La voix des vagues de Jackie Copleton

LA VOIX DES VAGUES

Lorsque par un froid matin d’hiver, un homme défiguré frappe à la porte d’Amaterasu Takahashi et lui annonce qu’il est son petit-fils, elle ne peut le croire…

Tout le passé de la vieille dame pénètre à sa suite. Celui d’avant l’Amérique. Celui d’avant ce 9 août 1945, à Nagasaki où le feu du ciel lui prit sa fille, son petit-fils – cherchés sans répit dans le ruines, et jamais retrouvés.

Quarante ans plus tard, l’inconnu au visage brûlé ravive les plaies qu’elle a tant voulu oublier. La culpabilité. Le mensonge. Les secrets. Qu’a-t-il à lui dire ? Qu’a-t-elle encore à lui offrir ?

Ma lecture

Une bombe est larguée le 9 août 1945 sur Nagasaki au Japon, trois jours après Hiroshima. Les japonais ont donné à ce tragique événement le nom de Pikadon : Pika pour lumière brillante et Don pour boom, ce mot qui résume ce que les survivants ont décrit de l’explosion brutale et instantanée, mais les effets ont eu des répercussions sur leurs vies à plus d’un titre.

Jackie Copleton relate à travers l’histoire de Amaterasu (Ama) Takahasi, une femme âgée qui ouvre un jour sa porte à un homme, Hideo, 46 ans qui se dit son petit-fils qu’elle croyait mort lors de l’explosion, avec sa mère. Il porte sur lui les traces du Pikadon : défiguré il est une plaie vivante en recherche de sa famille.

Sa rencontre avec Ama, dont il n’a gardé aucun souvenir (il avait 7 ans lors de l’explosion), va faire ressurgir chez la vieille dame le passé, non seulement du déroulement de la funeste journée mais également ouvrir une boîte de pandore d’où surgiront des souvenirs qui étaient enfouis dans sa mémoire. Hideo l’écoute, tente de reconstruire une base familiale et convaincre Ama que le sang qui coule dans ses veines est en partie le sien.

Ce roman traite avec à la fois délicatesse et pudeur du traumatisme subit par l’explosion de la bombe sur la ville de Nagasaki, des blessures à la fois physiques mais aussi morales car toutes les blessures ne sont pas visibles, de la perte réelle ou supposée car sans trace des êtres chers mais aussi de la mise à nu d’une femme, de son passé et d’un secret qu’elle tait. Il y est également question du sentiment de culpabilité, du deuil et de l’absence de réponses.

Ama, avec son mari Kenzo, avait fait le choix de s’installer aux Etats-Unis quand ils avaient perdu tout espoir de retrouver leur fille et son fils, pour fuir la ville qui leur avait arrachée ce qu’ils avaient de plus précieux, mais le passé qui frappe à sa porte va faire lui faire revivre des événements qu’elle pensait à jamais enfouis et qu’elle pensait ne jamais révéler.

Jackie Copleton a enseigné l’anglais à Nagasaki pendant plusieurs années et y a puisé l’inspiration de son premier roman. Avec une écriture fluide et douce mais chargée d’émotions, elle donne la voix à une survivante imaginaire du drame mais avec également d’autres voix, celles de ceux qui ne sont plus à travers un journal intime ou des lettres, une narration parsemée d’expressions japonaises à chaque début de chapitre pour partager avec le lecteur toute la subtilité d’une langue, la signification des mots ou images et des sentiments.

Au fur et à mesure de la lecture on comprend qu’au-delà de savoir si Hideo est celui qu’il prétend être, c’est une confession que nous livre Ama sur elle, son passé, son mariage et sa relation avec sa fille. Un devoir de mémoire.

J’ai beaucoup aimé ce roman polyphonique, où les voix des survivants et des morts tissent le décor d’une ville ravagée, martyre, meurtrie et qui s’attache à démontrer que même loin, même absents les conséquences du lâcher de la bombe nucléaire sont nombreuses et parfois à retardement mais à relater également le parcours d’une femme dans le Japon du XXème siècle avec ce qu’il peut avoir de singulier.

Traduction de Freddy Michalski

Editions Les Escales Septembre 2016 – 357 pages

Ciao

4 réflexions sur “La voix des vagues de Jackie Copleton

  1. J’aime beaucoup ce que tu dis de ce roman, et surtout de la structure polyphonique qui mélange les genres, un procédé qui semble particulièrement juste dans le cadre du thème de la mémoire.

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