Le livre des illusions de Paul Auster –

LE LIVRE DES ILLUSIONS IGComment reprendre goût à la vie lorsque les êtres que l’on aime sont morts de façon tragique ? Pour David Zimmer, ce sera par l’écriture : il entreprend tout d’abord d’éditer une monographie sur les comédies en noir et blanc d’un acteur du muet, Hector Mann, tombé en désuétude, avant de s’atteler à la traduction des Mémoires d’outre-tombe, de Chateaubriand. À mesure qu’il ressuscite ces deux artistes, lui-même s’éloigne des rives alcooliques du chagrin et de la pitié. Et quand Alma la bien nommée veut l’amener au chevet d’Hector Mann, sa vie prend alors une bien surprenante allure…

Ma lecture – COUP DE 🧡

Un roman mais que d’histoires…… Et d’ailleurs ai-je bien lu ou est-ce que ce n’était qu’une illusion ? Et bien si tel était le cas, l’illusion avait le goût du réel grâce aux mots de l’écrivain mêle si je garderai pour longtemps sa présence en moi.

Avec toute la précision qu’on lui connaît, Paul Auster, que j’ai découvert avec son dernier roman 4.3.2.1. puis avec la Trilogie New-Yorkaise, dont je connaissais le goût pour le cinéma et en particulier les films anciens dont il parle d’ailleurs dans 4.3.2.1., en noir et blanc, parfois muets (voir l’extrait du 21 cm d’Augustin Trapenard qui lui est consacré et que je vous mets en fin de chronique), nous invite dans ce roman dans le pays de l’illusion, des apparences, du vrai et du faux.

Vous m’avez fait rire. C’est tout, il n’y a jamais rien eu d’autres. Vous avez forcé quelque chose en moi à s’ouvrir et, après ça, vous être devenu mon prétexte pour continuer à vivre. (p270)

Paul Auster nous fait entrer dans la vie de David Zimmer, professeur de littérature, plongé dans le deuil de sa femme et de ses deux enfants, morts dans un accident d’avion pour lequel il se sent en partie coupable en reprenant, comme souvent dans ses écrits, l’enchaînement des faits et des coïncidences….. Et si …. 

A travers son personnage, il nous offre une myriade d’histoires, comme autant de tiroirs qui s’ouvrent les uns après les autres que ce soit concernant David Zimmer mais aussi sur ce mystérieux Hector Mann, acteur et reconnaissable puisque visible sur les écrans mais qui choisira de se disparaître aux yeux du monde jusqu’après sa mort. David Zimmer décide de rédiger une monographie détaillée sur cet acteur qui enchanta son enfance,  cette rédaction le sortant de sa dépression et le mènera sur sa piste.

Les vies de ses deux hommes vont se mêler et c’est justement en cela que c’est passionnant et remarquablement construit. Peu à peu il bâtit son livre avec précision, relatant le vide de l’existence de David depuis le drame et comment les films d’Hector, dont il fait défiler les images de certains de ses films, comme si nous étions installés devant l’écran, vont lui faire peu à peu reprendre goût à l’existence. Magie des mots qui se transforment en images. Et comme pour Paul Auster les vies ne sont que le résultat de coïncidences qui jalonnent les vies, David va accepter de faire une nouvelle traduction des Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand.  Le deuil, la mémoire, l’écriture, le cinéma, le hasard. Voilà les ingrédients sont là, il ne reste à Paul Auster qu’à tout lier. Alors, pour cela il fait entrer Alma, la jeune femme messagère au visage marqué. Elle va être le lien entre le passé et le présent, apporter les réponses qui lui manquent sur Hector et lui offrir une possibilité de bonheur. 

Mais si tout cela n’était qu’illusions ? 

Le récit se fait à travers plusieurs voix, David Zimmer, Alma et comme nous sommes dans le monde du cinéma,  n’y-a-t-il pas plusieurs scénarios ?  Tout au long du roman Paul Auster joue avec son histoire mais joue également avec nous, les lecteurs, nous emmenant sur différentes pistes possibles, avec un sentiment parfois d’urgence car pour certaines elles vont disparaître à la demande de leurs possesseurs, reprenant pour David Zimmer l’exigence de Chateaubriand pour que ses mémoires ne soient publiées qu’après sa mort. La boucle est bouclée : chacun a vécu, laisse une empreinte puis disparaît.

C’est à la fois un roman sur le deuil, l’absence, les rôles que la vie nous oblige parfois à tenir, l’écriture, la mémoire, l’amour, le cinéma mais aussi une enquête presque policière pour résoudre l’énigme d’une disparition avec les notions sur le temps qui passe, sur les apparences, sur la vie, sur sa réalité ou n’est-elle finalement qu’une illusion. Roman, biographie, énigme et parfois des relents de tragédie grecque, à vous de choisir.

Pas un moment d’ennui, tout rebondit, se métamorphose, s’ajoute ou s’efface. L’écriture est à la fois précise, détaillée mais sans pesanteur et j’ai à la fois lu un roman mais vu plusieurs films, j’ai voyagé jusqu’au Nouveau-Mexique pour obtenir les réponses à mes questions et jusqu’à la dernière ligne Paul Auster a su tenir le mystère pour finir par une dernière pirouette. Il joue sur les noms, les lieux, les identités, leurs significations et le sens qu’on peut leur donner. 

C’est un conteur hors pair qui peut, en 381 pages, évoquer à la fois des histoires possibles ou improbables, rester seul maître de son histoire, nous pousser à démêler le vrai du faux pour finalement ressentir, la dernière page tournée, tout l’éventail de l’imaginaire, du réel, de comment les deux peuvent se fondre, se confondre ou se distancier, de comment un auteur, un acteur peuvent nous prendre par la main pour nous mener là où ils veulent. De vrais magiciens…….

Mais ai-je bien lu ou bien ai-je rêvé, ai-je bien compris le sens ou y a-t-il d’autres pistes ?

Traduction de Christine Le Boeuf

Editions Actes Sud – Mai 2002 – 381 pages

Ciao

15 réflexions sur “Le livre des illusions de Paul Auster –

  1. j’ai adoré « 4.3.2.1. » que j’ai dévoré et je devais lire « La trilogie new-yorkaise » et elle attend toujours il faut que je le remette au sommet de ma PAL !!!
    j’aime énormément l’écouter parler de ses livres ou de cinéma,je ne rate jamais les émissions littéraires quand il est invité…
    Je vais procéder à un nettoyage de printemps de ma PAL ça s’impose 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. J’aime beaucoup Paul Auster mais j’ai un peu délaissé ses derniers titres (je me rattraperai avec 4321, qui est sur ma PAL). Je crois que celui-ci est mon préféré, même si ce n’est pas son plus abordable, mais j’avais justement aimé sa complexité, et oui, je te rejoins, la multiplicité des pistes suggérées..

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.