Une vie de boy de Ferdinand Oyono

UNE VIE DE BOYUne vie de boy, publié en 1956, est centré sur le personnage de Joseph, boy instruit placé chez le commandant d’un district de la colonie française. Le roman dénonce les pratiques autoritaires de la colonisation et au-delà, la négation de l’humanité des colonisés à qui on ne pardonne pas de quitter leur place en découvrant l’envers du décor des maîtres blancs. La place faite à la frustration sexuelle de Joseph vis-à-vis de sa patronne blanche et les turpitudes intimes de celle-ci offrent par ailleurs une approche renouvelée du problème colonial.

Ma lecture

Je connais peu la littérature africaine (encore une lacune) et j’ai trouvé ce livre dans une boîte à livres lors d’une promenade et j’ai pensé que c’était l’occasion de la découvrir même si dès le titre et la couverture je me doutais que l’histoire n’allait pas forcément être très joyeuse.

Le narrateur, (l’auteur ?) dès les premières pages, nous expose les conditions dans lesquelles il a fait la connaissance du personnage principal Toundi Ondova, un jeune camerounais. Celui-ci décède sous ses yeux et on lui remet son maigre baluchon dans lequel il découvre deux cahiers dans lesquels Toundi a tenu le journal de son existence, lui l’enfant Maka par sa mère et Ndjem (les mangeurs d’hommes) par son père :

Ma race fut celle des mangeurs d’hommes. Depuis l’arrivée des Blancs nous avons compris que tous les autres hommes ne sont pas des animaux. (p16)

Devant la brutalité de son père, il sera contraint de quitter sa famille et sera recueilli par le père Gilbert qui le rebaptisera Joseph qui va lui apprendre à lire et écrire. C’est lui qui l’incitera à tenir un journal et lorsque celui-ci décèdera il va découvrir d’autres Blancs, ceux des colonies, avec leur condescendance, leur brutalité, leurs mensonges.

Une histoire au sein d’une Résidence coloniale de blancs où le commandant règne en maître absolu sur le Quartier Noir mais qui reportera sur Toundi sa vengeance de mari bafoué et au sein de laquelle Toundi va faire l’apprentissage des roueries humaines, du pouvoir des colonisateurs mais aussi où la solidarité de la communauté noire vient en aide, même sans espoir, à ceux qui sont dans le viseur.

Même si j’ai lu ce roman avec intérêt j’ai eu quelques doutes parfois sur le ton et la langue parfois employés par Toundi/Joseph avec des mots parfois élaborés et en inadéquation avec le peu d’éducation qu’il a reçue. Par contre l’ambiance entre les domestiques, faite d’amitiés, d’entraides avec un vocabulaire très imagé est très bien rendu et cela donne une ambiance parfois joyeuse malgré les difficiles conditions de vie. Toundi observe et tente de comprendre le monde dans lequel il vit sans voir qu’il va devenir le réceptacle des frustrations. Un roman d’apprentissage certes, mais l’apprentissage de la vie n’est pas la même suivant la couleur de peau…..

A travers Toundi l’auteur montre deux visages de la présence des Blancs en Afrique : à la fois la présence des religieux qui vont lui venir en aide, l’éduquer mais surtout la main mise de ceux qui détiennent tous les pouvoirs, presque de vie ou de mort, sur les autochtones.

C’est un court roman pour dénoncer l’oppression des Blancs sur une population tenue en esclavage, c’est bien écrit, c’est fluide, c’est révoltant comme peut l’être tous les abus. On pourrait parler de caricature de la colonisation mais malheureusement ce fut une réalité qu’il est toujours bon de dénoncer.

Editions Pocket – Décembre 2004 (1956) – 185 pages

Ciao

5 réflexions sur “Une vie de boy de Ferdinand Oyono

  1. En recherchant j’ai vu que ce Ferdinand Oyono est un sacré personnage. Ministre de la culture du Cameroun, ambassadeur et autres postes internationaux… Grand écrivain classé dans les meilleurs d’Afrique… Il sait de quoi il parle, ce doit être effectivement bien intéressant. Merci pour cette découverte

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  2. Je ne connais pas beaucoup la littérature africaine non plus… peut être lire Alain Mabanckou peut également te la faire découvrir autrement ? En tout cas ce livre m’a tout l’air d’être d’être intéressant, nécessaire et profond 🙂

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  3. J’avais pour ambition l’an dernier d’explorer un peu la littérature africaine, que je connais très mal aussi, et j’ai lu à cette occasion Le vieux nègre et la médaille de cet auteur, que j’ai aimé, l’auteur y traite aussi d’un sujet tragique, mais avec beaucoup d’énergie et de truculence, ce qui rend la lecture facile et réjouissante.

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