Tendre est la nuit de Francis Scott Fitzgerald

TENDRE EST LA NUIT IG
«Dick Diver la regardait de ses yeux bleus et froids ; ses lèvres, tendres et fermes, disaient, d’un ton réfléchi et décidé : « Cela faisait longtemps que je n’avais pas vu une fille qui ressemble vraiment, comme vous, à une fleur éclose. » Plus tard, contre la poitrine de sa mère, Rosemary pleurait à chaudes larmes.
« Je l’aime, maman. Je l’aime à la folie. Je n’aurais jamais cru pouvoir éprouver un sentiment pareil pour quelqu’un. Et il est marié, et je l’aime, elle aussi. Oh, c’est sans espoir. Mais je l’aime tant! »» Années 1920. Rosemary Hoyt est une jeune actrice talentueuse en villégiature à Monte-Carlo. Elle fait la rencontre de Dick et Nicole Diver, un couple incarnant l’image même du bonheur.
Tendre est la nuit est l’histoire d’un amour aussi salvateur que destructeur, le chef-d’oeuvre romantique de F. Scott Fitzgerald.
Ma lecture
Tendre est la nuit est un roman très personnel et on pourrait dire presque autobiographique pour une grande partie de F.S. Fitzgerald car comment ne pas reconnaître Zelda et lui-même dans le couple que forment Dick et Nicole Diver, récit de la grandeur et de la déchéance d’un homme, psychiatre de formation, marié à une femme à la beauté fascinante mais silencieuse et sur laquelle courent des rumeurs….. L’arrivée de Rosemary, jeune actrice américaine, fraîche, naturelle va semer le trouble en tombant amoureuse de Dick, celui-ci prenant conscience peu à peu de la fatuité de sa vie, car le paradis dans lequel évolue le couple n’est pas ce qu’il paraît à première vue. Leur monde est un monde fait d’artifices, d’apparences et au fil du temps, les masques tombent, la personnalité de chacun se fait jour, que ce soit pour le couple mais aussi pour ceux qui les entourent.
Dick découvre en Rosemary une jeune femme moderne, indépendante et autonome financièrement, devant travailler pour subvenir à ses besoins. Finalement le contraire de sa vie, de leurs vies. Lui n’est pas libre….
Prise de conscience de la futilité de la vie, malgré le luxe, l’argent et l’oisiveté mais peut-être que ce sont là les racines du mal. Avoir le sentiment d’avoir été « acheté ». Promis à un bel avenir, il a tout abandonné pour répondre à l’attrait d’une vie facile mais comprendra au fil des années que cette vie ne le comble pas.
Folie pourrait être le mot qui résume ce roman : folie d’une vie faite d’insouciance, folie d’une femme, amour fou d’un couple basé sur l’acceptation d’un contrat entre un psychiatre et sa malade, folie d’une rencontre qui bouleversera le bel édifice, folie de ces années folles….
Le récit s’articule en trois parties : Beauté, Passé et Décadence pour finir par Renaissance mais ne vous y fiez pas ce serait un peu trop facile de résumer ainsi. Les rôles vont s’inverser, mais tout cela sans réelle violence, même si parfois on règle les problèmes par un duel, mais c’est un monde de gens dits civilisés et les crises se règlent en général à l’amiable.
La première partie est assez lente, presque nonchalante, puis avec un retour dans le passé pour nous éclairer sur l’histoire du couple, comment et pourquoi ils sont ensemble, la narration prend un rythme plus soutenu, les événements défilent ainsi que le temps pour déboucher sur une sorte d’épilogue assez sombre sur la chute d’un homme.
C’est une écriture dans laquelle flotte un parfum de mélancolie, de nostalgie, de désespoir mais aussi une critique d’un monde qu’il a fréquenté, dont il n’épargne pas tous les travers et dont il était avec sa femme Zelda les figures de proue de l’entre-deux guerres.
Ce roman (le quatrième de l’auteur), paru tout d’abord sous forme de feuilletons dans Scribner’s Magazine, fut mal reçu à sa sortie et figure pourtant désormais à la 28ème place des meilleurs romans de la langue anglaise.
Tout y est méticuleusement détaillé, donnant parfois un sentiment de longueurs, de langueur par toutes les précisions données quant au choix des tenues mais aussi à l’état d’esprit du couple mais ne s’appesantissant pas sur les raisons du mal-être du héros. On pourrait presque reprocher une certaine superficialité, complaisance comme le monde où il évolue.  F.S.Fitzgerald était lui-même sur le déclin, les belles années étaient derrière lui que ce soit sur le plan personnel mais aussi en tant qu’écrivain et ce roman est finalement le roman de sa vie, une sorte de chant du cygne.
Alors si vous passez près de la Villa Diana, demeure des Diver sur la Riviera, venez écouter la complainte de Dick, de celui qui avait cru s’élever, faire partie d’un monde et qui va tomber de son piédestal. Décidément l’argent ne fait pas le bonheur mais j’ai beaucoup aimé passer quelques heures à les observer mais pas à les envier.
Comme si, jusqu’à la fin de sa vie, il était condamné à se charger de certains êtres et de leur personnalité, à n’être complètement lui-même qu’autant qu’ils étaient complètement eux-mêmes. Ce qui mettait en jeu un certain principe de solitude : tellement facile d’être aimé, tellement difficile d’aimer. (p327)
Traduction de Jacques Tournier
Editions Le livre de poche – Novembre 2002 (1ère parution en feuilletons 1933-34) – 415 pages
Ciao

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