Orgueil et Préjugés de Jane Austen – Coup de 🧡

ORGUEIL ET PREJUGES IGMr et Mrs Bennett ont cinq filles à marier. À l’arrivée d’un nouveau et riche voisin, la famille espère que l’une d’entre elles pourra lui plaire… Au-delà des aventures sentimentales des cinq filles Bennett, Jane Austen dépeint les rigidités de la société anglaise au tournant du XIXe siècle. Le comportement et les réflexions d’Elizabeth Bennett, son personnage principal, révèlent les problèmes auxquels sont confrontées les femmes de la gentry campagnarde pour s’assurer sécurité financière et statut social : la solution passe en effet par le mariage.

Ma lecture

Après la lecture il y a quelques temps de la biographie sur Jane Austen de Claire Tomalin j’avais pris la décision de relire les romans de cette auteure dans l’ordre d’écriture, le premier étant Raison et Sentiment  (1811) mais je commence donc par Orgueil et Préjugés (1813), peut-être son plus célèbre roman car c’est celui qui occupe une place privilégiée dans ma mémoire.

Une belle surprise pour commencer : la préface est signée Virginia Woolf qui appréciait énormément Jane Austen et elle remet « gentiment » et à sa manière les commérages sur cette auteure et affirmant même : Elle aurait pris de la distance par rapport à ses personnages, les aurait vus plus en groupes, moins en tant qu’individus. Sa satire, moins souvent utilisée, aurait été plus rigoureuse, plus stricte. Elle aurait été le précurseur de Henry James et de Marcel Proust – mais cela suffit. Ces spéculations sont vaines. L’artiste la plus parfaite parmi les femmes, l’écrivain dont les livres sont immortels, est morte « au moment même où elle commençait à croire qu’elle réussirait. »

Je crois avoir lu ce roman il y a plus d’une vingtaine d’années et j’ai plusieurs de ses adaptations cinématographiques chez moi, ce sont une de mes madeleines de Proust et il est des livres que l’on relit après un laps de temps et qui n’ont plus le même impact sur vous. Et bien ici ce ne fut pas le cas. Quelle merveille d’écriture, d’analyse psychologique et de construction.

Tout y est : la condition féminine, l’argent, les rapports entre les différentes strates de la société, les conventions, le mariage le tout dans une écriture très fluide, moderne, sans temps mort. Dès les premières lignes nous nous installons dans la truculente famille Bennett, tous différents mais charmants même si parfois le franc-parler de Mrs Bennett (et sa sottise il faut bien l’avouer) nous irrite, la philosophie de Mr Bennett, le médiateur de la famille toujours à l’écoute de ses cinq filles nous enchante.

Mais c’est surtout Elizabeth (Lizzy) et Jane, les deux sœurs aînées qui sont, bien sûr avec Mr Darcy, les éléments dominants et j’ai souvent pensé qu’elles étaient peut-être les deux facettes de l’auteure : à la fois de la détermination à dénoncer, un certain franc-parler, une indépendance et un goût pour une vie simple (Lizzy) mais aussi une discrétion, une solitude et un respect des conventions (Jane).

Il y a tout dans ce roman : les personnages sont finement décrits mais sans s’appesantir, sans longues descriptions, tout est dans les situations et les dialogues qui reflètent eux-mêmes le caractère de chaque personnage. Jane Austen n’hésite pas à déconstruire ses deux personnages (Lizzy et Mr Darcy) tout au long de sa narration, les rendant coupables de préjugés hâtifs pour les pousser dans leurs retranchements et leur faire avouer leurs erreurs dans la deuxième partie.

Mais c’est surtout une dénonciation de la condition féminine, tellement liée au mariage et à la situation financière à travers le personnage de la mère, Mrs Bennett qui n’a qu’une préoccupation : marier ses filles et si possible avec une rente satisfaisante même si pour cela elle sape, par son attitude et son langage, la réputation de sa famille

C’est à la fois incisif, drôle, dénonciateur, romanesque avec une galerie de portraits dont ceux de Mr Collins et Lady Catherine sont les figures les plus burlesques et détestables mais par magie, Jane Austen les sanctionne sans méchanceté mais avec fermeté pour les remettre à leur place.

J’ai pu constater que quelques petits « aménagements » avaient été fait dans les versions cinématographiques mais je dois reconnaître que les deux versions (celle en photo et celle du coffret de l’intégrale Jane Austen de la BBC) en ma possession sont assez fidèles à l’esprit du roman même si pour certains de ses personnages comme Miss Bingley j’ai trouvé que ses manigances et objectifs étaient beaucoup plus finement décrits et évoqués dans le roman.

Un coup de cœur donc parce que c’est fort, moderne, drôle, qu’on ne s’ennuie à aucun moment, parce qu’elle a su capter le monde qui l’environnait et le restituer, parce qu’elle a tellement mis d’elle-même, parce qu’elle sait maintenir le suspens, les rebondissements, tenir en haleine son lecteur jusqu’au dénouement, parce qu’elle justifie toutes les prises de position de ses personnages.

Il faut lire Jane Austen, la faire découvrir à ceux qui ne l’ont jamais lu mais aurait un « Préjugé » sur elle, la pensant ringarde et « fleur bleue », romanesque etc….. Elle est loin d’être cela et elle a, à travers ses mots et ses romans, été une écrivaine témoin de son temps avec ce qu’il faut de pertinence, de dérision pour arriver à traverser les siècles et rester une des figures marquantes de la littérature anglaise.

Le prochain sera Raison et Sentiments, son premier roman (je vais désormais respecter l’ordre d’écriture mais je sais que j’ai devant moi de belles heures de relecture).

Traduction de V. Leconte et Ch. Pressoir

Préface de Virginia Woolf

Editions 10-18 – Juin 1982 – 380 pages 

Ciao

12 réflexions sur “Orgueil et Préjugés de Jane Austen – Coup de 🧡

  1. Découverte tardive de ce roman pour ma part. Mais je l’ai vraiment adoré aussi ! Sensible, juste, avec ce qu’il faut de romantisme et d’ironie pour une société. Un pur bonheur !

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  2. Un de mes titres cultes (Darcy a touché au coeur mon côté fleur bleue …. ) ! Je ne lis Jane Austen qu’à petite dose, il m’en reste si peu à découvrir …, dont Raison et sentiments, d’ailleurs.

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  3. Quel beau billet ! Je suis comme toi, je suis irréductiblement fan de Jane Austen ♥ J’avais lu Raison et sentiment et Persuasion il y a 20 ans ou 25 ans et j’ai lu les quatre autres il y a quelques années, un par mois de juillet, Orgueil et Préjugés en 2015 puis Emma en 2016, Northanger Abbey en 2017 et Mansfield Park en 2018. J’ai décidé de recommencer bientôt à tous les lire aussi 🙂 Quel coup de coeur que ce roman Orgueil et préjugés, j’avais vu et adoré les adaptations, mais le roman est tellement abouti et extraordinaire ! Tu me donnes envie de le relire, tiens.

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