Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil de Haruki Murakami

AU SUD DE LA FRONTIERE IGÀ douze ans, Hajime rencontre Shimamoto-san, sa petite voisine. Avec elle, il découvre la musique, les sourires complices, les premiers frissons sensuels… Et puis celle-ci déménage, laissant à son ami le goût amer de l’abandon. Lorsque, trente ans plus tard, elle réapparaît, Hajime, rongé par le désir et la nostalgie, est envoûté par cette femme énigmatique, reflet de ses rêves perdus. Mais sous les traits délicats du visage de Shimamoto-san se cachent la souffrance, la folie et la destruction.

Ma lecture

J’ai lu Haruki Murakami il y a très longtemps avec ce roman et Les amants du Spoutnik  et j’en garde un bon souvenir mais sans rien de plus précis alors je me replonge dans celui-ci pour me le remettre en mémoire.

Amour adolescente, amour unique. Hajime fait la connaissance de Shimamoto-san alors qu’ils ont douze ans et de nombreux points communs. Enfant unique, solitude, Hajime trouve son double, son complément dans cette jeune fille boiteuse suite à la poliomyélite. Entre eux c’est une évidence qui n’a pas besoin de mots. La vie va les éloigner l’un de l’autre mais le souvenir de cette relation accompagnera Hajime dans sa vie d’homme, allant jusqu’à la fantasmer ou la chercher dans chaque femme croisée ou aimée et lorsqu’il sera à nouveau en sa présence il va envisager de tout remettre en question, femme, enfants, travail car il ne se sent pleinement heureux qu’en sa présence.

Roman d’une extrême mélancolie sur le temps qui passe, sur la recherche du plaisir et du bonheur, sur la trace laissée par un amour d’enfance, sur la place privilégiée qu’il tient dans notre mémoire surtout quand il n’a pas été « consommé » et dans notre cœur, résiste-t-il au temps et aux changements que la vie occasionne.

Voici un roman qui allie blues et jazz, un le récit des souvenirs mais aussi la construction d’un homme en quête de l’amour absolu, idéalisé. Malgré les rencontres amoureuses qui ont jalonné sa vie, malgré sa vie d’homme qui a connu réussites professionnelle et  familiale, Hajime (qui signifie « commencement ») sera toujours dans la quête de Shimamoto-san, son seul amour.

Une narration tout en délicatesse et en mélancolie, imprégnée de sensualité et de questionnements sur le sens d’une vie dans laquelle tout vous réussit mais dans laquelle vous n’obtenez pas ce qui finalement est essentiel. Une quête dans laquelle Hajime remettra tout en question, sa morale, ses buts, sa famille d’autant qu’il n’a rien à leur reprocher. Tout est parfait mais il y manque Shimamoto-san.

Les personnages et en particulier celui de Hajime sont fouillés, Shimamoto-san étant plus trouble,  restant mystérieuse et j’ai même imaginé à un moment qu’elle n’était qu’un fantôme, fruit de son obsession. Yukido, l’épouse et mère des deux filles de Hajime, est une femme plus en retrait mais présente, patiente et douce, finalement le pilier qui tient le foyer.

Se retrouver plus de 20 ans plus tard, devenus adultes, vont-ils franchir le pas et concrétiser leur amour, peut-on laisser derrière soi ceux qui les entourent, les aiment ainsi que l’univers professionnel que l’on a construit mais surtout faut-il finalement le concrétiser, le prolonger ou le garder au rayon des souvenirs, comme un trésor caché.

L’auteur décrit parfaitement la nostalgie d’un amour d’enfance, de l’empreinte laissée en soi quand celui-ci correspond à la fusion de deux esprits et qu’aucun autre ne pourra supplanter. Toutes les femmes rencontrées auront un peu de cet amour d’enfance mais jamais ne le combleront. Il est heureux mais non satisfait.

Dans une écriture simple, fluide mais empreinte d’une extrême mélancolie, l’auteur à travers Hajime, évoque une vie d’homme prenant conscience du vide de son existence si son amour de jeunesse n’en fait partie. C’est un amour sublimé, qu’il tentera de retrouver dans des femmes de passage qu’il lui arrivera de blesser parfois.

Qu’y-a-t-il au Sud de la frontière ? Qu’y-a-t-il à l’Ouest du soleil ? Un éden, un désert ou une terre des « peut-être », l’espoir, des souvenirs ? A l’image de Nat King Cole et « South of the border », chanson inspirant le titre mais aussi musique sur laquelle les deux adolescents ont pris conscience de leur unité, chacun formulera ce qu’il attend, espère de l’autre côté de l’horizon et fera ses choix.

Une lecture douce, prenante, mélancolique mais sans réelle tristesse. Un voyage aux pays des souvenirs, des émois d’enfance et dans la quête du bonheur parfait et de soi.

Traduction de Corinne Atlan

Editions 10/18 – Février 2003 – 224 pages

Ciao

7 réflexions sur “Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil de Haruki Murakami

  1. je l’ai découvert avec « Kafka sur le rivage » qui a été un coup de cœur…
    « L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage » m’a bien plu aussi, avec plein de référence sur la musique, je continue à explorer à mon rythme 🙂

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  2. Comme toi, je l’ai lu il y a plusieurs années, et je ne l’avais même pas chroniqué à l’époque, car bien que cette lecture ait été agréable, elle ne m’a pas vraiment marquée, et je ne savais pas vraiment qu’en dire… C’est loin d’être mon titre préféré de cet auteur, et je le trouve même un peu à part dans son oeuvre, car dénué de cette ambiance onirique et subtilement surnaturelle qu’on retrouve dans ses autres romans.

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