La mort du roi Tsongor de Laurent Gaudé

Au cœur d’une Afrique ancestrale, le vieux Tsongor, roi de Massaba, souverain d’un empire immense, s’apprête à marier sa fille. Mais au jour des fiançailles, un deuxième prétendant surgit. La guerre éclate : c’est Troie assiégée, c’est Thèbes livrée à la haine. Le roi s’éteint mais ne peut reposer en paix dans sa cité dévastée. A son plus jeune fils, Souba, échoit la mission de parcourir le continent pour y construire sept tombeaux à l’image de ce que fut le vénéré — et aussi le haïssable —roi Tsongor.

Ma lecture

J’ai régulièrement besoin de retrouver la plume de Laurent Gaudé mais aussi d’entendre sa voix, celle d’un formidable conteur. Il raconte l’humain, quelque soit le pays, l’époque, à la manière de fables pour mettre en évidence ses forces et ses faiblesses.

C’est avec La mort du roi Tsongor qu’il s’est fait connaître en remportant, en autres, le Prix Goncourt des Lycéens en 2002 et le Prix des Libraires en 2003 et depuis il n’a cessé de nous éblouir par la beauté, parfois cruelle, de ses romans.

Ici à nouveau il est question de guerres, de quêtes, de vengeance et de rivalités. A la manière d’une tragédie il nous raconte les combats pour l’amour d’une femme, Samilia, la seule fille du roi Tsongor mais aussi pour un royaume. Il est question également d’honneur, d’orgueil, de promesses faites et non tenues, de dernières volontés, de luttes fratricides qui ne mèneront qu’à la ruine.

Il y a deux ressentis pour moi à la fin de cette lecture, suivant que je me mets dans la position d’une personne qui découvre Laurent Gaudé et là je ne peux qu’être éblouie par le rythme donné par son écriture, des phrases courtes mais qui résonnent à la manière de sentences, d’images, dans lesquelles chaque mot est pesé pour exprimer au plus juste la scène, les sentiments :

A tous ces corps de braves que la vie avait quittés s’ajoutaient, en un amas putride, les cadavres de chevaux et les innombrables chiens de guerre qui s’étaient entre-déchirés et gisaient, les pattes en l’air, raidis dans la mort. Lorsque le combat cessa et que les deux armées remontèrent dans les collines, défaites, épuisées, trempées de sang et de sueur, on eût dit qu’elles avaient accouché dans la plaine, d’une troisième armée. Une armée des morts qui était née après dix heures de contractions sanglantes. L’armée de tous ceux qui resteraient à jamais dans la poussière de la plaine, au pied de Massaba. (p91)

Si je me place en tant que lectrice régulière de cet auteur, j’ai retrouvé le phrasé mais surtout ce qui obsède apparemment Laurent Gaudé, ce sont les guerres humaines, qu’elles soient physiques mais aussi morales. Fierté, Pouvoir, Possession, Orgueil jusque dans la mort voire au-delà et pour cela on est prêt à verser le sang, à renier sa parole, ses amis et parfois même sa famille.

Il met en place ses personnages avec précision, chacun a un rôle à jouer, à tenir, à respecter et derrière parfois de sombres pensées se cachent des êtres d’une beauté majestueuse à l’image de Katabolonga, celui qui a juré la mort de Tsongor mais qui le veillera au-delà de la mort, fidèle « homme rampant ».

On ne ressort jamais indemne d’une lecture de Laurent Gaudé, elle vous colle à la mémoire par la violence des batailles mais aussi par ce qu’il veut mettre en évidence. Depuis la nuit des temps les hommes se battent, pour des causes parfois futiles, absurdes, ils préfèrent tout perdre, tout raser plutôt que mettre genou à terre, allant jusqu’à tuer celui qui partageait le ventre de sa mère.

C’est à la fois un récit épique et monstrueux mais dont il y a toujours une morale à tirer, des portraits magnifiques, chacun étant souvent à la fois lumineux et sombre car c’est le destin de l’homme d’être à plusieurs facettes.

Mais, parce qu’il y a un mais, à la fin de cette lecture, je n’ai pu que me faire la remarque que finalement, beaucoup de romans de Laurent Gaudé sont similaires dans les thèmes avec des changements d’époque, de lieu et j’ai eu le sentiment de relire une partie de Ecoutez nos défaites ou Pour seul cortège où il est également question d’honneur, de guerres et de mort.

Alors je vais continuer à lire Laurent Gaudé mais je préfère quand il me fait voyager sur d’autres thèmes, d’autres luttes comme dans Eldorado ou Danser les ombres (critique sur Babelio avant la mise en place du blog).

Editions Le livre de poche – Novembre 2007 (Actes Sud 2002) – 219 pages

Ciao

6 réflexions sur “La mort du roi Tsongor de Laurent Gaudé

  1. J’avais adoré ce titre, mais c’était le premier de l’auteur que je lisais, c’est pourquoi je ne rejoins, mais à l’envers. C’est lorsque je lis Pour seul cortège, par exemple, que j’ai l’impression de relire une partie de la mort du roi Tsongor.
    Il n’empêche, la quête de Souba me reste un beau moment de lecture, car malgré tout, dans ce livre, la réconciliation est possible !

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  2. Je n’ai pas lu celui ci mais Le soleil des Scorta et Eldorado. J’ai adoré ces 2 romans pour leur ensemble mais le premier en particulier pour la scène du repas et le second pour le personnage qui recueille les morts…j’en ai d’autres sur ma liseuse, pour les jours sans nouveautés

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