installe.

C’est une sorte de testament que livre Carson McCullers avec ce court roman. Avec regret, mélancolie, elle ne peut que constater que malgré le temps, les lois, les mentalités ne changent guère mais espère en l’avenir à travers Sherman et Juster. Avec toute la douceur qu’on lui connaît et à travers ses portraits, elle dresse le tableau d’une Amérique ancrée dans ses certitudes, son immobilité mais avec une lueur malgré tout d’espoir.

L’atmosphère est particulièrement bien rendue, la chaleur moite, poisseuse, la langueur qui saisit les corps mais qui échauffent les esprits, les rapports entre maîtres et esclaves serviteurs, blancs et noirs, avec malgré tout une sorte de bienveillance parfois malsaine entre les personnages, un sentiment de supériorité d’un côté, de savoir et en particulier avec la confrontation entre le Juge et Sherman, passionné de littérature.

Quand on lit Carson McCullers, c’est une plongée dans l’Amérique à travers sa jeunesse mais aussi ses vieux réflexes, une musique aux accents de blues, de mélancolie et une sorte de crainte que les choses ne changent jamais…..

Traduction de Colette M. Huet

Editions le Livre de Poche – Eté 2019  (1ère parution 1961) – 280 pages

Ciao

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